C’était le premier évènement de cette envergure pour Nothing. Sur ses terres londoniennes, le plus jeune des constructeurs de smartphones invitait journalistes et influenceurs venus du monde entier. Pourquoi tant de bruit ? Pour présenter le Phone (3), son tout premier smartphone haut de gamme.
Pas question pour Carl Pei et ses acolytes de se contenter d’un énième téléphone au bon rapport qualité-prix. Chez Nothing, on « Think different ». Avec le Phone (3), l’entreprise souhaite « apporter du fun dans la tech » alors que « tous les smartphones se ressemblent ». Un pari audacieux mais pas impossible.
Pour y parvenir, Nothing s’appuie sur des ingrédients qui ont fait leur preuve sur l’entrée et le milieu de gamme : un design original, une interface intuitive et amusante ainsi qu’un positionnement tarifaire compétitif.
À 849 euros, le Phone (3) doit convaincre les consommateurs tentés par l’iPhone 16, le Galaxy S25, le Pixel 9 ou la multitude de concurrents chinois (notamment Honor et Xiaomi). Une sacrée paire de manche alors qu’Apple et Samsung se disputent quasiment 80% du marché sur ce segment.
Enfin un design original !
Nothing poursuit avec brio sa tradition de rupture esthétique initiée il y a cinq ans. Alors que la plupart des smartphones se ressemblent, la marque réussit à imposer une griffe immédiatement reconnaissable, portée par un souci du détail et une audace qui forcent le respect.
Si la face avant reste d’apparence classique, elle séduit par la grande finesse de ses bordures – seulement 1,87 mm, soit 18 % de moins que sur le Phone (2) – qui encadrent un bel écran OLED de 6,67 pouces, surmonté d’un poinçon central discret.
Ce minimalisme tranche avec le travail mené sur la bordure du téléphone : le métal plat, légèrement arrondi sur les côtés, assure une prise en main confortable et évite l’effet “tranchant” que l’on trouve partout et qui, disons le, commence à fatiguer.
En revanche, Nothing se loupe complètement sur la disposition des boutons. Sur la tranche droite, Essential Key est trop proche du bouton on/off. Chaque fois que j’ai voulu mettre le Phone (3) en veille, j’ai fini par faire une capture d’écran, un clic sur Essential Key engendrant cette action.
De l’autre côté, les boutons de volume sont presque alignés aux deux autres. Une pression d’un côté engendre donc une pression sur la bordure opposée. Encore une fois, j’ai souvent capturé l’écran alors que je voulais seulement baisser le volume du téléphone. J’ai beaucoup de mal à comprendre ce raté puisqu’il aurait suffi de regrouper les boutons d’alimentation et de volume d’un côté, et Essential Key de l’autre. Dommage.
Cela est d’autant plus regrettable que le dos du Phone (3) ne laisse personne indifférent. Il attire même tous les regards. Recouvert d’un verre lisse, il évoque une surface de Lego aplatis, ponctuée de vis apparentes et de circuits imprimés, clin d’œil assumé à l’esthétique industrielle chère à la marque.

Le bloc optique délaisse l’assemblage traditionnel : les capteurs sont alignés verticalement, avec un positionnement légèrement décalé pour le capteur principal, ce qui confère à l’ensemble un charme singulier mais engendre une instabilité lorsque l’appareil est posé à plat.
L’équilibre général du smartphone est soigné : ses dimensions (160,6 x 75,59 x 8,99 mm) et son poids (218 g) le rendent agréable en main même si les petites mains pourront le trouver un peu massif. Je note aussi que la surface en verre, si élégante, se révèle particulièrement sensible aux traces de doigts (surtout le modèle noir).
Le design du Nothing Phone (3) incarne à la fois l’audace, la modernité et une recherche constante d’originalité, sans jamais sacrifier l’ergonomie. Un parti pris qui ne plaira pas à tout le monde mais qui a au moins le mérite de bouger les lignes.
Très bel écran

Sur le papier, l’écran du Phone (3) n’a rien à envier non plus aux références du marché. D’une diagonale de 6,67’’, la dalle AMOLED affiche les contenus en 1,5K. La fréquence de rafraîchissement oscille entre 30 et 120 Hz et la luminosité maximale peut atteindre 4 500 nits (pic HDR).
Durant mes quelques jour de test, l’écran m’a semblé d’excellente qualité. J’ai pu l’utiliser dans tous les environnements sans souffrir des reflets, à l’exception du premier jour de prise en main sous les néons puissants des stands. Rien d’alarmant, c’est le cas avec la plupart des smartphones, même ultra-premium. Enfin, j’ai été impressionné par le confort du moteur de vibrations qui rend la frappe sur le clavier virtuel très agréable.
Glyph Matrix : le petit truc en plus ?

