Repenser l’information collaborative : qu’est-ce qu’un bon Digg-like ?

Digg demeure un incontournable de l’information chaude sur internet, particulièrement dans les domaines tech et web, même s’il est indéniable que Twitter a là aussi quelque-peu marché sur ses plate-bandes. Mais si l’on doit admettre que Twitter a donné un léger coup de vieux au pionnier de l’information collaborative avec système de vote, en réalité

Digg demeure un incontournable de l’information chaude sur internet, particulièrement dans les domaines tech et web, même s’il est indéniable que Twitter a là aussi quelque-peu marché sur ses plate-bandes.

Mais si l’on doit admettre que Twitter a donné un léger coup de vieux au pionnier de l’information collaborative avec système de vote, en réalité la forteresse n’est que peu ébranlée par la secousse sismique de l’info temps réel.

digg

Le vote dans l’ADN du web

Car Digg a inventé un nouveau paradigme : ce paradigme c’est le fameux bouton de vote, répandu rapidement comme une traînée de poudre dans toutes les strates du web, y compris chez Google (vous pouvez « voter » pour hiérarchiser les résultats de recherche) au point d’être devenu une fonction aussi banalisée et vitale que le lien hypertexte. Et Digg sait s’adapter pour rester sexy, en implantant par exemple de nouvelles fonctions comme l’expérimentation Digg Trends, censée apporter davantage de réactivité à la homepage.

Bref, Digg reste unique en son genre. Moitié info, moitié réseau social. Mais si le modèle original continue a afficher de très bons chiffres d’audience[1], ses clones, eux, les fameux digg-like, qui se sont développés par milliers depuis 2005, ne se sont jamais très bien portés (à part quelques succès d’estime ponctuels et souvent éphémères). Certes l’original fait un carton aux USA et auprès d’une audience majoritairement anglophone, mais la recette n’a pas vraiment pris ailleurs, et je crois que nous pouvons dire maintenant après quatre années de recul qu’elle ne prendra jamais. Ou en tout cas pas sous la forme actuelle. RIP donc les digg-like.

Faut-il pour autant en déduire qu’il n’y a pas de place pour des sites de social news dans nos belles contrées ? Doucement camarades, je serais vous je n’irais pas si vite en besogne. Si la formule « pure digg-like » n’a pas d’avenir par ici, d’autres concepts ont fait leurs preuves chez nous, dont certains ont même connu un succès massif et rapide. Je pense notamment au Post.fr, qui – dans sa formule – est peut-être la meilleure incarnation de ce que peut être un site d’informations collaboratives intelligent à la française (je parle de la forme, le fond n’est pas le sujet), ou en tout cas adapté à notre façon de chercher et consommer de l’information. Pas vraiment un digg-like, mais qui en reprend quelques caractéristiques : contenu proposé par les internautes, propulsion en une des infos les plus « pertinentes » en fonction de critères établis sur différents paramètres édotoriaux (à cela près que sur Le Post ce n’est pas un algorithme mais la rédaction qui décide). Des pistes déjà explorées par le précurseur, Agoravox.

Des liens ou du contenu ?

Cela étant, il existe une différence fondamentale entre les deux sites mentionnés précédemment et Digg : au-delà du système de vote et des algorithmes sophistiqués qui décident de la pertinence d’une information chez Digg, Le Post et Agoravox proposent du contenu éditorial là ou Digg « ne » propose « que » des liens vers des sites externes, sur lesquels l’internaute est redirigé vers la source de l’information. Un créneau sur lequel Twitter s’est imposé maintenant avec force, puisque la veille et la diffusion de liens sont devenus l’un de ses principaux usages, à tel point que des sites spécialisés dans le filtrage des informations par nombre de tweets voient régulièrement le jour, comme l’un des derniers en date : TwitterTim.es. Le fameux temps réel avec en plus la possibilité de voter, un cocktail gagnant qui doit donner quelques sueurs froides à Kevin Rose (fondateur et boss de Digg).

Le tri de l’information : une question aussi technique qu’éditoriale

D’un côté donc, les sites d’information et médias classiques, d’un autre Twitter, et entre les deux, Digg, Le Post et autres TweetMeme, qui tentent de faire le tri dans la surabondance de liens diffusés chaque jour sur la toile. Jusque-là les choses étaient assez simples : un petit bouton de vote et hop c’étaient les lecteurs qui constituaient le comité de rédaction du site. C’est devenu un petit peu plus compliqué aujourd’hui. Ce qui nous amène à notre question du jour : qu’est-ce qu’un bon digg-like en 2009 ? Ou, pour élargir, quels seraient les critères qui permettraient de bâtir avec succès un site de social news pertinent ?

