Passer au contenu

Silicon Valley Bank. La banque de la tech n’est plus (6 infos)

L’une des principales banques de l’industrie tech n’est plus. Des milliers de startups courent le risque de ne plus retrouver leurs fonds déposés et de ne plus pouvoir payer leurs salariés. Le risque de contagion chez d’autres institutions est élevé.

En 2001, il fallait un an et demi à l’entreprise Enron pour faire faillite. Elle était alors l’une des plus importantes entreprise américaine par sa capitalisation bancaire. En 2023, les temps ont changé et il ne faut plus que 24 heures. Moins d’un jour pour effacer le coffre fort du capital-risque américain – les réserves en investissement pour le secteur de la tech, à l’échelle d’un continent et bien plus.

Des dizaines de milliards de dollars se sont évaporés la semaine dernière avec la faillite de Silicon Valley Bank (SVB). Il s’agit de la deuxième plus grosse faillite d’établissement bancaire au monde, et la première depuis la crise des subprimes. Le vendredi 10 mars, l’action de l’établissement s’effondrait de 80 % dans un cercle vicieux sur fond de bank run.

L’intervention de la banque fédérale (FED) est indispensable : la situation pourrait tuer une grande partie des startups américaines.

1/ À quoi sert la Silicon Valley Bank

Elle est surnommée “la banque des startups”. Et à raison. SVB, de ses initiales, représentait 209 milliards de dollars d’actifs et 175 milliards de dollars de dépôts jusqu’à la semaine dernière. Une grosse partie de ses fonds proviennent d’acteurs du capital-risque : bailleurs de fonds, banques mais surtout entreprises innovantes et en pleine phase d’accélération (startup). Parmi elles, il y a Circle, responsable du stablecoin de Coinbase (USDC), mais aussi Roblox.

Les clients sont principalement installés dans la Silicon Valley et à Boston aux États-Unis, lieux d’implantation de la banque. Mais le portefeuille ne s’arrête pas là et des entreprises aux activités européennes se reposaient elles aussi sur la banque emblématique du secteur technologique – notamment via la filiale britannique. Ce n’est pas pour rien qu’elle s’autoproclamait “banque de référence des investisseurs” et “partenaire financier de l’économie de l’innovation”.

Née d’une partie de poker en 1983, elle est devenue en 40 ans la 16e plus grande banque aux États-Unis. Il y a quelques semaines, son nom y figurait dans le classement Forbes des meilleures banques 2023. Il faut dire qu’en plus des startups et l’argent de leurs levées de fonds, se trouvaient dans les caisses de la Silicon Valley Bank les ressources de pas moins de 2500 fonds d’investissement.

2/ Ce qui a tué Silicon Valley Bank

La SVB est tombée aux mains des régulateurs le vendredi 10 mars. Après un bank run massif, s’est suivi l’effondrement total de la confiance des clients et donc de la valeur de l’institution. 42 milliards de dollars de capitalisation en Bourse sont partis en fumée et les dizaines de milliards de dollars de dépôts des clients ne sont plus disponibles.

Derrière l’affaire Silicon Valley Bank, une histoire de taux d’intérêts et de capital-risque. Entre 2019 et 2021, la banque a vu le total ses dépôts monter en flèche : de 61 milliards à 181 milliards de dollars. L’argent gratuit, grâce à la politique des taux faibles de la FED, a conduit les startups à enchaîner les levées de fonds les plus folles et placer cet argent chez SVB.

Seulement aujourd’hui, le revers de médaille de la remontée des taux a totalement changé la donne.

Plutôt que de compter sur les investisseurs, les startups ont compris qu’elles devaient se focaliser sur l’argent frais qu’elles avaient déjà levé par le passé. S’en contenter et demander à leur banque de pouvoir y accéder. Causant une vraie incapacité d’accès aux liquidités. Problème : quand la tendance est globale et que tous les clients veulent accéder à leurs liquidités (pour investir et surtout payer les salaires), la banque doit pouvoir suivre.

