Portraits de technomades : Tommy, entre Asie, Amsterdam et Paris

Voyager et bloguer c’est possible. Mais quand il s’agit de créer une activité ou de lancer de nouveaux concepts liés au web, mieux vaut parfois devenir sédentaire pendant quelque temps. C’est le choix de Tommy. Après plusieurs mois en Asie, il se fixe à Paris… avant un prochain départ.

Cet article fait partie de la série « Technomades » qui dresse le portraits de blogueurs sans frontières qui parcourent le monde et parviennent à concilier leur passion du voyage avec une activité professionnelle, montrant qu’il est possible de l’exercer de n’importe-où grâce à internet.

Philippines

Bonjour Tommy, tu as lâché boulot et appartement en 2011 pour développer une activité indépendant et voyager pendant un an. Comment s’est passée cette année ?

Bonjour Fabrice, en effet, j’étais à Amsterdam jusqu’en janvier 2011. Je me suis lancé début février (2011) en auto-entrepreneur avec l’idée de rechercher des modèles de business sur Internet. J’ai donc créé différents projets sur le web qui sont toujours en cours.

Pourquoi cette décision ?

C’était en fait la combinaison de différents éléments. J’ai toujours voulu créer mon entreprise et je me suis rendu compte que travailler pour les idées des autres n’était pas pour moi. J’ai quand même eu des emplois salariés pendant 5 ans après mes études. J’en étais arrivé à ce moment où je pensais avoir suffisamment d’expérience pour pouvoir me lancer.

Ensuite, ma copine habitait à l’époque en Indonésie. Elle terminait bientôt son contrat et donc on a créé ensemble le projet de voyager quelques mois en Asie du Sud-Est tout en se mettant à notre compte, rechercher ce qu’on allait pouvoir faire, tout en profitant du dépaysement (et je l’avoue, aussi de la vie moins chère)

L’Indonésie, une de mes destinations préférées en Asie… Sur quel continent es-tu allé ?

En Asie du Sud-Est. Indonésie, Philippines, Malaisie et Vietnam.

Des paradis pour la plongée ! Quelles activités as-tu développées ? Tu as réussi à générer un revenu suffisant pour vivre et voyager durant cette année ?

J’ai été pris d’une frénésie d’idées, j’ai enregistré 15 noms de domaines et j’ai eu du mal à me concentrer sur une en particulier. J’ai tout d’abord créé un site de modèles de chèques cadeaux pour les entreprises (en anglais, www.giftcertificatefactory.com). J’ai essayé plusieurs manières pour le rentabiliser, tout d’abord la vente de modèles de chèques cadeaux, puis l’affiliation et au final les publicités.

Ensuite j’ai créé plusieurs petits sites, dont un sur l’assurance voyage et un sur le calcul IMC (Indice de Masse Corporelle).

Après ces projets initiaux, et en revenant en Europe en Juillet, je me suis recentré sur ce que je savais faire le mieux, le développement de logiciels, tout en tirant parti de ce que j’avais appris au niveau marketing et référencement. J’ai donc lancé une solution de partage de fichiers pour les professionnels.

Au niveau revenu généré, pour l’instant ce n’est pas suffisant pour en vivre. Le site de chèques cadeaux génère un revenu passif (sans que j’aie besoin d’y toucher) de 300-400 euros par mois, et je viens de vendre le site de calcul IMC pour une somme raisonnable.

Au final, ce qui m’a permis de me lancer et de financer cette année, ce sont tout simplement les économies que j’avais faites depuis quelques années dans ce but. J’ai dépensé 5000 euros en 5 mois d’Asie du Sud Est.

Ca va 5000 euros en 5 mois, tu t’es fait plaisir (note : vous pouvez vivre facilement avec 500/mois dans un cadre paradisiaque en Indonésie). Difficile de travailler et de voyager en même temps non? Quels sont les côtés les plus gênants ?

Oui, ce n’est vraiment pas facile. Il y a déjà le côté gestion du temps : est-ce que je devrais travailler en ce moment ? Est-ce qu’on peut juste faire du tourisme ? Il faut dans l’idéal décider en avance ce qu’on va faire la semaine prochaine et ne pas culpabiliser. Si on essaye de faire avancer un projet, alors il faut se concentrer dessus. Si on veut visiter la région alors il ne faut pas regretter que pendant ce temps là le projet n’avance pas.