Afin d’avancer dans la réflexion, j’ai déjà listé quelques critères qui pourraient constituer l’ossature d’un algorithme de pertinence de l’information pour un futur « digg-like » (je mets des guillemets car cette dénomination est provisoire et dépassée). Vous verrez que ces derniers vont bien au-delà du simple système de vote, à mon sens aujourd’hui obsolète.

Pour offrir en une des infos attractives, un site de social news doit au moins prendre en compte les critères suivants :

1. Données quantitatives

  • nombre de votes
  • nombre de clics effectifs sur le lien
  • nombre de commentaires pour une news (sur le blog source et sur le digg-like)
  • nombre de backlinks vers cette news
  • nombre de tweets
  • nombre de RT
  • nombre de mentions et de commentaires dans Facebook
  • autre ?…

2. Données qualitatives

  • récence, fraîcheur de l’info
  • poids et influence de ceux qui sont à la source de l’info, la commentent ou font un lien vers elle
  • notion de confiance : en qui je fais confiance en temps que source ou relai d’information
  • personnalisation : la une n’est pas la même pour tout le monde
  • autre ?…

Hormis l’aspect général de cette réflexion, ces notions pourraient être prises en compte en vue d’une éventuelle refonte de Fuzz.fr, pour laquelle – si elle se fait – je pourrai m’inspirer de vos avis et suggestions afin essayer de faire quelque-chose de nouveau qui n’aurait probablement plus grand chose à voir avec la version actuelle.

S’il vous dit de participer à ce projet en apportant vos idées, elles sont les bienvenues.

J’en profite pour proposer un nouveau sondage (colonne de droite) sur Digg vs. Twitter.

[1]Digg recevrait environ 10 millions de visiteurs uniques par mois, mais un de ses dirigeants annonçait récemment une audience équivalente à celle de Twitter soit environ 50 millions, je ne retrouve plus la source.


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11 commentaires

  1. C’est vrai que les succès de digg-like francophone n’ont rien de l’ampleur de digg outre-atlantique. Pourtant je pense que ça manque vraiment.

    Par contre, je reste circonspect face à la manière de monétiser l’audience de tel site. Est-ce vraiment rentable par rapport à l’investissement en temps nécessaire ?

    Sur ta logique données qualitatives/quantitatives, ça ressemble beaucoup à une recherche google pour le coté backlinck, notoriété de la source…

    Ce qui fait le charme de digg, c’est le fait que des articles de site presque inconnus puissent se retrouver en premier page.

  2. je n’ai pas trop le temps de développer mais plusieurs remarques :

    – les données qualitatives sont totalement pipeaux : à partir du moment où tu ne sais pas mesurer « la qualitativitude », tu ne peux rien en faire : c’est bien d’y penser, mais ça ne sert à rien, donc oublies !

    – l’autre problème de l’information est que toute information est multicritère. (politique, sport, mais aussi info brutes type AFP, info de fond etc…). il faut alors agréger selon différents axes. J’ai moi même ce pb de publication depuis mon blog : je n’ai pas d’outil adapté pour pouvoir bloger, déconner en live twittant sans emmerder tout le monde sauf une communauté à un instant précis, mettre des vidéo, parfois juste une ligne… et quand bien même, pour qualifier cela, bonjour le meting pot !

    – maintenant, si tu veux un algo de digg qui est bien (je veux dire par là, qui repose sur une base mathématique forte etc…), tu as celui que j’avais produit pour le classement des blogs chez wikio qui n’a pas été repris et qui est ici : http://www.vicnent.info/blog/i.....rt-iii-iii
    (Celui de Jean a d’autres avantages, mais a surtout un défaut c’est d’être autoguidé via des paramètres, même si plus intuitif, plus simple, … bref, son algo est dispo sur son blog, et est discuté aussi là bas)

    l’avantage de mon algo également est qu’il est capable de classer sur deux échelles en 1 seule : d’une part, l’algo produit un nombre indiquant la valeur intrinsèque de l’élément ce qui permet d’ordonner (tel article est devant tel autre article), ce classement est également révélateur de la distribution de l’article parmi tous les autres articles. Ainsi, si le lundi ton meilleur article est classé 2451, et ton meilleur le lundi suivant 2550, et bien les deux sont premiers, mais celui du deuxième lundi est meilleur que l’autre.

    C’est comme cela que j’ai montré par exemple que pour Auriol et Loeb, bien que tous les deux champions du monde de WRC, et bien Loeb était meilleur que Auriol. On s’en doutait, je l’ai démontré.

    je me suis abonné à « Recevoir une notification de réponse à votre commentaire » pour suivre la conversation si besoin.