Mais les banques n’aiment pas les chocs. Et les humains aiment encore moins moins voir une banque subir un choc. Silicon Valley Bank n’a pas pu se montrer solvable pour fournir à temps les liquidités aux clients. L’argent des clients n’était plus réel, mais converti dans des placements long terme (10 ans) dans des bons du Trésor américain. De mercredi soir à jeudi, l’information que SVB cherchait à lever plus de 2 milliards de toute urgence est devenue publique et l’effet domino s’est amplifié.

Silicon Valley Bank n’aura jamais trouvé de solution pour lever ces 2 milliards de dollars. Quelques heures après, le montant nécessaire était déjà un multiple de 10 ; le monde entier entendait parler de l’institution ; et la Réserve Fédérale des États-Unis voyait sombrer l’établissement, faute d’une politique de hausse des taux très virulente qui n’a pas fait de bien à l’investissement et l’innovation.

3/ La plus grosse faillite bancaire depuis 2008

Certains comparent la situation au scandale financier de l’entreprise Enron, en 2001, mais la plupart des titres financiers de ces derniers jours mentionnaient 2008 et la crise des subprimes. Il faut dire que la chute de la Silicon Valley Bank constitue la plus grosse faillite depuis 2008. Elle est aussi la deuxième plus grosse de l’Histoire après la Washington Mutual Bank. “Les 40 années de relations commerciales de SVB soutenant la Silicon Valley se sont évaporées en 14 heures”, a déclaré le gérant d’un fonds de capital-risque à des médias américains.

Pour en arriver à une faillite éclair de ce type Silicon Valley Bank a connu un vent de panique. En Bourse comme dans les retraits. Mais ce n’est pas tout. Elle a aussi été pénalisée par un contexte explosif. Quelques jours avant, c’était Silvergate Bank qui s’effondrait. La première banque victime de l’hiver des crypto-monnaies et des différents scandales comme FTX et Luna Terra. Ajoutez à cela le réel besoin des clients de la SVB à utiliser leurs fonds déposés pour payer les salaires et faire tourner leur entreprise pour en arriver à une mort foudroyante.

4/ Un dispositif spécial

Après tout un week-end à travailler sur un plan, la FED a annoncé la mise en place d’un dispositif spécial pour que les clients de la Silicon Valley Bank puissent répondre à leurs besoins de liquidité. Sauf que… à l’heure actuelle, ne sont concernés que les 250 000 dollars de dépôts garantis par l’Etat. Soit à peine 15 % du montant total des dépôts des clients, qui détenaient bien plus sur leur compte à l’image de Circle (3,3 milliards de dollars) et de Roblox (1,5 milliard de dollars).

La solution pour le reste des remboursements est un mystère. Déjà que la FED expliquait qu’elle n’avait pas injecté d’argent public dans SVB, les fonds obtenus pour les remboursements découlent de prêts accordés contre un collatéral “éligible”, selon les critères de la banque centrale. Pour rembourser les 85 % restants de dépôts, “tout dépendra de ce qu’il adviendra des actifs”, disaient des responsables. Comprenez par là : tout dépendra de son repreneur.

Comme la Washington Mutual Bank qui a été récupérée par JP Morgan Chase à sa faillite, Silicon Valley Bank va devoir se faire racheter pour que ses actifs retrouvent de la valeur. Lundi matin, c’est HSBC qui a annoncé le rachat de la filiale britannique de la banque. Pour un dollar symbolique. Aussitôt, HSBC UK et la filiale de SVB ont indiqué dans des communiqués de presse que les clients “pourront accéder à leurs dépôts et leurs services bancaires normalement à partir d’aujourd’hui”.

Et du ministre britannique des Finances d’ajouter que l’opération avait puisé dans “des ressources existantes” de la banque et qu’elle avait eu lieu “sans soutien du contribuable”.

5/ Pourquoi parle-t-on de “risque de contagion” ?

