L’urgence du réchauffement climatique nous pousse à changer nos modes de vie. Mais la démarche est difficile dans une société où tout nous incite à consommer. Comment être écolo en ayant un smartphone, produit aussi polluant qu’indispensable ? C’est la question brûlante à laquelle tente de répondre le Fairphone 6.
Ces dernières années, les marques ont réalisé de nombreux efforts pour réduire leur empreinte carbone (et augmenter leurs marges, en passant). Disparition du chargeur, utilisation de matériaux recyclés, durabilité augmentée… C’est bien, mais il ne faut pas se leurrer : avoir un smartphone n’est pas vraiment un acte écolo fort.
Ce n’est pas l’avis de Fairphone, qui sort cette année son sixième modèle, le bien nommé Fairphone 6. Un téléphone conscient de ce qu’il est, mais qui fournit d’intenses efforts pour réduire le plus possible son empreinte carbone. Cela passe par l’utilisation de matériaux recyclés ou par une durée de vie augmentée. Plus encore, le produit se veut éthique, avec une traçabilité claire des matériaux. Le revers de la médaille, c’est le prix, un poil plus élevé que d’autres smartphones à la même fiche technique. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Nous l’avons utilisé pendant une semaine.
Un prix élevé pour sa fiche technique
Le Fairphone 6 est d’ores et déjà disponible sur le site officiel de Fairphone. Il est commercialisé à 599 euros. L’acheteur peut opter pour le modèle blanc, noir ou encore vert forêt, comme le nôtre.

A noter qu’une autre version est vendue à 649 euros. Il s’agit du même téléphone à une exception près : il n’embarque pas Android, mais Murena /e/OS. Il est destiné à ceux qui ne veulent absolument pas utiliser l’OS de Google (ainsi que ses applications) et préserver leurs données personnelles. Pour notre test, nous sommes restés sur le modèle Android classique.
Voici la fiche technique du Fairphone 6 :
| Fairphone 6 | |
|---|---|
| Dimensions | 156,5 x 73,3 x 9,6 mm |
| Poids | 191 grammes |
| Ecran | Ecran P-OLED de 6,31 pouces Full HD+ 120 Hz (90 Hz par défaut) 1400 nits |
| Processeur | Qualcomm Snapdragon 7s Gen 3 |
| RAM | 8 Go |
| Stockage | 256 Go |
| OS | Android 15 ou Murena /e/OS |
| Capteurs photo | Capteur grand angle de 50 mégapixels (f/1.6) Capteur ultra grand angle de 13 mégapixels (f/2.2) |
| Capteur selfie | 32 mégapixels |
| Biométrie | Capteur d'empreintes sur la tranche |
| Batterie | 4415 mAh |
| Certification IP | IP54 |
| Coloris | Vert, noir, blanc |
Quand on regarde la fiche technique, on constate que nous n’avons pas affaire à un produit au rapport qualité/prix imbattable. Si on prend par exemple le Redmi 14 Pro+ 5G, qui dispose du même SoC et d’une meilleure partie photo, la comparaison n’est pas à l’avantage de Fairphone ; le Redmi est commercialisé à 429 euros. Cependant, le Fairphone 6 a d’autres atouts…
J’ai troqué mon smartphone haut de gamme contre un Fairphone 6
Le premier choc quand on passe d’un smartphone « classique » à un Fairphone 6 se fait au niveau du design. Il faut s’habituer à cette coque en plastique recyclée au toucher qui, disons-le franchement, fait un peu « cheap » Son épaisseur de presque 1 cm n’aide pas non plus. Qu’on se le dise, il y a du mieux par rapport aux précédents modèles, mais nous avons toujours un produit « rude ».

Cette « rusticité » est pourtant l’un des atouts principaux du produit. C’est en effet un smartphone ultra solide et durable. Nous-même, nous l’avons fait tomber accidentellement pendant notre semaine de test, et il s’en est sorti indemne. Ne pas casser son téléphone à chaque choc, ce qui conduirait à le changer, c’est aussi ça être écoresponsable. Ajoutons à cela une certification IP54, toujours bonne à prendre.

