Grâce aux satellites de l’Agence spatiale européenne (ESA), une équipe de géophysiciens (Université technique du Danemark et du Centre allemand de recherche en géosciences) a réussi à transformer les mesures du champ magnétique terrestre en une piste audio. Depuis 2013, la constellation Swarm enregistre avec une grande précision la force, l’orientation et les variations de ce bouclier, ce qui permet de l’étudier à travers les différentes couches de notre planète, depuis son noyau jusqu’à son atmosphère.
Même s’il est vital pour notre survie, vous allez vite entendre que le « bruit » qu’il produit ressemble davantage au son d’une monstruosité extraterrestre que d’un murmure rassurant.
Une expérience sonore cauchemardesque
Sans son champ magnétique, notre Terre serait incapable de protéger la vie à sa surface ; c’est lui qui nous défend contre l’activité de notre étoile et les flux de particules ionisées du vent solaire. S’il était absent, des bombardements incessants viendraient directement frapper l’atmosphère, arrachant ses couches supérieures, détruisant la couche d’ozone et laisseraient passer des radiations très intenses.
En quelques décennies à quelques siècles seulement, nos satellites et nos réseaux électriques seraient entièrement détruits. À plus long terme (quelques dizaines de millions d’années), notre Terre ressemblerait à un désert complètement stérile, semblable à la planète Mars.
Mais d’où vient ce bouclier ? Il est dû aux colossaux mouvements de fer et de nickel liquide, bouillonnants dans le noyau externe de la Terre, à plus de 3 000 km de profondeur. Ces mouvements agissent comme une immense dynamo naturelle : en brassant le métal conducteur, ils génèrent de gigantesques courants électriques, et donc le champ magnétique qui nous protège.
Il ne produit évidemment pas de son en lui-même, mais les variations enregistrées par les satellites peuvent être traduites en fréquences, puis en piste audio. Ce que vous allez entendre n’est donc pas à proprement parler le « bruit » du noyau, mais l’interprétation sonore des secousses et des instabilités de notre bouclier magnétique.
Pour rendre perceptible cette activité souterraine, les chercheurs ont choisi de reconstituer un épisode cataclysmique qu’a connu notre planète il y a 41 000 ans : l’événement de Laschamps. Lors de la dernière période glaciaire, les pôles de la Terre se sont brièvement inversés et le champ magnétique a perdu jusqu’à 95 % de sa force actuelle. Les chercheurs ont modélisé ces variations à partir des traces laissées par ce bouleversement dans les laves et les sédiments, puis les ont converties en fréquences audibles grâce aux données actuelles des satellites Swarm.
Pendant près de 440 ans, la Terre, privée de sa protection naturelle, a, par conséquent, été exposée directement aux radiations solaires et aux rayons cosmiques. Vous pouvez entendre, dans la vidéo ci-dessous, la reconstitution sonore de ce bouleversement magnétique.
Plutôt inquiétant n’est-ce pas ? On croirait entendre le craquement de la coque d’un navire en pleine tempête et un souffle sourd d’une créature sortie tout droit d’un film de science-fiction.
Si l’on s’essayait au même exercice aujourd’hui, on obtiendrait sans doute une bande-son plus stable : un grondement grave et continu, entrecoupé de petites fluctuations. Des variations liées à la dérive rapide du Pôle Nord magnétique (il se déplace actuellement d’environ 40 km par an vers la Sibérie) et à l’anomalie magnétique de l’Atlantique Sud où l’intensité du champ est presque deux fois plus faible qu’ailleurs. Bref, pas grand-chose à voir avec cette terrifiante cacophonie partagée par la chaîne YouTube de l’ESA.
- Des chercheurs européens ont utilisé les données des satellites Swarm pour transformer les fluctuations du champ magnétique en sons audibles.
- Ils ont appliqué cette méthode à l’événement de Laschamps, quand le champ s’est affaibli de 95 % et les pôles se sont inversés.
- La reconstitution sonore donne une piste audio faite de craquements et de grondements assez inquiétante.
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