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Pourquoi les moustiques continuent-ils de nous envahir, même en plein automne ?

Après la canicule de cet été, ils auraient tous dû crever, mais ces petits vampires sur pattes sont toujours présents, alors même que l’automne a commencé depuis plus de deux semaines. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond ?

Le moustique tigre (Aedes albopictus), espèce invasive désormais largement implantée sur le territoire français, et le moustique commun (Culex pipiens) sont deux insectes indissociables, dans nos esprits, de l’été. Les nuits moites passées dans le noir à chasser leur bourdonnement fantôme à grands coups de tatane, les soirées barbecues qui se terminent à l’intérieur pour éviter de se faire dévorer… Des moments dont on se passerait volontiers, mais qui font partie intégrante du folklore estival hexagonal. En France métropolitaine, leur période d’activité s’étend à peu près de mai à novembre, bien que le pic de leur nuisance se concentre entre juin et septembre, lorsque les températures oscillent autour de leur optimum biologique, situé entre 25 et 30 °C.

Au-delà, la chaleur les affaiblit et en dessous de 15 °C, leur métabolisme commence à s’engourdir, marquant le début de leur phase de léthargie. On serait donc en droit de penser qu’une fois arrivé en octobre, nous puissions faire nos au revoir à ces petites vermines, au moins jusqu’à l’été prochain, mais ce n’est pas le cas. Nos confrères de franceinfo ont relayé les propos de Frédéric Simard, entomologiste médical à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) à Montpellier. Le spécialiste explique : « Les moustiques sont très fragiles, ils ont souffert de la canicule […] En automne, on retrouve des températures agréables, propices au développement des moustiques. » Un bref sursis s’expliquant, en partie du moins, par l’adaptation des moustiques au réchauffement climatique, qui allonge leur emprise sur le territoire.

La canicule : l’épreuve du feu pour les colonies de moustiques françaises

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les moustiques (tigres ou communs) détestent les chaleurs extrêmes. Dès que le thermomètre franchit la barre des 35 °C, un seuil qui a largement été dépassé au cours de l’été, la mortalité des adultes explose, et les femelles peuvent périr avant même d’avoir eu le temps de boucler un cycle gonotrophique complet (processus par lequel elles se gorgent de sang, digèrent les protéines nécessaires à la maturation de leurs œufs, pondent, puis repartent en chasse).

L’ensoleillement écrasant des canicules accélère l’assèchement des micro-réservoirs d’eau stagnante, coupelles, gouttières obstruées, pneus usagés et autres récipients abandonnés dans lesquels elles déposent leur progéniture, ce qui provoque une chute des populations.

Si les moustiques communs changent leurs comportements lors des fortes chaleurs, principalement en se réfugiant dans la fraîcheur des intérieurs, rien n’égale la capacité d’adaptation des moustiques tigres. Les femelles ne pondent pas dans l’eau, mais déposent leurs œufs sur les parois internes des récipients, juste au-dessus de la ligne de flottaison. Remarquablement résistants à la dessiccation, ils peuvent survivre ainsi plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, totalement à sec. Ils n’attendent qu’une seule chose pour éclore : que la pluie ou un arrosage revienne les submerger.

L’explosion démographique de la rentrée

À l’automne, lorsque les premières précipitations reprennent, la mise en eau des gîtes larvaires réveille des milliers d’œufs restés dormants pendant les périodes de sécheresse, relançant le cycle de reproduction avant l’arrivée du froid. En l’espace de deux à trois semaines, la conjonction de températures redevenues clémentes (autour de 20 °C, largement suffisantes pour Aedes albopictus) et d’une humidité suffisante provoque de gigantesques éclosions synchronisées, des concentrations de populations automnales qui nous donnent parfois l’impression qu’elles surpassent, en nombre, celles de l’été.

Un phénomène confirmé par Frédéric Simard : « On pourra trouver ces moustiques tant que les températures seront favorables, il faudra un bon coup de froid pour s’en débarrasser, deux ou trois jours à dix degrés. » Un coup de froid qui ne devrait pas tarder à se produire, au vu de ce qu’il va nous tomber sur le coin du museau dès cette semaine. Depuis l’arrivée du moustique tigre en France métropolitaine en 2004, il est aujourd’hui présent dans 81 départements, soit plus de 84 % du territoire. La « saison des moustiques » n’est donc plus la même qu’avant : étant donné la résilience exceptionnelle de ses œufs comparativement à celle des espèces natives, il l’a prolongée : elle s’achève désormais quand le froid s’installe, et non quand l’été se termine.

  • Les moustiques tigres et communs continuent d’infester la France en automne grâce à des températures clémentes et des précipitations favorables à leur reproduction.
  • La canicule de cet été a affaibli les populations adultes, mais la résilience de leurs œufs permet une explosion démographique à la rentrée.
  • Pour éliminer ces nuisibles, un coup de froid prolongé est nécessaire, rendant leur saison active plus longue qu’auparavant.

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