Une brume bleutée symbolisant l’océan, un son cristallin, puis de petites tours qui surgissent de l’écran comme une ville futuriste : pour toute une génération de joueurs, l’écran de démarrage de la PlayStation 2 est une madeleine de Proust. Seulement voilà, la console a soufflé ses 25 bougies et beaucoup d’exemplaires ont fini au grenier, quand ils ne refusent pas tout simplement de démarrer. Pour retrouver Kingdom Hearts, Silent Hill 2, Gran Turismo 4 ou Metal Gear Solid 3 sans chercher une PS2 en état de marche sur les sites d’occasion, il existe une solution : PCSX2. Derrière ce nom un peu barbare se cache un émulateur, autrement dit un programme qui se fait passer pour la PlayStation 2 afin que ses jeux tournent sur un ordinateur. Le logiciel est développé par des bénévoles, son code est open-source, et sa compatibilité est telle que l’écrasante majorité des quelque 4 000 titres de la console se lancent aujourd’hui sans encombre. Une vraie prouesse !
Pour comprendre pourquoi PCSX2 compte autant aux yeux des joueurs, il faut revenir au 2 mars 1999. Ce jour-là, à Tokyo, Sony lève le voile sur le successeur de la PlayStation. Père de la marque, Ken Kutaragi présente l’Emotion Engine, un processeur conçu en association avec Toshiba et présenté comme capable de rivaliser avec les images de synthèse du cinéma, dont les films d’animation de Pixar. La puce impressionne tellement que le ministère japonais du Commerce soumettra la console à une licence d’exportation, de peur qu’elle ne soit détournée à des fins militaires. Oui, à l’époque, c’était du sérieux.
La PlayStation 2 a eu un tel impact médiatique avant même sa sortie que SEGA et sa Dreamcast en ont fait les frais. Sortie au Japon en novembre 1998, puis en Europe en octobre 1999, cette console avait pourtant tout pour plaire : un catalogue brillant (Skies of Arcadia, Crazy Taxi, Jet Set Radio, Phantasy Star Online, Sonic Adventure), un modem intégré pour jouer en ligne et une longueur d’avance technologique qui lui permettait d’afficher des graphismes exceptionnels, Shenmue et Soul Calibur en tête. Mais face aux promesses de Sony, une bonne partie des joueurs a préféré attendre. Le 31 janvier 2001, SEGA n’a pas eu d’autre choix que d’annoncer l’arrêt de la production de la Dreamcast et sa reconversion en éditeur multiplateforme. Incontestablement, une page de l’histoire vidéoludique s’est tournée ce jour-là, et la PlayStation 2, même si elle n’est pas la seule cause de ce retrait, n’y est pas étrangère.
Et pourtant, les débuts de la PlayStation 2 sont loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Au Japon, elle s’écoule à près d’un million d’exemplaires en un week-end, mais sa grande force, ce ne sont pas les jeux – malgré quelques titres sympathiques comme Ridge Racer V –, c’est bel et bien son lecteur DVD. On s’amuse d’ailleurs souvent à dire que le jeu le plus vendu du lancement de la PlayStation 2 au Japon n’est autre que le DVD de Matrix. Malgré ce paradoxe et une ludothèque de lancement maigre, les développeurs ont fini par dompter une bête particulièrement rétive à ses débuts, pour en faire un support vidéoludique incontournable. Des jeux très spectaculaires ont vu le jour sur cette machine, et beaucoup se souviennent également de ses campagnes publicitaires, dont l’étrange et hypnotique The Third Place, signée par le cinéaste américain David Lynch.
Ces graphismes de plus en plus spectaculaires ont toutefois eu un coût très important pour les studios en place. Les équipes ont été obligées de grossir, les cycles de production se sont allongés et les budgets de développement ont littéralement bondi. Problème : la console débarque au moment précis où éclate la bulle Internet. Le Nasdaq atteint son sommet le 10 mars 2000, six jours à peine après la sortie japonaise de la PS2, avant de s’effondrer, faisant fuir les investisseurs et asséchant les financements. Résultat, de nombreux studios et éditeurs ne passent pas le cap. Les Français Cryo et Kalisto, deux marques historiques, disparaissent en 2002. L’Américain 3DO fait faillite en 2003 et Acclaim l’imite un an plus tard.
2001 restera l’année où tout a basculé pour la PlayStation 2. C’est en effet cette année-là que sortent des chefs-d’œuvre comme Grand Theft Auto III – le fameux GTA 3, dont l’héritage a traversé les générations jusqu’à un certain GTA 6, attendu le 19 novembre 2026 –, mais aussi Final Fantasy X, Gran Turismo 3, Ico, Devil May Cry, Jak and Daxter, Onimusha et bien d’autres. En quelques mois, la PS2 aligne une série de jeux qui redéfinissent leur genre. La machine ne quittera plus le sommet et restera commercialisée jusqu’au début de l’année 2013, soit près de 13 ans de carrière. Bilan : plus de 160 millions de consoles vendues selon Sony, un record que même la Switch de Nintendo peine encore à battre plus de 20 ans plus tard. Une console qui a eu bien du mal à ses débuts, pour finir par s’imposer avec fracas.
Comment utiliser PCSX2 ?
Sur PC Windows, vous avez le choix entre un installateur et une archive portable qui peut se glisser dans n’importe quel dossier, voire sur une clé USB. Les utilisateurs de Mac n’ont qu’à déposer l’application dans leur dossier Applications, et ceux de Linux peuvent passer par un AppImage ou un paquet Flatpak. Un conseil : ne téléchargez jamais l’émulateur ailleurs que sur son site ou son dépôt officiel. Il existe une quantité de packs déjà prêts qui sont vérolés.