L’effondrement de Silicon Valley Bank pourra-t-il avoir un effet de domino dans l’industrie ? Y compris en France ? Depuis la faillite de la semaine dernière, tous les acteurs de la tech et de la banque sont sur le qui-vive. Tous redoutent les risques de contagion. En finance, le terme renvoie aux différents mécanismes qui diffusent une perturbation sur les marchés financiers à passer de pays en pays, de secteur en secteur et d’institution en institution.

Le risque de contagion n’est pas le seul. La faillite de SVB aura de lourdes conséquences pour ses clients. La filiale britannique a beau avoir trouvé un repreneur, il faudra certainement beaucoup plus de temps pour trouver des repreneurs intéressés par les actifs de la banque, à l’heure où le capital-risque est mort et que l’inflation couplée à la remontée des taux directeurs n’est pas prévue de ralentir.

6/ Les retombées sur les crypto-monnaies

Les risques de contagion et les risques pour les clients de la banque peuvent aussi aller de paire. C’est le cas pour le marché des crypto-monnaies et l’entreprise Circle. Elle est responsable du stablecoin de Coinbase, l’USDC, qui représentait jusqu’à maintenant 90 % de la capitalisation des stablecoins dans le monde. Avec les 3,3 milliards de dollars déposés chez SVB, Circle n’avait plus suffisamment de liquidités en collatéral pour maintenir l’USDC sur le cours du dollar.

usdc stablecoin faillite svb
© CoinMarketCap

Par conséquent, le samedi 11 mars, le cours de l’USDC s’est désindexé du cours du dollar, plongeant jusqu’à 0,897 dollar. Le vent de panique n’a pas eu beaucoup d’effet, car contrairement à l’UST l’année dernière, le stablecoin de Coinbase n’est pas basé sur un mécanisme algorithmique pour conserver sa stabilité, mais bien sur un collatéral, en l’occurrence des dollars. Pour éviter tout problème, de nombreuses plateformes d’échange dont le principal concerné Coinbase avait suspendu les échanges et les transactions prenant en compte l’USDC.

Pourtant la perturbation a continué de toucher d’autres acteurs et d’autres projets crypto, y compris d’autres stablecoins. L’effet domino a touché le DAI, tout simplement, car l’entreprise derrière le projet supportait la stabilité de sa pièce par une détention de 50 % de ses réserves en USDC. Un exemple parmi d’autres, dans la tech en général, alors que l’accélérateur de startup numéro 1 aux États-Unis, Y Combinator, soulevait que 30 % de ses pépites étaient exposées et risquaient d’accuser des retards de paiements.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

1 commentaire
1 commentaire
  1. Vous écrivez “à l’heure (actuelle) le capital risque est mort”, je ne crois pas.
    Disons que l’argent facile pour faire une jeu sur smartphone ou autre truc ultra futil au profit net inexistant basé sur la pub est certainement en train de disparaitre. Retour à la normale.
    C’est quoi la normale ? C’est la vie de tout le monde tous les jours. C’est la fin du rêve hors sol du startup millionaire. La vie normale n’est pas le rêve.
    Ni dans les jeux sur telephone, ni dans les crypto.
    OK, on remet les choses à leur place, on arrête les excès, les délires et les projections bidons de business plan aussi clinquants que foireux sur les fondamentaux.
    C’est pas la premiere fois que ça arrive(les business plan foireux qui lèvent du million), et ce genre de correction qui va avec, ce ne sera pas la dernière. Sauf qu’on va etre tranquille pour un moment. Parce que les taux d’intérêt vont de nouveau exiger de ne pas bruler du cash pour rien.
    Cela étant, il y aura encore des investisseurs qui accepteront d’acheter du capital de société en devenir, sauf que ce sera beaucoup plus sélectif que le n’importe quoi auquel nous avait habitué les taux zéro.
    En clair, sont finies les guignoleries boutonneuses, retour à du sérieux, du travaillé, du pragmatique.
    Et vont emerger de belles entreprises, vraiment innovantes, utiles et pas futiles, et aux potentiels largement plus conséquent.
    Financer l’innovation, ce n’est pas jeter l’argent par les fenetres, il ne faut jamais l’oublier.

Les commentaires sont fermés.