Il y a aussi le manque de contacts professionnels avec les collègues, les partenaires, etc. Certes il y a Internet et tous les outils qui permettent de rester en contact (Twitter, les forums…) mais ça ne vaut bien sûr pas le contact direct et régulier avec ses semblables. D’ailleurs, ça serait vraiment bien d’avoir un genre de réseau social de gens qui voyagent tout en travaillant, comme ça ça permettrait de se rencontrer, d’échanger sur nos trouvailles, nos manières de travailler, etc. Peut être que ça existe déjà, je ne sais pas!

Et puis, il y aussi le manque de routine. Le mot “routine” a tendance à avoir une connotation négative, mais c’est aussi très bien la routine. C’est ce qui permet de se lever tôt pour travailler, de ne pas perdre de temps à trouver comment marchent les transports etc. Quand on voyage, il n’y a pas de routine et c’est très dépaysant, mais ce n’est aussi pas le plus optimal pour travailler.

Pour ma part, j’estime qu’en gérant un blog (de voyage pour ma part), c’est relativement aisé. Le truc c’est lorsque tu dois travailler sur un projet, cela se complique en effet. Le focus est important pour être productif. Et pour cela, tu as besoin d’être posé et d’une certaine routine. J’ai terminé mon premier guide (sur la sécurité en voyage), non sans mal d’ailleurs, à cause de cela.

Le mieux n’est-t-il pas d’alterner des périodes « je suis posé je bosse beaucoup » et des périodes « relâché sur la route loin du net » ? Je le crois !

Oui, mais ça dépend des projets. Si tu as des clients c’est difficile d’être relâché sur la route 🙂 C’est pour ça qu’en étant en Asie du Sud-Est j’ai travaillé uniquement sur des “petits projets” qui m’ont permis d’apprendre le marketing sur Internet et de gagner un peu de revenu passif. Si tu veux privilégier le côté nomade à tout prix il vaut mieux créer des projets dans ce sens. Par exemple, ça pourrait être un blog, des sites qui tirent du revenu publicitaire, ou bien des contrats freelance si tu as déjà des contacts (c’est aussi possible de trouver du travail freelance au Vietnam, mais ça va payer peanuts). Tu peux aussi trouver du travail freelance sur des plateformes genre oDesk ou Elance, mais en général ça paye pas terrible parce que t’es en concurrence avec des millions de gars d’Inde ou du Bangladesh qui travaillent pour 2 euros de l’heure. Personnellement, je cherche vraiment à développer un produit informatique qui facilite la vie d’autres personnes, donc je ne privilégie pas le côté nomade pour le moment.

 Comment se passe le retour ?

Je suis revenu à Amsterdam où j’habitais, mais je venais de commencer mon nouveau projet de partage de fichier pour le marché français. Ça, et d’autres évènements personnels ont fait pencher la balance pour un déménagement à Paris, où j’habite actuellement. N’ayant jamais habité a Paris, je prends encore mes marques, mais j’aime déjà beaucoup. Sauf les têtes renfrognées dans le métro 🙂

Non en effet, pour ce style de projet, il faut être pausé ! Quels sont tes projets en ce moment ?

Comme je le disais plus haut, je développe et commercialise une solution de partage de fichiers pour les petites entreprises. L’idée est de disposer d’espaces d’échange ou l’on peut envoyer et recevoir des fichiers de toute taille, et plus généralement communiquer avec ses clients et partenaires. Le tout dans un espace personnalisable avec logos et fond d’écran, ce qui permet de créer une image professionnelle vis-à-vis de ses clients (par rapport à télécharger des fichiers sur des sites infestés de pubs et aux taux de transferts douteux).

Penses-tu repartir sur les routes un jour à la digital nomade ?

Oui, sans aucun doute. Pour le moment, je cherche à construire mon business donc ça va être difficile ces prochaines années. Mais j’adore voyager et il y a encore beaucoup de pays sur ma liste que je n’ai pas visité !