Avant de jouer, PCSX2 a besoin de deux ingrédients indispensables. Le premier est le BIOS, ce petit programme qui donne vie à la console dès qu’on appuie sur le bouton Power. Comme il appartient à Sony, l’émulateur n’a pas le droit de l’inclure : il faut donc le récupérer sur sa propre PS2 à l’aide d’un outil spécialisé, dont le mode d’emploi figure dans la documentation du projet. Le second, ce sont les jeux eux-mêmes, que l’on transforme en fichiers à partir de ses disques. Le format ISO fonctionne très bien, mais le CHD, plus compact, permet d’économiser une bonne partie de l’espace de stockage.
Il ne reste plus qu’à indiquer à PCSX2 où se trouvent ces fichiers. Les jeux viennent alors se ranger dans une galerie façon médiathèque, jaquettes à l’appui. Côté commandes, inutile de dénicher une vieille DualShock 2 : les manettes de PS4, de PS5, de Xbox ou la Pro Controller de la Switch sont détectées dès qu’on les branche. PCSX2 dispose en outre d’une base de données qui applique d’office les bons réglages à chaque jeu, si bien qu’il suffit le plus souvent de lancer la partie et de jouer.
Les joueurs dotés de machines assez puissantes iront fouiller dans les options graphiques. La résolution peut être augmentée : x3 donne une image proche du 1080p, x6 se rapproche de la 4K. Chaque titre peut recevoir ses propres paramètres, un correctif est là pour passer en 16:9 et il y a même des codes de triche pour progresser plus facilement dans les jeux. En pleine partie, une pression sur F1 enregistre votre progression à l’instant précis, et F3 vous y ramène – bien pratique face à un boss coriace. Enfin, les amateurs de trophées peuvent connecter leur compte RetroAchievements pour décrocher des succès dans des centaines de jeux PS2. C’est ce qu’on appelle un émulateur complet, d’autant que l’interface est très agréable et accessible. Pas besoin de se taper des lignes de commande interminables.
Avec quels OS fonctionne PCSX2 ?
PCSX2 fonctionne sur de nombreux supports. Vous pouvez télécharger l'émulateur sur PC Windows, Mac OS ou encore Linux. Pour une émulation agréable, il est préférable de posséder un processeur relativement récent, compatible avec les instructions AVX2 ainsi qu'une carte graphique capable d'exploiter DirectX, Vulkan, OpenGL ou sur Mac, Metal. Comptez environ 8 Go de mémoire vive au minimum, 16 Go pour être tranquille. Le Steam Deck, quant à lui, se révèle un excellent compagnon de route pour l'émulateur. Il n'existe aucune version dédiée au support mobile, que ce soit smartphone ou tablette iOS et Android.
PCSX2 est-il gratuit ou payant ?
Vous n'avez pas besoin de sortir le portefeuille ou la carte bancaire, PCFX2 est totalement gratuit. C'est un logiciel développé par une communauté active, en open source et qui fonctionne par la passion de bénévoles ambitieux.
Quels sont les émulateurs similaires à PCSX2 ?
La PS2 n’était pas seule sur le marché au début des années 2000, et ses deux grandes rivales, tout comme sa remplaçante, ont elles aussi droit à leur émulateur.
Dolphin est la porte d’entrée idéale vers l’univers retrogaming de Nintendo. Gratuit, ce vétéran de l’émulation fait tourner les jeux Gamecube et Wii sur ordinateur (PC Windows, macOS et Linux) comme sur smartphone Android. Il n’exige aucun BIOS : il suffit de lui fournir ses jeux pour commencer à jouer. La grande qualité de cet émulateur, au-delà de sa compatibilité, réside dans des options visuelles qui subliment l’expérience d’antan. Les nostalgiques de la Wii peuvent même connecter une Wiimote, tandis que le jeu en réseau permet de défier des amis à distance. Super Smash Bros. Melee, Mario Kart : Double Dash, Pikmin ou Super Mario Galaxy vous attendent dans des conditions royales.
xemu s’attaque à la première Xbox, celle qui a marqué l’arrivée de Microsoft dans l’univers des consoles. Ironie de l’histoire, cette machine conçue à partir de composants de PC a longtemps donné du fil à retordre aux émulateurs. Ce n’est plus le cas : gratuit et disponible sur PC Windows, macOS et Linux, xemu affiche les jeux dans une résolution supérieure et accepte les manettes les plus récentes. Mieux, le service communautaire Insignia, qui ressuscite le Xbox Live d’antan, permet de rejouer en ligne à certains titres. Seule contrainte, il faut extraire plusieurs fichiers système de sa propre console. Halo 2, Fable, Star Wars : Knights of the Old Republic ou Panzer Dragoon Orta sont au rendez-vous.
RPCS3 prend le relais pour la génération suivante, celle de la PlayStation 3. Le défi était de taille : le processeur Cell de la console est réputé pour être l’un des plus complexes jamais conçus. Lancé en 2011, ce projet gratuit, disponible sur PC Windows, macOS et Linux, est pourtant parvenu à rendre jouables plus des trois quarts de la ludothèque de la PS3, avec une fluidité supérieure à l’original. Pour le faire fonctionner, il faut récupérer le logiciel système de la console, que Sony met à disposition gratuitement. Il faudra aussi un processeur musclé, car l’émulation de la PS3 met les machines à rude épreuve. Un plaisir de retrouver la ludothèque de qualité de cette console.