    Je retourne à mes algos et à mon record du monde. Ah merde, je l’ai dit 🙂

  3. Bonjour,

    Je viens ajouter mon commentaire en temps que fondateur de Yoolink et co-fondateur de Weborama.
    Je pense aussi que les Diggs-like n’ont pas d’avenir en dehors des USA (même si Wikio peut être assimilé à un Digg-like) car le temps que le concept de Digg traverse l’atlantique les réseaux sociaux et FB en particulier ont explosés.
    Aujourd’hui l’essentiel de la découverte de contenu se fait via des réseaux sociaux qu’il s’agisse de Facebook, Twitter ou même de Yoolink.fr . Pourquoi ? Parce dans un réseau social, on a confiance en les personne qu’on suit : ses proches, ses amis, certains experts qu’on aura identifié, et que chacun d’entre eux agit comme un formidable filtre de recommandation lorsqu’il décide de publier un lien dans le réseau.
    Le Digg-like fait une moyenne sur tout le monde, donc on va y trouver des informations globalement intéressantes mais peu pointues. Pour faire une comparaison télévisuelle, un Digg-like s’apparenterait à TF1 qui a une problématique d’audience de masse alors que les réseaux sociaux seraient un Canal + des débuts avec une problématique de satisfaction d’abonnés.
    Un bon Digg-like d’aujourd’hui c’est celui qui va vous proposer des contenus intéressants en fonction de votre fameux « graph social » et ne pense pas du tout par exemple que la génération de contenu soit le rôle de ce type d’outils.
    Yoolink offre une page de type Digg-like (http://www.yoolink.fr/hot), mais la valeur n’est pas là, elle est dans la facilité que le système vous offre à publier dans Facebook et Twitter et à découvrir des contenus grâce aux personnes que chacun suit.
    Un des grand défis du Web de demain c’est de répondre à la question qu’est-ce qu’il y a d’intéressant sur le web maintenant, pour moi avec mes goûts, mes centres d’intérêts etc …

  4. Juste pour signaler que j’adore ce genre de billet.
    Je suis d’accord sur la thématique globale du billet. A savoir que les digg-like francophone sont bouffé par Twitter et Facebook.
    Par contre je suis pas d’accord sur ta façon de classer les news. Au niveau qualitatif surtout, la notion de poids, influence et confiance est difficilement mesurable. Tu comptes te baser sur quels indicateurs?
    Au niveau quantitatif, je pense que tu en as fais le tour. Par contre, je me demande quels indicateurs auraient le plus de valeurs? Les twitts vaudrait plus que les clicks par exemple? Ils seraient tous à valeur égale?

    Tu projettes donc d’abandonner Pligg?

    J’espère bien qu’on aura une suite quand à l’évolution de ta réflexion et de Fuzz. J’adore ce genre de billet! (déjà dit non?)

  5. Etant de-facto « inscrit » sur ce type de discussion, je me permets de répondre.
    1) Je suis d’accord avec VIcnent et Sunny sur le fond.
    2) Je suis beaucoup plus Sunny sur la forme.
    « pour moi avec mes goûts, mes centres d’intérêts etc … » : Cette fonction existe déjà sur mon site.
    Mais il s’agit pour l’instant d’une simple recherche de texte, ce qui marche bien pour la plupart des recherches « spécifiques », mais moins sur des demandes plus « générales ».
    Sur certains « mots-clefs » c’est assez impressionnant néanmoins…

    (Note : l’aspect digg n’existe pas chez moi, il s’agit d’un aggrégateur lié à un forum.. ceci dit, si les dicusions sont suffisament actives cela peut revenir au même)

  6. On voit que les francophone de chez vous ne comprennent pas tout aux digg-like, car bien évidemment les digg-like en français on de l’avenir, et il y a même en France des digg-like qui apportent beaucoup de visites, mais si vous ne les connaissez pas je ne vais pas vous les citer car il faudrait alors partager les visites avec vous…

  7. @thierry ton commentaire est la dernière preuve que les digg-like francophones sont morts en l’état. Tu ne les voit qu’en terme de référencement et de trafic généré. Tant que les Digg-like seront plus utilisés par des référenceurs que par des utilisateurs ce sera sans espoir.

  8. Pingback: La raison d’être de Lerni « Lerni – Le blog du site

  9. Récemment, j’utilise beaucoup wikio.fr et pouceup.com. Deux digg-likes avec des interfaces simples et beaucoup d’interaction avec les utilisateurs!

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