En main, le Fairphone 6 est certes un peu rude, mais reste agréable, notamment grâce à ses bords plats et son poids de 191 grammes très bien équilibré. Ce qu’on apprécie particulièrement, c’est le bouton Switch. Il permet, par défaut, de lancer Moment, une interface épurée qui met en pause les notifications pour ne proposer que l’essentiel, comme les appels, les SMS ou la photo. La grande qualité de Switch, c’est qu’il est personnalisable. Pour notre part, nous y avons placé la lampe torche, mais il est aussi possible de l’associer à Ne Pas Déranger ou à l’économiseur de batterie. Malin !

En revanche, il faudra composer avec le capteur d’empreintes situé sur la tranche. A ce prix, on pouvait s’attendre à un capteur sous l’écran, plus en adéquation avec le marché. Un retour en arrière qui, pour nous, a été un peu difficile. Pas par snobisme, mais parce que nous avions toujours le réflexe de le chercher en bas de l’écran.

L’écran, justement, étonne par des larges bords. Ici, ce n’est qu’un défaut visuel avec lequel il faudra composer. Au bout de quelques jours, on s’y fait. Plus, cela nous fait prendre conscience du statut du produit à chaque utilisation : celui d’un terminal qui fait des sacrifices sur l’autel de l’éthique.

Le design, c’est un élément important pour bon nombre d’acheteurs. Un smartphone, c’est un objet statutaire, et beaucoup de constructeurs soignent particulièrement ce segment. Fairphone aussi, dans un sens. S’il n’adopte pas des finitions clinquantes comme ses concurrents, son visuel parle tout de même beaucoup. Oui, nous avons là un produit écoresponsable qui s’assume.
Un produit techniquement en retard
Les sacrifices sont également réalisés au niveau de la technique, mais là encore, il s’agit d’un choix totalement assumé de la part de la marque. Par exemple, le smartphone est doté d’un processeur Snapdragon 7s Gen 3, plutôt destiné à des produits à moins de 500 euros.

Alors oui, c’est un peu juste pour jouer à des titres gourmands. Si vous êtes un adepte de ZZZ ou Genshin Impact, il faudra faire des concessions graphiques. Parfois, nous avons aussi eu quelques saccades lorsque beaucoup d’applications étaient ouvertes, voire des bugs. Mais dans l’ensemble, cette puissance limitée ne s’en ressent pas dans l’utilisation de tous les jours. Plus encore, la chauffe est bien maîtrisée, la coque en plastique étant un excellent dissipateur.

Le son est l’un des points qui nous a le plus dérangé sur ce Fairphone 6. Nous avons constaté des hauts-parleurs peu puissants, voire désagréables. Lors de visionnage de vidéos, nous avions même la sensation d’avoir un vieux transistor dans les mains, avec une distorsion élevée et des basses quasi-absentes. Ça fait un peu mal. Il s’agit du plus gros défaut du produit.
Pas d’Android 16 sur le Fairphone, mais Android 15. Du moins pour l’instant. La marque promet en effet huit ans de mise à jour logicielle, ce qui est un record sur le marché. Pas de surcouche, puisque nous bénéficions de l’expérience Google « pure », avec même Gemini. Rien à redire de ce côté. Comme nous le disions plus haut, l’utilisateur peut aussi opter pour un autre OS afin de se « dégoogliser » s’il en a envie. Pour notre part, nous ne sommes pas encore prêts à faire ce grand saut.

Nous n’avons pas été convaincus par la partie photo. Le capteur principal de 50 mégapixels fait cependant illusion sur les plans larges avec une bonne lumière.




Mais les choses deviennent compliquées quand on le met à l’épreuve, notamment sur des gros plans (avec le mode macro intégré) ou des portraits. Ici, c’est la gestion de la lumière qui laisse à désirer, avec parfois même des artefacts bien pénibles, ainsi que l’autofocus, totalement aux fraises.




