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Les salariés Duralex ont racheté l’entreprise et sont en train de créer un bijou français

Au bord de la faillite il y a un an, l’entreprise française spécialisée dans la vaisselle en verre trempé est en train de redresser la barre de façon spectaculaire. Un sauvetage de dernière minute que l’on doit aux salariés de l’entreprise. Désormais, il est question de retrouver la rentabilité, et réinventer Duralex.

Les difficultés financières de Duralex semblent révolues. Cette phase sombre pour l’entreprise aux usines 100 % françaises aura duré plus de 35 ans, au gré des successions de propriétaires, qui n’ont jamais réussi à solidifier l’entreprise née en 1945. En plein redressement judiciaire l’année dernière, Duralex a financement été racheté par… ses employés. François Marciano, ancien et nouveau patron, se souvient, au micro de France Culture :

« J’avais demandé aux salariés de mettre 500 euros de capital, impérativement, hyper vite, pour reprendre l’entreprise. On allait voir les salariés, on leur demandait de faire le virement… Certains nous amenaient des espèces, sauf que le tribunal n’acceptait pas les espèces. Alors on nous amenait des chèques, parfois de la mère, de la femme, à un nom différent. Il nous fallait faire vite car le tribunal nous demandait un dossier complet, avec le capital, les statuts, le projet industriel et le business plan. C’était un parcours du combattant ».

Ces derniers ont créé une SCOP (Société coopérative de production), un modèle d’entreprise coopératif où les salariés deviennent majoritaires (avec 65 % des droits de vote). Au final, au moment du rachat, le projet avait été soutenu par 60 % des salariés et la direction, et validé par le tribunal de commerce d’Orléans le 26 juillet 2024. Jugée cohérente, sérieuse et viable, l’opération a clairement été une réussite. Un an après, Duralex se redessine.

L’entreprise vient d’embaucher 17 nouveaux salariés pour revenir à un total de 243 employés. Un an après le sauvetage, Duralex s’est ouvert au commerce en ligne pour cibler des pays étrangers, comme le Japon, et viser un chiffre d’affaires de 32 millions d’euros pour cette année 2025, en hausse de 20 % sur un an. Avec la nouvelle forme en coopérative de l’entreprise, plus de 40 % du résultat de Duralex reviendra aux salariés et 40 % reviendra restera dans l’entreprise.

Miser sur l’entreprise coopérative pour la réindustrialisation

Le nouveau modèle de Duralex a incité la confédération générale des Scop à utiliser l’entreprise comme un exemple pour promouvoir le modèle coopératif. Pour Laurence Ruffin, la coprésidente de la confédération invitée sur France Culture, « en moyenne les coopératives sont plus pérennes que les entreprises classiques reprises au tribunal. On est à un taux de pérennité de 76 % sur cinq ans pour une coopérative, contre 56 % pour une entreprise classique ».

De quoi privilégier ce modèle pour réindustrialiser le pays. Un avis que Laurence Ruffin aimerait faire comprendre à l’État, alors que la banque publique d’investissement (Bpifrance) n’aura pas été des plus importantes pour refinancer Duralex l’année dernière. « Au delà de Duralex, il y a peu de soutien des entreprises coopératives par la banque publique d’investissement et l’État » s’exprimait-elle. On doit le refinancement au mouvement coopératif et aux collectivités, telles que l’agglomération d’Orléans ».

Pour continuer à se réinventer, Duralex vise maintenant un investissement de 17 millions d’euros dans les trois ans à venir. Pour cela, François Marciano mentionnait son envie de passer par de l’épargne populaire. « Le projet est d’aller chercher des fonds de la part de citoyens qui ont envie de défendre les entreprises françaises », précisait Laurence Ruffin, qui tenait à préciser qu’il faudra tout de même des fonds plus importants, de la part de l’État notamment, pour « aller plus loin, développer les entreprises industrielles en France ».

Duralex Collections
© Duralex

Double stratégie de développement

Que compte faire Duralex avec ses 17 millions d’euros d’investissement ? À cette question, une double stratégie. D’abord en France, avec le développement de la vente directe, pour trouver de plus grandes marges. L’entreprise compte pour cela sur des cafés, des boutiques éphémères, et le focus sur une image sympathique de la marque. Des partenariats comme avec Le Slip Français ont aussi permis d’appeler au patriotisme, tout en jouant sur le souvenir des verres numérotés Duralex à la cantine.

À l’étranger, le regard est tourné sur l’Asie et le Japon, où les verres réputés incassables de Duralex sont vendus deux à trois plus chers. Comme avec la France, il est question de promouvoir les couleurs françaises, mais aussi et surtout de s’adapter à la demande et de développer des collections spéciales pour renforcer l’aspect objets de décoration. Fort de ses 80 ans d’histoire, Duralex veut recréer la marque qu’elle est et qu’elle peut prétendre être, comme le fait-on dans la mode ou encore dans l’automobile.

En fin de compte, il sera question de trouver la rentabilité d’ici deux ans, en 2027. Quel sera le volume de ventes qui permettra de faire pencher la balance à ce moment-là ? Vincent Vallin, nouveau directeur stratégie développement de l’entreprise, se voulait très clair au micro de RTL : « si on veut sauver l’entreprise sans apport de financement externe supplémentaire, il faudra rapidement atteindre 35 millions d’euros de chiffre d’affaires ». Un cap pour briller et prouver que Duralex est incassable.

  • En 2024, Duralex a été sauvée de la faillite par ses propres salariés, qui ont créé une SCOP (société coopérative). Soutenus par 60 % du personnel et la direction, ils ont rassemblé le capital nécessaire dans l’urgence et ont repris l’entreprise avec 65 % des droits de vote

  • Un an plus tard, Duralex embauche et se développe à l’international, notamment au Japon. L’entreprise vise 32 M€ de chiffre d’affaires en 2025 (+20 %) et la rentabilité en 2027

  • Avec 17 M€ d’investissement prévus, Duralex mise sur la vente directe en France et des collections premium à l’étranger. Pour devenir rentable sans financement externe, l’entreprise doit atteindre 35 M€ de chiffre d’affaires

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