La signature Nothing, c’est le Glyph. Jusqu’à maintenant, le constructeur concevait ses smartphones en y intégrant des LED au dos afin d’indiquer une notification, suivre l’arrivée d’un chauffeur ou la durée d’un minuteur.
Comme l’évoquaient les rumeurs, Nothing abandonne cette technologie. Enfin presque, puisqu’il inaugure Glyph Matrix, une évolution du Glyph. Exit les traditionnelles bandes LED qui ornaient le dos des précédents modèles : la marque londonienne innove en intégrant un petit écran Micro LED.
Le Glyph Matrix devient donc une interface à part entière. Par exemple, il permet d’accéder à des mini-jeux pré-installés (comme le classique pierre-feuille-ciseau ou le jeu de la bouteille), ou encore prendre un selfie avec un retour écran en forme de petits points (peu lisibles). Des fonctions gadget qui m’ont fait rire deux jours et que je n’ai plus jamais utilisées.

En revanche, Nothing tient un truc dans la gestion des notifications. Il est en effet possible de régler finement l’affichage pour des notifications visuelles personnalisées. L’utilisateur peut ainsi attribuer des signaux lumineux spécifiques à certains contacts ou applications. Ainsi, chaque interaction est plus intuitive et immédiate, sans même avoir à retourner le téléphone. La lecture d’informations comme l’heure, la batterie restante ou le lancement d’un chronomètre se révèlent aussi très pratiques.

Si l’idée du Glyph Matrix est bonne, l’exécution mérite quelques ajustements. L’activation des jeux s’opère depuis un bouton tactile avec retour haptique, positionné plus bas. La navigation dans l’interface depuis ce bouton (appui courts ou longs) nécessite un apprentissage laborieux. Par ailleurs, la réponse tactile est très aléatoire. J’ai donc fini par limiter mes interactions avec ce bouton.
Reste que cette innovation confirme la volonté de Nothing de se démarquer, non seulement par le design, mais aussi par l’expérience. Le Glyph Matrix du Phone (3) est donc plus un laboratoire d’idées qu’autre chose. Pas complètement loupé, mais pas pertinent non plus.
Une interface fun

Pour « rendre la tech plus fun », Nothing a aussi beaucoup travaillé sur l’interface logicielle. Le Phone (3) tourne sous Android 15 avec la surcouche maison Nothing OS 3.5, dépourvue de tout bloatware (halléluia !). Attention les yeux, la charte graphique ne plaira pas à tout le monde puisqu’elle s’inscrit sur les mêmes codes que le design du téléphone.
On trouve donc des effets de transparence un peu partout, une dominance de noir, blanc et gris, ainsi que des icônes dessinées avec des petits points. Il est possible de basculer sur une version plus pure d’Android avec davantage de couleurs et de lisibilité.
Nothing OS se distingue aussi par ses nombreux paramètres de personnalisation. Les icônes peuvent être redimensionnées, les widgets sont très élégants, les fonds d’écran Nothing très réussis.
Petite nouveauté bienvenue : lorsque l’on déroule le tiroir d’applications, on peut choisir une vue regroupée par centres d’intérêts. Cette disposition n’est pas sans rappeler ce que propose Apple dans iOS 18 mais elle se révèle très pratique.
Et l’IA dans tout cela ? À l’heure où nous écrivons ces lignes, elle se fait très discrète. Nothing propose bien sûr le bouton Essential Key donnant accès à Essential Space, une sorte de second cerveau. On peut y stocker des captures d’écran ou notes vocales. Un pense-bête pratique mais pas révolutionnaire.

En fait, Gemini reste l’outil IA le plus intéressant. Nothing l’a fondu dans son interface avec une barre de recherche spécifique dans les paramètres. On peut interroger l’IA pour effectuer une recherche en ligne ou fouiner dans les réglages et applications du téléphone.
Nothing nous fait aussi profiter de ChatGPT, pré-installé sur le Phone (3). Le constructeur a opté pour une intégration en profondeur de cette IA dans son écosystème. Par exemple, ChatGPT peut remplacer Gemini comme assistant par défaut sur le Phone (3).
Au quotidien, Nothing OS peut sembler déroutant (notamment à cause de sa charte graphique parfois illisible) mais l’ensemble reste cohérent. Certains comparent le constructeur à Apple dans son approche logicielle. S’il en est encore loin, Nothing peut se vanter de faire une proposition originale. J’ai pris beaucoup de plaisir à naviguer dans cette interface. Je me suis même souvent surpris à l’apprécier davantage que celle de mon habituel Pixel 9 Pro ou de OneUI de Samsung, deux surcouches que j’affectionne particulièrement.
Nothing OS se distingue aussi par sa philosophie « slow tech ». Grâce au Glyph, j’ai beaucoup moins saisi mon téléphone que d’habitude. En réalité, je ne m’en suis servi que lorsque nécessaire. Cela explique sans doute en partie l’excellente autonomie du téléphone (j’y reviendrai).
Enfin, Nothing promet 5 ans de mises à jour majeures ainsi que 7 ans de correctifs de sécurité. Plutôt pas mal pour un petit Poucet.
Un smartphone performant