Même constat sur le mode nuit, pas terrible.


Si le zoom (numérique) X2 a tendance à déformer les lignes droites, il apporte des résultats corrects. Toutefois, il vaut mieux oublier l’idée d’aller au-delà. Le Fairphone 6 peut aller jusqu’à X10, mais offre des clichés peu précis et donc peu exploitables.




Le capteur ultra grand angle de 13 mégapixels n’est pas non plus à la fête. Il rend des clichés peu esthétiques, avec une gestion hasardeuse de la lumière et des contrastes. On s’habitue à ne plus du tout s’en servir.


Nous sommes peut-être déformés par notre métier, nous qui avons un œil critique sur tous les appareils photos des smartphones qui sortent. Mais une chose est certaine, le Fairphone 6 ne fait pas partie des bons élèves. L’utilisateur se contentera de photos pour ses amis et réseaux sociaux, mais pas plus.
La grosse surprise vient de la batterie. D’une capacité de 4415 mAh, elle s’est montrée étonnamment véloce, couplée avec un processeur peu énergivore et un taux de rafraîchissement que nous avons laissé par défaut (90 Hz). Pendant notre test, nous tenions deux jours sans aucun souci, et nous ne sommes pas du genre à économiser nos usages. C’est un vrai plus, surtout pour un produit qui mise sur l’écologie. Moins de recharge, c’est aussi moins d’énergie consommée. Qui plus est, la batterie est modulable en cas de problème, nous allons le voir dans la partie suivante.

Enfin, parlons de l’écran. Le Fairphone 6 propose une dalle P-OLED de 6,3 pouces en Full HD+ et avec un taux de rafraîchissement jusqu’à 120 Hz (90 Hz par défaut). C’est la bonne surprise de ce produit. Une dalle qui offre un contraste infini avec des noirs profonds (pixel éteint) et des blancs éclatants. La luminosité maximale atteint 700 nits selon nos mesures, ce qui permet une excellente lisibilité, même dehors par jour de grand soleil. Le respect des couleurs est aussi au rendez-vous, et l’utilisateur peut opter pour trois profils colorimétriques selon ses besoins. Pour notre part, nous conseillons le mode Naturel afin d’avoir une image la plus proche possible de la réalité. Bref, c’est bien !

En résumé, le Fairphone 6 n’est pas un foudre de guerre au niveau de la technique. Cela, on s’y attendait, que ce soit au niveau du processeur ou de la photo. Il recèle tout de même quelques qualités bienvenues, comme un excellent écran et une bonne autonomie. Un produit qui est techniquement moins bon que les smartphones au même prix, mais qui reste correct et agréable à l’usage. La mission est donc remplie, mais le point que veut mettre en avant Fairphone, c’est l’aspect écoresponsable et la modularité. Ça tombe bien, son bébé excelle dans ce domaine.

La modularité, la grande force du Fairphone 6
Le Fairphone 6 est peut-être plus cher qu’un concurrent à la même fiche technique, mais il se veut plus durable. La coque arrière peut s’ouvrir grâce à un tournevis de précision (fourni). On peut ainsi la remplacer par un porte-cartes très pratique, un anneau et même y ajouter une bandoulière.

Mais tout ça, c’est un peu gadget comparé au véritable objectif de la marque : vous permettre de changer vous-même les composants défectueux, douze au total. La batterie ne tient plus ? Achetez-en une de rechange sur le shop et changez là vous-même. Même chose pour l’écran ou les haut-parleurs. Pour les hésitants, la marque publie même des tutos vidéo très bien faits. Nous avons soumis cette manipulation à quelqu’un qui n’avait pas l’habitude et même si elle est impressionnante pour un profane, elle se montre relativement aisée. Pour les pièces qui ne sont pas proposées sur le shop, Fairphone dispose d’un SAV qui répare les téléphones. Ces derniers jouissent d’une garantie étendue de cinq ans.

