Temps de présentation conséquent, ateliers spécifiques dans le showroom d’après Keynote, mise en avant des applications de créativité ayant déjà intégré les nouvelles fonctionnalités… Le 8 mai dernier, lors de la récente présentation des nouveaux iPad Air et iPad Pro 2024, le Pencil Pro n’était pas là que pour faire de la figuration.
Et tant mieux, car le stylet est un instrument qui peine parfois à prendre la lumière médiatique. Et ce, pour différentes raisons. Parfois, certains constructeurs préfèrent simplement s’attarder sur leurs objets stars, la tablette. On pense ici à Xiaomi et à Lenovo. D’autres le considèrent comme un outil de niche. Il n’est donc pas un élément central de communication pour le grand public. C’est notre appréciation de l’attitude de Microsoft ou encore de Samsung.
Enfin, un fabricant comme Honor peut proposer un stylet avec sa tablette, mais pas sur tous les marchés. Ce fut le cas avec la dernière Honor Pad 9, l’accessoire ne fut pas disponible sur le store français.
Un entretien exclusif avec les équipes d’Apple US
Avec son nouveau Pencil Pro, Apple souhaite, comme à son habitude, se désolidariser de la concurrence en propulsant une bonne fois pour toutes le stylet sur le devant de la scène. Autrement dit, élargir son adoption à un plus grand nombre d’utilisateurs d’iPad tout en continuant à choyer les profils les plus créatifs.
Pour parvenir à ce double objectif, la firme de Cupertino mise sur une foule de fonctionnalités innovantes. Retour haptique, nouveau geste de « pincement », rotation du corps, ombre numérique…

Durant notre test au long cours du dernier Pencil Pro, la rédaction de Presse-citron a pu en exclusivité s’entretenir avec trois personnalités de chez Apple. Ces dernières ont ainsi pu nous apporter quelques éclairages complémentaires sur ce produit.
- Leslie Ikemoto, Director of Input Experience chez Apple.
- Steve Lemay, Human Interface Designer chez Apple Design Studio.
- Et Scott Brodrick, iPad Product Marketing chez Apple.
Stylet et tablette, une vieille histoire d’amour
Avant d’entrer dans le vif du sujet, et du test, il convient de remettre l’église au centre du village. Le stylet est historiquement un intime de la tablette, et de ses ancêtres, les PDA (Personal Digital Assistant). Considérée comme la première tablette grand public de l’histoire, la GRiDPad fut commercialisée en 1989 avec cet accessoire.
S’ensuit une décennie où le stylet sera au centre de nombreux écrans comme sur le Palm Pilot, le Sony Magic Link ou encore sur le Newton d’Apple. Au début des années 2000, Microsoft investissait massivement pour développer son idée de Tablet-PC dont les interactions reposaient uniquement sur un stylet.

Ce fut un four monumental qui a étrangement donné indirectement naissance à une légende tenace. Apple, alors dirigé par Steve Jobs, freinerait des quatre fers en direction du stylet suite à certaines déclarations de son feu PDG. Dont la célèbre : « Personne ne veut du stylet ».
Il s’agit ici de remettre les choses dans leurs contextes, car trop souvent ces paroles ont été mal interprétées. La firme de Cupertino n’est pas friande du stylet sur smartphone. C’est un fait. Pour les ardoises numériques, Steve Jobs fut vraisemblablement plutôt contre une utilisation indispensable du stylet, comme ce fut le cas sur les « Tablet-PC » de Microsoft.
Pour Apple, le stylet est un accessoire et non un élément indissociable et constitutif du produit. Une tablette doit être indépendante et restée totalement contrôlable avec les mains. C’est certainement pour cette raison qu’Apple a patienté jusqu’en 2015 pour sortir son premier Pencil. Attendre que la gestion du tactile d’une tablette soit entrée dans les mœurs. Tout en profitant de ce temps pour créer un écosystème idéal capable de supporter des interactions avec un stylet.