Tu me rassures ! Un dernier mot ?

Pour ceux qui sont intéressés par les digital nomades, le livre qui m’avait fait découvrir cet état d’esprit : la semaine de 4 heures, de Tim Ferriss. Le titre est trompeur et racoleur, mais vraiment, lisez ce livre. Je souhaite bonne chance à tous les gens qui veulent se lancer dans leurs propres aventures, je pense que c’est quelque chose qui n’est pas vraiment mis en valeur en France, mais c’est, je pense très enrichissant. Je suis aussi sur Twitter (twitter.com/toumhi) si jamais vous voulez me poser des questions ou tout simplement échanger sur toutes ces questions-là!

Il n’y a pas que le titre qui est trompeur dans le livre de Ferris, cela dit les idées sont intéressantes.  Bon courage pour la suite ! 


Nos dernières vidéos

13 commentaires

  1. Pingback: Portraits de technomades : Tommy, entre Asie, Amsterdam et Paris | Du bon usage des réseaux | Scoop.it

  2. J’ai longtemps rêvé de pouvoir bosser en voyageant, mais au final cela me semble difficilement réalisable étant donné que mes clients veulent souvent avoir un rdv et me voir avant de me laisser leur budget entre les mains.

  3. Pingback: Portraits de technomades : Tommy, entre Asie, Amsterdam et Paris | Web et Social | Scoop.it

  4. @GB Difficile dans ce cas en effet. Si tu veux faire ca je pense qu’il vaut mieux se poser la question: « quel genre de clients pourrais-je avoir qui n’aient pas besoin de me voir face a face? ». Ces clients la existent aussi 🙂 Ca implique de reorienter tes efforts de marketing envers ceux la.

  5. cet article apporte beaucoup pour tous ceux qui cherchent à comprendre les avantages d’une telle expérience, par contre moi j’ai une question pour Tommy : est ce que la décision de lâcher le boulot et l’apprat et de partir comme ça à l’aventure était facile

  6. @sante (etonnant comme nom! ;-)) non pas facile, mais c’etait quand meme murement reflechi, je ne suis pas parti sur un coup de tete 🙂

  7. ok @ tommy, hahaha… je dis ça parce qu’une personne de mon entourage n’arrête pas de penser à faire la même chose que toi.. mais sans préparatifs

  8. Sympathique Tommy qui avait publié un article invité sur mon blog et que j’ai rencontré sur Paris. Il semble aujourd’hui et c’est révélateur que certains « informaticiens » tentent une autre voie. Ils sont rares mais armés de leurs compétences en informatique, ils ont l’avantage de pouvoir travailler n’importe ou.

    Malheureusement en France, les employeurs ne sont pas des fans du télétravail car il serait possible de vivre à l’étranger en ayant un salaire en France …

  9. Pas facile de te suivre Fabrice ,j’ai failli rater cet interview.
    bien que je passe de temps à autre sur presse-citron .Tu devrais peut-être annoncé sur ton blog quand tu as un article à toi ici
    on est nombreux à chercher le graal qui permettra d »associer le voyage ,notre passion et revenu correct

  10. @ Remi, c’est irrégulier:-)

    @ Le Chat je l’annonce sur Tweeter et FB, mais pas sur mon blog c’est vrai. Les lecteurs sont davantage intéressés par le coté voyage pur je pense, et d’après le sondage:-)

  11. Excellent profile. Personnellement c’est à New-York que je suis en ce moment pour débuter ma vie de digital nomade, je n’ai pas choisi le moins cher mais j’ai réalisé un rêve.
    Sinon c’est vrai que l’idée de réseau social pour les digital nomade ou meme un forum serait interessant.

  12. C’est vrai que le manque de contact est extremement difficile à gérer. Néanmoins, lorsque j’étais en entreprise, je me trouvais face à l’effet inverse : trop de contacts quand on a pas toujours envie. Je crois qu’il faut savoir apprécier le mode de vie que l’on a choisi et passer au dela de ses petits défauts du quotidien. Et puis ce manque de contact peut se combler en découvrant sans cesse de nouveaux horizons et de nouvelles personnes

Répondre