L’utilisateur y gagne pécuniairement parlant, mais c’est aussi un geste écologique. Un smartphone qui dure dans le temps, c’est moins d’achats sur le long terme, moins d’exploitation de matières premières et moins de transport.
Un produit en-deçà de la concurrence, mais est-ce important ?
Le Fairphone 6 est un smartphone correct, mais quand on le compare à des concurrents au même prix, comme le Nothing Phone 3, le Galaxy S25 (qui connait souvent des promos), voire à des produits moins chers comme le Redmi Note 14 Pro 5G , il se situe clairement en-dessous de la mêlée. Moins puissant, moins bon en photo, en retard sur le logiciel… mais est-ce vraiment important ?

Dans notre société actuelle, si on souhaite consommer écologique, on accepte très rapidement de payer plus cher. Payer plus cher en compensation d’un produit plus écoresponsable, mais aussi plus éthique. Vraiment ? En changeant de smartphone plus rapidement, ne perdez-vous pas de l’argent ? C’est là que Fairphone convainc. L’entreprise apporte un vrai soin à la durabilité de ses produits, que ce soit dans la construction ou la réparabilité. Quand on prend en compte la durée de vie promise de huit ans, cela le rend moins onéreux qu’un concurrent à la même fiche technique qui durera sans doute moins longtemps.

Acheter un Fairphone, c’est aussi et surtout un geste militant. La plupart des matériaux utilisés sont traçables et la marque se veut extrêmement transparente à ce sujet via des rapports réguliers. Comme elle nous l’a indiqué, elle travaille auprès des fournisseurs de matière première afin de rendre l’industrie plus éthique. Par exemple, elle a créé une alliance pour le cobalt avec plusieurs mines en République Démocratique du Congo afin d’améliorer la vie des locaux. Oui, tous les soucis ne sont pas réglés d’un coup de baguette magique, mais elle contribue à un changement sur le long terme. « Sans partir de la source, c’est illusoire de vouloir tracer les composants », nous a précisé Fairphone.

Même chose pour les usines d’assemblage, où Fairphone essaye d’améliorer les conditions des employés. « Augmenter le coût d’un smartphone d’un ou deux dollars, c’est améliorer la vie des travailleurs qui fabriquent nos téléphones. Fairphone envoie des personnes qui parlent chinois au sein des campus pour récupérer leurs voix. Ils veulent des salaires meilleurs, bien sûr, mais aussi une amélioration de leurs conditions de travail. Cela concerne la cantine, les dortoirs, etc. Nous avons déterminé cinquante axes d’amélioration de la vie des travailleurs ». Ces mêmes petites mains qui sont également employées pour assembler des produits d’autres marques, donc tout le monde y gagne. Ajoutons à cela l’acheminement qui évite l’avion ou l’utilisation de matériaux recyclés. En somme, ce que le consommateur paye au final, ce n’est pas le fait d’avoir un smartphone puissant, ni un produit cool, mais c’est la responsabilité, en plus de la durabilité.

Une approche qui n’aura aucun mal à convaincre ceux qui souhaitent consommer écolo, qu’ils soient militants ou simplement préoccupés par le sort de notre planète. Après tout, le Fairphone 6 est un smartphone fonctionnel qui fait ce qu’on lui demande, et il suffit bien pour les tâches quotidiennes. Ceux qui n’ont pas le cœur encore 100% vert, comme nous, seront plus durs à convaincre, même avec l’argument de la durabilité. Mais c’est bien auprès des hésitants que Fairphone a un coup à jouer ; ceux qui n’ont besoin que d’une pichenette pour adapter leur mode de vie afin d’être plus écoresponsables. Le Fairphone 6 a des arguments pour les convaincre, ce qui n’était pas le cas des précédents modèles, encore trop brouillons. En attendant que tous les constructeurs soient plus éthiques, ce téléphone est un choix cohérent, durable et écologique pour ceux qui sont soucieux de ces problèmatiques.
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