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Quinze ans après Fukushima, le Japon veut réveiller la plus grande centrale nucléaire du monde

Plus d’une décennie après Fukushima, le Japon s’apprête à rallumer la plus grande centrale nucléaire du monde. Une décision hautement stratégique mais dérangeante pour une population encore traumatisée.

Située dans la préfecture de Niigata, au nord de Tokyo, la plus grande centrale nucléaire du monde pourrait bientôt reprendre du service. Comptant sept réacteurs capables de générer 8 200 mégawatts à pleine puissance, Kashiwazaki-Kariwa peut alimenter des millions de foyers. Mais ce complexe, géré par la compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco), est mis à l’arrêt depuis plus d’une décennie.

En mars 2011, un séisme de magnitude 9,1, suivi d’un tsunami gigantesque, a frappé la côte nord-est du pays du Soleil Levant. Les vagues ont submergé la centrale de Fukushima Daiichi, exploitée elle aussi par Tepco, entraînant l’évacuation de plus de 160 000 personnes et la libération de matières radioactives dans l’environnement.

De quoi faire drastiquement chuter la confiance accordée à Tepco : le gouvernement a ordonné l’arrêt de tous les réacteurs du pays dans la foulée, y compris ceux qui n’ont pas été touchés par la catastrophe naturelle.

Japon
© Unsplash / Roméo A

Lourd passif

Tokyo veut relancer la machine. Le gouverneur de Niigata, Hideyo Hanazumi, vient de donner son feu vert à un redémarrage partiel de Kashiwazaki-Kariwa. L’assemblée préfectorale doit désormais se prononcer, avant une validation indispensable du régulateur nucléaire. Si le feu vert est donné, le réacteur numéro 6 pourrait être rallumé dès janvier, une première pour Tepco depuis le séisme. Le numéro 7 suivrait ensuite.

Mais une telle décision ne fait pas l’unanimité : selon un sondage récent, 50 % des habitants sont pour, 47 % contre, et près de 70 % déclarent ne pas faire confiance à Tepco. Car la centrale traîne un lourd héritage. En 2002, le groupe a été pris la main dans le sac pour falsification de données de sûreté. Puis cinq ans plus tard, un puissant séisme a mis au jour des vulnérabilités sur le site, notamment la liquéfaction du sol et des dégâts sur les fondations des digues censées protéger les installations en cas de tsunami. De quoi interroger sur la capacité du complexe à tenir face à un événement majeur.

Déchets nucléaires
© abphotodesign / Shutterstock

Le Japon mise à nouveau sur le nucléaire

Dans ce contexte, Fukushima fait de Tepco le symbole national de la faillite industrielle et institutionnelle. Depuis, l’entreprise est placée sous surveillance maximale, contrainte de payer des indemnités colossales et d’assumer le démantèlement de Fukushima Daiichi qui durera des décennies.

Mais les enjeux ont évolué. Le Japon dépend massivement du gaz et du pétrole importés et depuis la guerre en Ukraine, sa facture énergétique a explosé. Dans ce contexte, le gouvernement vise environ 20 % d’électricité d’origine nucléaire d’ici 2040, contre à peine 5 % aujourd’hui. Un chiffre attribué aux quatorze réacteurs, opérés par d’autres entreprises, rallumés depuis la tragédie. Kashiwazaki-Kariwa s’impose comme une pièce maîtresse dans cette nouvelle stratégie.

  • Le Japon envisage de rallumer Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale nucléaire du monde, restée à l’arrêt depuis Fukushima.
  • Le gouverneur de Niigata a donné son feu vert, mais la population demeure profondément divisée et Tepco reste lourdement discréditée.
  • Malgré le poids de la tragédie, Tokyo pousse pour un retour au nucléaire afin de réduire sa dépendance aux importations d’énergie.

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