Il y a quelques jours à peine, un nouveau rapport gouvernemental préconisait une interdiction des smartphones (et des réseaux sociaux) aux moins de 13 ans. Cela afin de diminuer divers risques du côté de la santé (obésité, troubles du sommeil, myopie…), mais aussi pour éviter autant que possible un accès jugé “alarmant” à la pornographie et à des contenus violents. Sur les réseaux sociaux, les contenus violents pullulent, mais c’est également la publication de critiques et de propos (parfois très) agressifs qui inquiète.
Gare à vos propos sur les réseaux sociaux
A ce sujet, la justice a décidé de passer la vitesse supérieure en ce qui concerne les propos pouvant être associés à du harcèlement moral aggravé. Les victimes de cyberharcèlement sont ainsi invitées à porter plainte contre l’auteur, et selon la cours de Cassation, si ce dernier a pleinement conscience de participer à une mise en cause collective, il encourt une condamnation.

Récemment, c’est l’auteur de divers commentaires agressifs qui a été condamné pour harcèlement moral, ce dernier ayant émis des critiques sur la religion d’un autre internaute, avec en prime un hashtag publié dans le message en question. Selon la justice, cela équivaut à une violence savamment calculée, et “établit en conséquence la volonté de nuire à la victime et de l’empêcher de mener une vie quotidienne normale.”
De même, il n’est pas nécessaire, pour condamner l’auteur des faits, de déterminer que les propos publiés ont entraîné une dégradation des conditions de vie de la personne ciblée. La Cour de cassation souhaite ainsi exclure le fait que l’auteur de messages haineux puisse se dissimuler dans un groupe d’auteurs ou dans un mouvement de foule.

Rappelons que les conséquences du cyberharcèlement peuvent être dramatiques pour les victimes : dépression, décrochage scolaire ou professionnel, troubles psychologiques ou émotionnels, violence, suicide, etc.
Il s’agit d’ailleurs d’une forme de violence qui concerne particulièrement les enfants et adolescents, puisque 24% des familles déclaraient récemment avoir déjà été confrontées au moins une fois à une situation de cyberharcèlement.
Pour la petite histoire, rappelons qu’une injure ou une diffamation publique peut être punie d’une amende de 12 000 €, tandis que pour le non-respect du droit à l’image, la peine maximum encourue est d’un an de prison et de 45 000 € d’amende. De son côté, l’usurpation d’identité peut être punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.
Pour les victimes de violence numérique, la CNIL conseille de porter plainte systématiquement auprès du commissariat de police, de la gendarmerie ou du procureur de la République auprès du tribunal judiciaire, sans oublier un numéro national mis en place pour ces dernières, à savoir le 3018.
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Internet a permis à tout un chacun de pouvoir s’exprimer librement. Dans un environnement surveillé et/ou de lobbying, ça peut être un formidable outil du petit contre le puissant.
Mais le revers de la médaille (et malheureusement ce que je vois le plus souvent), c’est qu’on libère très (trop ?) facilement le démon qui sommeille en chacun de nous.
Sans aller dans les réseaux sociaux, je le vois même dans certains forums pourtant relativement cadrés. D’ailleurs, c’est probablement parce que je vois le niveau dans ces forums que je n’ai pas envie de m’aventurer dans les réseaux sociaux.
C’est dommage, non ?
Que le démon sommeillerait en chacun d’entre est questionnable.
Quant à un Internet qui aurait permis je ne sais quelle libération de la parole dans un environnement surveillé, si cela est vraisemblable dans les cultures totalitaires ça l’est bien moins dans nos démocraties occidentales, pour preuve que ce sont celles-ci qui auront permis la naissance puis l’éclosion des réseaux sociaux.
Il me semble intéressant d’envisager qu’une explication de la prolifération sur les réseaux sociaux de critiques et de propos d’une violence inouïe est d’ordre essentiellement sociologique ; au demeurant, essentiellement de propos dénués de ce minimum de raisonnement qui les autoriserait à être qualifiés de critiques.
