N’importe quel propriétaire de chien a déjà vécu cette scène des centaines de fois : lorsque vous rentre d’un long voyage, ou d’un petit aller-retour au supermarché, il suffit que vous franchissiez la porte de votre maison pour que celui-ci explose de joie. Il aboie, tourne sur lui-même, renifle votre entrejambe et vous saute dessus pendant que sa queue s’agite derrière lui comme une hélice.
La plupart du temps, peu importe la longueur de votre absence, il est littéralement en transe. Si votre chien déborde de cette manière, il y a plusieurs facteurs parfaitement rationnels expliquant ce comportement : un mélange de mémoire, de conditionnement et d’émotions pures, difficile à séparer.
Son maître : un refuge émotionnel pour le chien
Les liens affectifs unissant son chien à son maître est l’un des plus puissants de l’histoire de la domestication animale. « Ces liens ressemblent fortement à ceux qu’un nourrisson développe avec son parent », explique Alison Gerken, vétérinaire comportementaliste à San Francisco.
Dès les premières études éthologiques des années 1960 (notamment les travaux de Mary Ainsworth, une psychologue) les chercheurs avaient déjà constaté que les chiens cherchent la proximité de leur maître, couinent lorsqu’il quitte la pièce, et expriment une joie explosive quand il revient. Des comportements qu’ils ne manifestaient pas lorsqu’on les laissait avec une personne qui leur était inconnue.
Comment expliquer cette différence ? Parce que le chien a une mémoire qui fonctionne en tandem. La première, dite mémoire associative, lui fait relier l’odeur que vous dégagez à des moments positifs : promenades, caresses ou repas. La seconde est une forme très rudimentaire d’une mémoire épisodique, qui leur permet de se remémorer des événements de manière très précise. Par exemple, lorsque vous lui aviez glissé une friandise dans sa couverture, il peut s’en souvenir et fouiller au même endroit plusieurs jours après. Autre exemple : si vous revenez d’un long voyage, il se souvient de la scène de vos retrouvailles et l’associe à une forte émotion positive.
Des examens menés grâce à l’IRM fonctionnelles ont montré que le noyau caudé, une zone du cerveau liée aux attentes positives, s’active plus intensément quand un chien sent l’odeur de son maître plutôt que celle d’un étranger.
Même si la mémoire est un activateur puissant de ces comportements, ils ne peuvent être compris pleinement qu’en tenant compte des mécanismes neurobiologiques qui s’activent en arrière-plan dans leur cerveau. Ceux-ci jouant le rôle de catalyseurs, ils produisent l’équivalent d’un « shoot » de bonheur, mesurable dans leur organe cérébral et dans leur sang.
Le cerveau du chien : pourquoi vous êtes unique à ses yeux
Quand il s’emballe en courant partout dès qu’il vous retrouve, son cerveau et son sang sont saturés de signaux biochimiques qui l’inondent d’un sentiment de sécurité, de joie et d’attachement. Son hypothalamus libère de l’ocytocine (baptisée aussi « hormone de l’amour » ou « hormone de l’attachement »), qui agit sur plusieurs organes en déclenchant une réaction en chaîne dans son organisme : baisse de son rythme cardiaque, diminution du cortisol (hormone du stress) et amplification du plaisir ressenti à vos côtés.
Outre ces considérations purement biologiques, l’apprentissage que vous lui avez apporté est également l’un des éléments explicatifs de ces effusions de joie. Par conditionnement classique (effet de Pavlov), votre chien, au cours de son éducation, associera de lui-même des stimuli à des moments agréables pour lui : le tintement de vos clés effleurant la porte d’entrée, par exemple, ou encore le bruit de son collier lorsque vous prenez en main.
Dans un cas comme dans l’autre, ces sons, neutres en apparence, pour lui, ne le sont pas. Le bruit des clés est le signe que vous revenez au domicile, et celui du collier peut être associé au moment de la promenade, essentielle à son bien-être.
En plus de ces associations sensorielles, qui existent par dizaines pour lui, un autre conditionnement existe, appelé conditionnement opérant, qui est un peu l’inverse du conditionnement pavlovien. C’est lui qui agira pour provoquer une réaction de votre part, qu’il jugera positive.
S’il vous apporte un jouet, s’il bondit autour de vous ou s’il vous lèche la main, il guette en même temps vos réactions : rires, caresses, ou mots doux. Chaque fois que vous répondez, même inconsciemment, vous renforcez ainsi ce comportement. Comme l’explique Alison Gerken, « le chien comprend très vite que ces comportements sont gratifiants ; il les répète donc, encore et encore ».
Les retrouvailles entre un chien et son maître condensent finalement, en quelques secondes (ou minutes pour les spécimens les plus démonstratifs), toute l’histoire commune nous liant avec cet animal. Nous avons réussi, en quelques milliers d’années seulement, à forger une alliance évolutive par la domestication du loup, jusqu’à faire de cet ancien prédateur un animal dont l’équilibre psychologique repose en grande partie sur la proximité avec son maître. Un pacte vieux de 30 00 ans, dont les pages se rouvrent dès que votre chien se jette dans vos bras !
- Le comportement joyeux d’un chien lors des retrouvailles est le fruit d’un attachement profond, comparable à celui d’un enfant avec son parent.
- Mémoire, apprentissage et signaux hormonaux s’imbriquent pour renforcer cette réaction émotionnelle.
- Chaque bond de joie illustre une coévolution vieille de dizaines de millénaires entre l’homme et le chien.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.