Pour la plupart d’entre nous, le pôle Nord est un point fixe, tout en haut de la mappemonde : c’est, tout du moins, ce que l’on nous a appris à l’école primaire. En revanche, nous vous déconseillons fortement de tenter de l’atteindre en suivant aveuglément l’aiguille de votre boussole. Vous risqueriez de vous retrouver à plusieurs centaines de kilomètres de votre destination, quelque part entre le Canada et la Sibérie. Pourquoi ? Parce que notre planète possède, en réalité, deux pôles Nord ; c’est avant tout une question de sémantique et de conventions scientifiques. Suivez le guide, on vous explique comment ne pas le perdre (le nord).
Deux Nords pour le prix d’un
Pour bien comprendre ce casse-tête géographique, il est nécessaire de distinguer deux entités très différentes. D’un côté, le pôle Nord géographique (le « vrai Nord ») est un point fixe situé à l’extrémité de l’axe de rotation de la Terre. Pour le visualiser, imaginez une balle de tennis que vous feriez tourner entre votre pouce (en bas) et votre majeur (en haut) : l’endroit où vos doigts touchent la balle définit cet axe et c’est ce point immuable que vous voyez sur toutes les cartes.
Ce pôle ne dépend pas du champ magnétique terrestre ou du climat et n’est défini que par la rotation de la Terre sur elle-même. Il se situe au beau milieu de l’océan Arctique, sur une banquise mouvante, sans terre ferme en dessous. Il sert de référence aux cartes et autres systèmes de coordonnées géographiques, mais jamais l’aiguille d’une boussole (physique ou non) ne pointera vers lui.
De l’autre côté, on trouve le pôle Nord magnétique, qui, à la différence de son cousin géographique, attire l’aiguille des boussoles et fait fonctionner les magnétomètres (petite puce qui mesure le champ magnétique terrestre) de nos smartphones. Justement parce qu’il est lié au magnétisme interne de notre planète, il est condamné à errer, porté par les flux du fer en fusion situé dans le noyau terrestre… c’est là que les ennuis commencent.
Le noyau interne est solide, mais le noyau externe (3 000 km sous nos pieds), ne l’est pas, puisqu’il est constitué de fer et de nickel sous forme liquide, portés à très hautes températures. Sous l’effet de la chaleur, ces métaux bougent comme une soupe sur un réchaud, provoquant ainsi la dérive du pôle. Resté pendant longtemps au Canada, il ne se déplaçait que de quelques kilomètres par an, mais dans les années 1990, sa vitesse a fortement augmenté, atteignant jusqu’à 55 kilomètres par an, en direction du pôle Nord géographique.

Dompter la géologie par le software
Si le pôle magnétique joue à ce petit jeu, comment nos GPS et nos applications de navigation/cartographie (Google Maps ou Waze, par exemple) font-ils pour ne pas nous tromper ? Parce qu’ils sont corrigés sur leur partie logicielle en tenant compte des variations spatiales et temporelles du champ magnétique.
Tous les smartphones modernes, même bon marché, embarquent un magnétomètre. Mais comme le pôle Nord magnétique dérive, ils intègrent un modèle mathématique appelé le World Magnetic Model (WMM) qui leur permet de compenser ce mouvement. C’est un registre, mis à jour tous les cinq ans par les autorités américaines et britanniques, qui fournit à nos appareils la réelle « déclinaison magnétique » : l’angle exact de décalage entre le Nord de la boussole et le Nord géographique, selon l’endroit où vous vous trouvez.
Sans cette mise à jour, notre monde entier ne tournerait pas rond, puisque tout (ou presque) repose sur le recalcul quinquennal du WMM. Les systèmes de navigations des avions de ligne, celui des navires, les sous-marins, les satellites d’observation, ainsi qu’une foule entière d’outils scientifiques en sont totalement dépendants. Si une épidémie de flemme venait à frapper les géophysiciens en charge de ce modèle, la Terre n’en aurait cure, mais il est fort probable que toutes les sociétés humaines virent au chaos total.
- La Terre possède deux pôles Nord : le pôle Nord géographique fixe et le pôle Nord magnétique qui dérive.
- Le pôle Nord magnétique, lié au champ magnétique terrestre, se déplace plus rapidement depuis une trentaine d’années.
- Les systèmes de navigation modernes compensent cette dérive grâce à des modèles mathématiques mis à jour régulièrement.
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