Le château de Versailles accueille ce lundi 1er juin les dirigeants des plus grandes multinationales de la planète pour le sommet « Choose France ». Créé en 2018 par Emmanuel Macron, son objectif est de mener une opération de séduction économique à l’échelle internationale pour convaincre les géants étrangers d’installer leurs usines, leurs laboratoires ou leurs centres de données au sein de l’Hexagone.
Une stratégie de réindustrialisation qui vient de franchir un cap vertigineux. Les compteurs ont totalement explosé ce matin lors des premières annonces officielles : « Cette édition de Choose France à elle seule va permettre de cristalliser un montant record de 93 milliards d’euros d’investissement confirmés, pour plus de 15 000 emplois. C’est évidemment de très loin une édition record et c’est historique », s’est félicité le président français.
Ce bilan provisoire efface totalement les précédents records du sommet, qui stagnaient d’ordinaire autour de 15 à 20 milliards d’euros par édition. Surtout, il résulte d’une double dynamique : le retour en force de l’industrie lourde traditionnelle, et la déferlante sans précédent dans les technologies de pointe.
Le grand retour du fer et de l’acier
C’est tout un symbole. Le pôle industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, s’apprête à accueillir un chantier historique : la construction de la première aciérie d’envergure en France depuis un demi-siècle.
Le géant italien de la sidérurgie Marcegaglia a en effet officialisé une rallonge massive de 600 millions d’euros pour son projet baptisé Mistral. Cet apport porte son investissement total sur le site à 1,2 milliard d’euros. À la clé, le bassin méditerranéen verra naître une aciérie moderne doublée d’un grand laminoir, redonnant à la France une souveraineté précieuse sur l’acier, un composant de base indispensable à la construction, à l’automobile et aux infrastructures de transport.
Ce projet est aussi pensé pour incarner la transition écologique de l’industrie lourde. Traditionnellement très polluante, la fabrication du fer et de l’acier entame sa révolution grâce à « l’acier vert ». Le site de Marcegaglia, tout comme le projet voisin de consortium d’acier propre GravitHy, s’appuiera sur l’hydrogène bas-carbone pour remplacer le charbon dans le processus de fabrication.
Cette dynamique territoriale est fortement soutenue par les investisseurs internationaux. L’américain Ecolab vient ainsi de confirmer une enveloppe de 100 millions d’euros en France, dont une partie significative est directement fléchée pour appuyer ces technologies de rupture à Fos-sur-Mer.
Un raz-de-marée numérique
Le sommet historique de 93 milliards d’euros est atteint en grande partie grâce à la déferlante technologique. Et plus particulièrement le coup d’éclat du japonais SoftBank et son engagement titanesque de 75 milliards d’euros pour les infrastructures d’intelligence artificielle (IA).
Cette enveloppe va concrètement redessiner la carte numérique des territoires. Une première tranche de 45 milliards d’euros, programmée d’ici à 2031, est entièrement fléchée pour transformer la région Hauts-de-France en hub européen du calcul informatique. Les data centers, indispensables pour faire tourner les modèles, vont ainsi sortir de terre à Dunkerque, dans la Somme et dans le Nord.
Mais ce n’est pas tout. Choose France valide également le retour de la production de matériel électronique sur le sol national. Le géant taïwanais Foxconn injecte 120 millions d’euros à Angers pour installer une ligne de production de cartes mères haut de gamme. Destinés aux supercalculateurs de l’IA, ces composants stratégiques seront assemblés en partenariat avec les équipes de Bull, l’activité spécialisée de calcul intensif d’Atos.

Énergie propre, finance et spatial
Pour soutenir cette immense transformation industrielle et numérique, l’Europe doit sécuriser ses approvisionnements énergétiques. Choose France répond directement à cet enjeu de souveraineté : le projet de giga-usine de panneaux solaires HoloSolis, basé à Hambach en Moselle, reçoit un appui financier international décisif. Une partie des fonds apportés par l’américain Ecolab vient sécuriser la production locale de cellules et de modules photovoltaïques dès 2027, une étape cruciale pour réduire la dépendance européenne face aux fabricants asiatiques.
En parallèle, cette effervescence industrielle nécessite une infrastructure financière solide pour piloter les investissements. La néobanque britannique Revolut profite du sommet pour confirmer son expansion dans l’Hexagone avec un plan à hauteur de 100 millions d’euros, et la création de 200 emplois d’ici à 2030, consolidant la place financière de Paris face à Londres.
Enfin, même le secteur spatial s’invite à la table de Versailles : le constructeur espagnol de fusées réutilisables PLD Space annonce injecter 35 millions d’euros en France, dont 22 millions directement dédiés à l’écosystème industriel de Kourou, en Guyane.
Une édition notable donc, qui prouve que l’attractivité française touche désormais des infrastructures lourdes et stratégiques. Mais le gouvernement doit désormais veiller à ce que ces promesses se concrétisent en usines physiques et surtout, en emplois durables.
- Porté par le sommet Choose France, le montant des investissements étrangers en France atteint le chiffre inédit de 93 milliards d’euros.
- Le grand symbole de cette édition est l’annonce d’une première usine d’acier d’envergure en France depuis 50 ans à Fos-sur-Mer, misant sur la technologie de l’acier vert.
- Le bilan est massivement propulsé par les infrastructures d’IA, soutenues par des projets dans le photovoltaïque et la finance.
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