Le cyberharcèlement sur les réseaux sociaux est un phénomène à ne pas prendre à la légère. Son ampleur est telle que le Digital Service Act, entré en vigueur le 25 août en UE, s‘attaque frontalement au problème. Il peut prendre de nombreuses formes : cyberbullying, doxxing, ou stalking. Le sealioning, quant à lui est un peu plus subtil mais sa visée est toute aussi malfaisante.
Origines du terme et objectifs
Le mot sealion en anglais signifie otarie. Selioning peut donc être traduit par faire l’otarie. A la base de cette expression se trouve une bande dessinée de David Malki parue en 2014, The Terrible Sea Lion. Clairement absurde, cette œuvre mettait en scène une otarie au comportement harceleur, qui interrompait les conversations de tous les personnages sous prétexte de trouver des explications aux situations.
Des situations simples, qui ne demandaient pas spécialement d’être creusées outre mesure. Mais qu’importe pour cette otarie, qui, armé d’un calme stoïque, passait son temps à chercher la petite bête et à déstabiliser ses interlocuteurs. Une métaphore plutôt comique, mais qui l’est un peu moins lorsqu’il intervient dans un cadre réel.
Dans les interactions virtuelles, on peut parler de sealioning lorsqu’une personne assène de questions décontextualisées son interlocuteur. Non pas pour comprendre son discours ou encore moins débattre, mais pour déstabiliser la personne qui se trouve en face.
Fabrice Epelboin est un expert des réseaux sociaux travaillant à Sciences Po Paris. Il décrypte ainsi cette méthode d’interaction particulière comme une tactique pour faire passer l’autre personne comme étant agressive. Alors qu’on pourrait croire que la personne qui pose des questions est réellement curieuse, ce n’est absolument pas le cas, et elle cherche simplement à épuiser son interlocuteur.
Une forme sournoise de cyberharcèlement
Cela peut paraître léger et presque dérisoire, présenté ainsi. Mais ce comportement virtuel peut aussi s’inviter dans des cercles digitaux aux objectifs sérieux : causes sociétales importantes, écologie, ou féminisme par exemple. Les adeptes de cette technique à l’apparence pacifique l’utilisent en réalité pour remettre en question l’expertise des intervenants.
En rhétorique, on pourrait rapprocher cette technique de l’éristique, c’est-à-dire l’art de la controverse ou le but n’est pas la recherche de la vérité mais la victoire lors d’un débat. Dans une moindre mesure, le questionnement socratique peut s’en rapprocher également, à la différence que celui-ci a une visée bienveillante.
Toujours Selon Fabrice Epelboin, il attribue même cette pratique à une stratégie de guerre digitale, qui nuit clairement à la constructivité des débats et peut tourner rapidement au harcèlement. En réalité, le sealioning n’a rien de nouveau. Il est juste un anglicisme de plus pour qualifier un comportement déjà existant, mais qui s’exprime désormais sur un terrain exclusivement virtuel.
- Le terme “sealioning” est issu d’une BD parue il y a 10 ans, mettant en scène une otarie harceleuse.
- C’est une technique qui vise à décontenancer ses interlocuteurs en ligne, sous couvert de bienveillance.
- Elle peut tourner au harcèlement et s’avérer fortement pénalisante lorsqu’elle vise des cercles virtuels aux objectifs militants.
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