Tout mis bout à bout, et contrairement à une idée reçue, cela nous fait penser qu’Apple a toujours cru en cet accessoire. Le projet Bashful de 1983, un prototype de tablette tactile avec stylet, est en ce sens amusant à déterrer. Cependant, la firme américaine semble avoir attendu le moment technologique idoine pour lui faire prendre la lumière.
Apple Pencil Pro, pince-moi si tu peux !
Six après sa dernière mise à jour majeure, le Pencil USB-C de fin 2023 fut plutôt un élargissement de gamme, le crayon magique d’Apple fait donc peau neuve. Pas d’un point de vue design, le Pencil Pro et le Pencil 2 se ressemblent à s’y méprendre.
Même allure premium, même système de recharge magnétique, mêmes dimensions (166 x 8,9 mm) et pratiquement le même poids. La nouvelle mouture se permet de perdre un gramme par rapport à l’ancienne pour se stabiliser à 19,15 grammes. Toujours aussi maniable et parfaitement conçu, c’est un superbe objet. Nous ne nous attendions pas de toute manière à prendre à défaut Apple sur ce terrain.

Vous l’aurez donc compris, l’ensemble des nouveautés du produit se situent plutôt sous le capot. Tout en gardant les bonnes idées du Pencil 2, notamment le « double tap », Apple inaugure de nouvelles interactions.
Ainsi apparaît un nouveau geste qui consiste à pincer le stylo, « squeeze feature » en VO ». Cela permet de faire surgir une palette proposant différentes interactions. Cela est rendu possible grâce à l’ajout de capteurs situés juste au-dessous de la pointe.

Sur cette nouvelle palette, il est possible de changer d’outils, de modifier les options de couleurs ou encore de revenir en arrière grâce à une intelligente extrapolation du raccourci « Pomme-Z » de macOS. C’est aussi brillant que fluide.
Retour haptique, ombre et rotation, l’illusion du papier
Pour rendre encore plus réaliste la sensation d’écriture, de dessin ou de peinture, le Pencil Pro se pare également d’un nouveau gyroscope et d’une fonction rotation du corps, « Barrel Roll », en VO.
Grâce à cette dernière, il est possible de faire pivoter l’angle de son outil afin de le placer dans la bonne direction au-dessus de l’écran. Ainsi, il devient possible d’adapter son trait en fonction de ses gestes et des contours des pinceaux, des surligneurs ou encore des stylos.

Et pour pousser encore plus loin le souci de la précision, le Pencil Pro projette une ombre numérique différente afin de se rendre compte de l’outil utilisé sur l’instant. Ainsi, si vous utilisez un pinceau, l’ombre projetée sera celle d’un pinceau. Idem pour un stylo plume et ainsi de suite.
Autre nouveauté, le moteur haptique. Situé à l’extrémité du Pencil, il donne un léger retour lorsque l’on utilise les gestes de « pincement » et de « double tap » afin de bien confirmer l’action effectuée. L’impulsion est remarquablement bien contrôlée, si bien que nous avons à chaque fois eu l’impression d’appuyer sur un bouton, alors que le Pencil Pro n’en possède pas réellement.

Comme d’habitude avec Apple, chaque détail a été réfléchi avec un perfectionnisme poussé à l’extrême comme nous le détaille Steve Lemay, Human Interface Designer au Apple Design Studio.
« Nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à chaque nuance de la réalité physique et nous essayons constamment d’apporter cette humanité dans nos produits de la meilleure façon possible. Par exemple, en associant le geste « Squeeze » avec le retour haptique, chaque utilisateur peut utiliser le Pencil Pro comme il préfère. Le “bouton” est présent partout, le Pencil Pro n’a pas d’orientation fixe. Pour l’ombre numérique, cela donne l’impression à l’utilisateur qu’il tient un vrai crayon ou un vrai pinceau. L’objectif est de créer des interactions si fluides que vous n’ayez plus besoin d’y penser ».
Apple Pencil Pro, les développeurs ne lui font pas grise mine
Naturellement, le lancement du nouveau Pencil Pro ne s’est pas fait sans un florilège d’applications créatives mises en avant par Apple. Citons par exemple SketchUp, Goodnotes 6, Zinnia Journal, Adobe Fresco, Procreate ou encore Procreate Dreams.
Ce n’est pas une surprise. Les ponts entre Apple et les développeurs de certaines applications ont toujours été très importants pour mettre en avant les possibilités technologiques des Pencil. Et c’est compréhensible, puisque c’est la manière dont les développeurs vont se l’approprier qui garantira, aussi, sa cote d’amour auprès des créatifs de tous bords.