De tous temps âmes nobles, instruites ou non, ont côtoyé celles, errantes, pareillement instruites ou non. En ce 21ème siècle la haine, la violence verbale peuvent apparaître comme le seule moyen pour une tête creuse comme un coquille vide, dotée d’une grande gueule, assortie d’une âme en quête d’aura façon café du commerce, hantée par une frustration chronique, d’avoir l’impression, enfin, de vivre et d’être quelqu’un.
En somme, ce serait une espèce d’Internationale des frustrés qui pourrirait les réseaux sociaux. Et c’est d’eux qu’il s’agit de s’occuper mais — art délicat — sans bâillonner la liberté d’expression.
Frontière ? D’abord l’argumentaire, et l’on sait qu’il n’est de bon argumentaire que celui qui omet de tenter une démonstration en s’attaquant à l’interlocuteur ; ensuite, ma foi, le respect, le respect de l’autre, ce respect qui permet de formuler des pensées parfois mal construites mais nobles du bonheur ou de la tristesse, de la joie ou de la colère qui les initient, qui les portent.
Bien entendu il y aura toujours des meneurs, des harangueurs de foule et leur public est celui des écervelés qui pensent que le plus fort (en gueule) a toujours raison : machine, mécanique infernale. Eux sont dangereux, les suiveurs se contentent de salir en répandant ce qu’un manipulateur leur aura mis dans leur petite tête.
Bon. Je constate une tournure réfléchie dans ta façon de t’exprimer (quand même un tant soit peu caricaturale). Mais que de colère exprimée. Crois-tu que tu te serais exprimé aussi vertement avant la démocratisation d’Internet ?
En complément de mon premier post, je dirais qu’Internet permets à tous d’espérer toucher tout le monde. Mais la liberté de s’exprimer anonymement à engendrer son pendant malfaisant : je constate une ire décomplexée qui sort aujourd’hui largement du cadre informatique. Une ire qui devient loi au détriment de toute réflexion, et comme tu l’écris très justement, sans respect.
Perso, je trouve que ça va trop loin, que le jeu n’en vaut pas la chandelle : la colère n’a jamais rien résolu et ne sème que le chaos, même si elle permets parfois de sortir d’une impasse.
Mais peut-être que ce chaos est irrémédiable…
L’anonymat est pour beaucoup dans l’éructation de propos haineux, je vous le concède bien volontiers. Ce qui est déplorable c’est que de tels propos soient pensés en premier lieu. Il y a aussi un phénomène d’entraînement, celui qui pousse les suiveurs à s’inscrire dans le sillage de la violence plutôt que de la paix. Tout ceci est complexe. Je relis à l’instant mon premier commentaire ci-dessus et j’y perçois passablement de violence, quand bien même à l’endroit de ce que je fustige, j’y décèle comme une contradiction. J’imagine qu’il y a une violence que l’on initie et une autre dont on se sert pour dénoncer la première : ne pas gifler est une chose, s’abstenir de rendre une gifle à celle reçue en est une autre : ainsi la violence peut devenir une machine infernale, ainsi il n’y aurait d’autre moyen d’enrayer la spirale de la violence qu’en s’abstenant d’y souscrire, quand bien même pour la dénoncer.
Cela fait sept décennies que je respire le monde, six que je l’observe, cinq que je tente de le comprendre mais aussi de m’y positionner correctement. Ce n’est pas toujours, ni évident ni facile. Je vois des jeunes qui semblent avoir compris et vivre en conformité, des principes que je peine à assimiler. Comme quoi l’expérience de la vie n’est ni une condition ni un gage pour s’y inscrire de la façon la plus positive qui soit. Liberté, égalité, fraternité. peut-être oublions-nous trop souvent le troisième pan de cette si belle aspiration.
J’ai envie de reformuler le souvenir des sermons des curés de mon enfance, avec un sourire, “Restez en paix”.