Vos messages envoyés à un collègue sur des messageries professionnelles telles que Workplace (Meta), Microsoft Teams ou Slack peuvent-ils être vus par votre patron ? La question se pose très sérieusement à la lecture de cet article publié par Business Insider.
Une surveillance suspecte
Nos confrères reviennent en effet sur le système d’IA déployé par la startup américaine Aware qui lit les messages envoyés sur ces services avec un objectif en tête : repérer les réactions des salariés aux changements internes d’une entreprise ou à une campagne marketing. L’idée est aussi de prévenir les incidents tels que les comportements toxiques ou le harcèlement.
Plusieurs sociétés de renom ont déjà fait appel à la technologie d’Aware, et notamment T-Mobile, Walmart, ou encore Starbucks et Chevron. Pas moins de 20 milliards de messages envoyés à plus de 3 millions d’employés sont donc analysés.
Concrètement, ce système ne récupère que des données générales pour mieux appréhender l’humeur globale. Il n’est donc théoriquement pas question d’intercepter les noms de fautifs potentiels. Mais dans certains cas, la confidentialité peut potentiellement sauter, et l’identité du fautif sera communiquée. On parle ici de violences ou d’intimidation jugée extrêmes, sans plus de précision.
Cela ne suffit pas à rassurer les défenseurs des libertés individuelles. Cité par CNBC, Amba Kak, directeur exécutif de l’AI Now Institute de l’Université de New York, souligne ainsi : “Aucune entreprise n’est essentiellement en mesure de donner des garanties générales quant à la confidentialité et à la sécurité des LLM (Large Language Model, la technologie de ChatGPT et de ses rivaux Ndlr) et de ce type de systèmes”.
Un flicage contre-productif
Quoi qu’il en soit, cette innovation est utilisée dans un contexte où l’espionnage des salariés devient monnaie courante au sein des entreprises. C’est une pratique qui est toutefois à manier avec prudence, car elle peut dans certains cas se retourner contre l’employeur.
Ainsi, nous évoquions l’an dernier cette recherche menée par David Welsh, professeur à l’université d’État de l’Arizona. Ce dernier a noté que la surveillance incitait les salariés à enfreindre les règles. Il a relevé une augmentation des pauses non-autorisées, un travail volontairement plus lent, ou encore du vol de matériel plus fréquent chez les collaborateurs les plus fliqués.
Pourquoi ? Les employés qui s’estiment trop espionnés ont tendance à perdre le sens de la responsabilité individuelle. Dès lors, la surveillance leur retire toute dignité dans leur travail. En découle une souffrance qui les pousse à ne plus respecter les règles.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.