C’est ce que nous confirme Leslie Ikemoto, Director of Input Experience chez Apple.
« Le processus que nous avons suivi pour faire évoluer le Pencil vers le Pencil Pro consiste à offrir tous les éléments technologiques aux développeurs afin qu’ils puissent les intégrer comme ils le souhaitent pour servir nos utilisateurs de la meilleure façon possible. Sur Procreate Dreams avec la fonction Barrel Roll, il devient possible de changer l’orientation des objets d’une animation en temps réel. Nous souhaitons avec le Pencil Pro que les développeurs puissent créer facilement leurs propres interactions ».
Pour preuves, la palette disponible avec le geste de pincement n’est pas identique sur toutes les applications. Par exemple, l’appli Goodnotes a une palette différente, au niveau du design de ses icônes, mais également au niveau des raccourcis proposés. Cette hétérogénéité est, encore une fois, une excellente chose, puisque les interactions et le ressenti graphique ne sont pas les mêmes sur une appli de dessin, d’écriture ou pour de la création musicale.
Apple Pencil Pro, exclusivement réservé aux créatifs ?
C’est un petit peu le danger lorsque l’on ajoute le suffixe « Pro » a un de ses produits. L’enclaver, et donc le réserver inconsciemment à une niche. Sans contestation possible, c’est à ce jour le stylet le plus abouti du marché.
Pour tous les photographes, vidéastes, graphistes, monteurs, musiciens et tant d’autres métiers ayant attrait, de près ou de loin, à la création, c’est un outil incontournable à au moins essayer. Si c’est le cas, il aura de grandes chances de devenir rapidement indispensable.

Capable de s’adapter à chaque profil, il décuple autant les possibilités créatives qu’il fluidifie les processus de travail. Et ce n’est pas tout, malgré son appellation « Pro », il peut rendre également beaucoup de service à tout le reste des utilisateurs d’iPad.
D’un point de vue professionnel, il n’est pas nécessaire d’être forcément architecte ou de travailler dans la modélisation 3D pour que cet accessoire vous soit utile. En tant que journaliste, il m’a été permis de retoucher rapidement mes photos, de prendre des notes en réunion et de les retranscrire en réunion ou encore de tenir mon agenda.
Avec à chaque fois, un gain de temps de notable et une facilité d’utilisation déconcertante. Gestion de projet, commerciaux, métiers du marketing et de la communication… Il peut être utile pour de nombreux corps de métiers.
Après un mois d’utilisation, mon avis sur le Pencil Pro
Après un mois d’utilisation, et n’étant pas un habitué des stylets, il est difficile de m’en séparer dès que je me sers d’un iPad. Le retour haptique est bluffant, la gestion de la sensibilité pour éviter les clics accidentels sur le pincement est bienvenue et l’ajout de la fonctionnalité « Localiser » pour le retrouver ravi l’étourdi que je suis.
Surtout, gros coup de cœur sur la possibilité de créer un raccourci personnalisé pour la geste de pincement. C’est comme si nous avions un bouton de commande « matérielle » et universelle pour déclencher des actions. Une grande première sur iPad. Cette accumulation de bons points rend le Pencil Pro extrêmement grisant à utiliser et, in fine, il devient notre compagnon de navigation même pour du loisir.

Soit pour commencer à gribouiller, soit pour effectuer quelques ajustements audio dans Logic Pro que je faisais autrefois à la main ou encore simplement comme une sorte de souris pour pointer sur mon iPad. Et même pour le gaming, il se peut qu’il puisse transformer complètement votre expérience ludique. Ce fut mon cas sur Stardew Valley.
Un Pencil Pro presque parfait ?
Au vu des technologies embarquées dans un si petit objet, de sa maniabilité et de son confort, il nous paraît difficile (pour une fois) de taper sur Apple au niveau du prix. Le Pencil Pro est bien plus qu’un simple stylet et il ne vole pas son prix de 149 €.
Certains pourront rétorquer que Samsung livre automatiquement son S-Pen avec ses tablettes. Cependant le sud-coréen n’hésite pas aussi à vendre en complément un S Pen Creator pour environ une centaine d’euros. De toutes les façons, le but ici n’est pas nécessairement d’opposer le petit dernier d’Apple à d’autres stylets.
Notre décryptage souhaite surtout éclairer les possesseurs d’iPad Air et d’iPad Pro qui ne sont pas forcément des créatifs. Est-ce que l’investissement dans le Pencil Pro en vaut la chandelle ? Oui, mais…il faudra s’équiper.

