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Survivre ou tuer : l’inquiétante réalité du cannibalisme chez nos ancêtres

Quand la science gratte sous la surface, elle met au jour des vérités parfois très dérangeantes.

Au XIXᵉ siècle, des archéologues polonais ont mis au jour une grotte qui nous en a appris beaucoup sur un peuple : les Magdaléniens. Des groupes de chasseurs-cueilleurs nomades qui ont vécu il y a 18 000 ans, principalement en Europe occidentale, notamment en France, en Espagne et en Allemagne.

Alors que cette culture nous était surtout connue pour ses remarquables peintures rupestres, les entrailles de la grotte Maszycka (près du village de Maszyce, au sud du pays) viennent de nous montrer une facette bien plus sombre de leur existence : le cannibalisme. Des traces sur des ossements exhumées de cette grotte ont prouvé que cette pratique n’était ni rare, ni accidentelle. L’étude, publiée le 6 février, est consultable dans la revue Scientific Reports.

Des repas sanglants

Les analyses ont été menées par l’équipe de Francesc Marginedas ; au sein du Catalan Institute of Human Paleoecology and Social Evolution (IPHES-CERCA) ; à l’aide de microscope 3D. En tout, ce sont 63 fragments d’os humains qui ont parlé : les Magdaléniens n’étaient pas que de simples chasseurs-cueilleurs.

Sur la totalité des fragments passés au microscope, 68 % d’entre eux portent les stigmates indéniables d’une intervention humaine. Les lames de silex ont laissé leur empreinte sur les os longs (os du squelette humain qui se caractérisent par leur longueur supérieure à leur largeur), eux-mêmes brisés de manière intentionnelle.

Les Magdaléniens savaient parfaitement où se servir pour trouver de quoi se nourrir : prélèvement des muscles, ouverture délibérée des crânes pour en extraire la matière cérébrale et fracturation des os pour en récupérer la moelle nourrissante. Ces pratiques étaient déjà suspectées, mais n’avaient jamais été documentées jusqu’à présent.

Canibalisme
Marques de découpe et de fractures retrouvés sur les ossements de la grotte Maszycka. © Antonio Rodríguez-Hidalgo / IAMx (CSIC-Junta de Extremadura)

La sédentarisation et la compétition pour les ressources

La grotte Maszycka n’est pas un cas isolé. Elle rejoint quatre autres sites magdaléniens européens où des pratiques similaires ont été documentées. Les chercheurs ont à chaque fois identifié un schéma identique : scalp des crânes, extraction de la chair, fracturation des os longs pour accéder à la moelle. Les fragments retrouvés étaient mêlés à ceux d’autres proies animales.

Palmira Saladié, chercheuse à l’IPHES-CERCA nous éclaire sur cette pratique, aujourd’hui considérée comme taboue : « Le cannibalisme est un comportement documenté à différents moments de l’évolution humaine. Dans les contextes préhistoriques, il pouvait répondre à des besoins de survie, à des pratiques rituelles ou même à des dynamiques de violence entre groupes ».

La période magdalénienne (environ 17 000 à 14 000 ans avant notre ère) est un peu particulière, puisqu’elle succède au dernier maximum glaciaire (moment le plus froid de la dernière période glaciaire). Celle-ci a été accompagnée de nombreux changements, tant environnementaux que sociétaux. Le climat s’est réchauffé, menant à une sédentarisation progressive des communautés peuplant l’Europe.

Les températures étant plus clémentes, les peuples sédentaires se sont multipliés, ce qui aurait engendré une plus forte compétition pour les ressources alimentaires et potentiellement de vives tensions entre les groupes humains. Une des théories qui expliquerait que les pratiques cannibales se sont répandues à ce moment charnière de l’histoire. Mais comme l’explique très bien Saladié, le cannibalisme ne pourrait être relié à cette simple compétition et était probablement une pratique multifactorielle. Celle-ci reste un sujet de recherche très actif, les scientifiques cherchant à démontrer les motivations de nos ancêtres à délaisser leurs habitudes alimentaires pour se tourner vers la consommation de leurs congénères.

  • Une grotte en Pologne révèle que les Magdaléniens pratiquaient une forme organisée de cannibalisme.
  • L’analyse des ossements montre des traces claires de découpe, d’extraction de chair et de fracturation pour accéder à la moelle osseuse.
  • Cette pratique pourrait être liée à des rituels, des conflits ou des stratégies de survie dans un contexte de changement climatique.

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