Finalement, son seul gros défaut est qu’il n’est pas rétrocompatible avec les « anciens » modèles d’iPad. Entre la nouvelle position de la caméra avant, située désormais sur un des côtés les plus longs, et la finesse des nouveaux produits, Apple a dû revoir en profondeur le placement interne de pas mal de capteurs. Dont celui de la charge par induction.
Une réponse qui sera à l’appréciation de chacun. Bien qu’elle soit compréhensible, il est évidemment clair, et logique, qu’Apple souhaite pousser ses nouveaux produits. Le Pencil Pro participe ainsi ici à un effet de gamme.

D’autant que pour en profiter un maximum, nous vous conseillons d’avoir aussi un Magic Keyboard ou à minima un Smart Folio. Partant de ce principe, le prix pour profiter du Pencil Pro débute à 958 euros. Et avec cela, vous aurez le strict minimum. Soit un iPad Air M2 11 pouces WiFi (128 Go), un Smart Folio et bien évidemment le Pencil Pro.
Le Apple Pencil Pro, de nouvelles surprises avec iPadOS 18 ?
Du 10 au 14 juin prochain se tiendra la très attendue World Wide Developers Conference (WWDC) d’Apple. Avec au programme, très probablement, une refonte majeure d’iOS 18 et de iPadOS 18 axée sur l’IA.
Sans nous avoir donné directement des informations à ce sujet, Scott Brodrick, iPad Product Marketing, a conclu notre entretien en insistant encore sur l’indépendance que confère un produit comme l’iPad.
« La finesse et la légèreté sont des caractéristiques fondamentales des iPad. Elles donnent l’impression que nous tenons en main une feuille de papier ou un carnet tout en conférant une incroyable sensation de liberté.Il n’y a presque aucune barrière entre vous et ce que vous créez ou faites avec l’Apple Pencil Pro ».

Depuis 2010, le paradigme de l’iPad a pas mal évolué. Petit à petit, Apple a pensé son produit comme un système complet et cohérent, notamment sur la version Pro. En 2018, le Pencil était dévoilé, en 2019 la première version de l’OS des iPad voyait le jour et en 2020, le premier Magic Keyboard avec pavé tactile venait enrichir la famille.
Rien n’est généralement laissé au hasard avec Apple, surtout dans la chronologie des annonces. Nouvelles possibilités créatives grâce à de l’IA générative dans iPadOS 18 ? Intégration encore plus aboutie du geste « Pincement » dans d’autres applications connues ? Compatibilité de l’accessoire avec le casque de Vison Pro ? Quoi qu’il arrive, avec le Pencil Pro, le stylet en tant qu’ accessoire, ne souhaite plus rester dans l’ombre.
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Excellent test comme d’habitude avec Fouad.
Je ne doute pas de la qualité de l’outil pour les graphistes, créatifs… Mais
Perso je l’avais acheté avec un iPad mini que j’imaginais comme un bloc-notes toujours sous la main. C’est donc plutôt la fonction saisie de texte cursif transformé aussitôt en texte dactylographié qui m’intéressait. Or à l’usage cela ne fonctionne pas très bien :
1) la reconnaissance de caractères manuscrits est souvent aléatoire (y a-t-il une fonction apprentissage ?)
2) la navigation dans le texte est encore moins facile.
Bref on est loin de la facilité de griffonnage sur du papier.
Rien à voir avec la facilité d’utilisation de Remarkable (hélas pas compatible avec les OS Apple).
Du coup j’imagine que le stylet Apple n’a pas du tout été conçu pour la saisie de texte.
Je me trompe ?
Bonjour,
je viens de voir votre commentaire. Tout d’abord merci pour vos encouragements, cela me motive à continuer de m’appliquer dans mes tests et leurs rédactions.
Pour revenir à vos interrogations, je suis plutôt assez d’accord avec votre conclusion. Même si Apple “vend” également la saisie de texte, ses Pencils n’ont jamais vraiment été augustes en la matière. D’ailleurs, si on regarde la plupart des nouveautés (gyroscope, retour haptique…), ce sont des fonctionnalités tournés vers le dessin, la création et le gain de productivité.
Cependant, à sa décharge, le Pencil Pro est tout de même plus abouti que ses prédécesseur, notamment en termes de précision d’écriture. De plus, la possibilité de créer un raccourci personnalisé pour le geste de pincement peut également rendre plus fluide l’organisation d’un texte. Par exemple en attribuant un raccourci de couper ou de coller.
Après, personnellement, je ne l’utilise que pour des notes rapides, mais jamais pour rédiger un long texte ou m’en servir de bloc note nomade au quotidien. CQFD… 🙂
En espérant avoir pu répondre à vos questions.