Pour se frotter aux iPhone 16, Galaxy S25 et autres smartphone de cet acabit, il était indispensable pour Nothing de muscler son jeu. Ne disposant pas des mêmes moyens que les géants du secteur, l’entreprise a dû redoubler d’ingéniosité pour se fournir en composants haut de gamme sans que la facture ne flambe.
Plutôt que d’intégrer le processeur le plus puissant du moment, elle s’est tournée vers la Snapdragon 8S Gen4, une puce moins puissante que la Snapdragon 8 Elite mais suffisamment pour répondre à tous les besoins.
Elle est associée à 16 Go de RAM et 512 Go de stockage (12 Go de RAM pour la version 256 Go) ainsi qu’à la puce graphique Adreno 825. Selon Nothing, cette configuration permettrait au Phone (3) de se montrer deux fois plus rapide que le Phone (2). La reconnaissance d’image serait 185% plus rapide, le GPU 88% plus puissant et le CPU 36% plus véloce.
Des informations que je vérifierai dans un test approfondi en laboratoire mais qui me semblent cohérentes après une semaine d’utilisation. J’ai pu accomplir toutes mes tâches professionnelles (dont de la retouche photo et un peu de montage sur Capcut et Captions) et m’amuser avec les jeux 3D les plus exigeants sans rencontrer de problème particulier.
Enfin, le Phone (3) est compatible Bluetooth 6.0 et WiFi 7. Contrat rempli.
Un marathonien

Nothing a aussi mis le paquet sur le volet de l’autonomie. Le Phone (3) est équipé d’une batterie silicium-carbone, technologie dernier cri permettant d’embarquer une capacité généreuse dans un encombrement moindre. Nothing a logé 5 150 mAh dans un châssis finalement pas si compact (160,6 x 75,59 x 8,99 mm pour 218 grammes). De quoi assurer « 80 heures d’autonomie ». En veille ? En usage classique ? Nothing n’a communiqué aucun détail sur ce point.
Je peux en revanche affirmer que le Phone (3) figure parmi les smartphones les plus endurants qu’il m’ait été donné de tester. Après une journée d’utilisation intensive, il me restait en moyenne 45% de batterie. On peut donc facilement commencer une journée à 100% et voir le smartphone s’éteindre le lendemain aux alentours de 18h. Quel confort !

Le Phone (3) est en plus compatible avec une charge filaire de 65 W (le boîtier d’alimentation n’est pas fourni) et sans fil jusqu’à 15 W. Nothing annonce un 0 à 50% en 19 minutes seulement. Promesse tenue, à quelques dizaines de secondes près. Bravo !
Un très bon photophone

La partie photo a aussi fait l’objet de la plus grande attention. Le Phone (3) accueille quatre capteurs de 50 MP associés à :
- un objectif grand-angle (f/1,68)
- un objectif périscopique équivalent 70 mm permettant aussi de s’adonner à la macrophotographie
- un objectif ultra grand-angle (champs de vision de 114°)
- une caméra selfie capable de filmer en 4K
Petite originalité : un carré rouge « Rec », disposé près du module ultra grand-angle, clignote lorsque l’on enregistre une vidéo.
L’interface photo intègre des Presets, sortes de filtres créés par des professionnels de la photographie (mention spéciale au noir et blanc). L’intégration dans l’appareil est élégante et intuitive. Les résultats sont aussi très séduisants.

Quid de la qualité photo ? Pendant mes quelques jours de prise en main, j’ai été désagréablement surpris par certains comportements des algorithmes. Par exemple, mes photos en basse lumière étaient de meilleure qualité en désactivant le mode nuit. J’ai aussi détecté un manque de piqué avec certaines optiques. Les contrastes ont aussi tendance à être trop marqués.
Rien qui ne vienne vraiment entamer mon enthousiasme : la proposition de Nothing tient la route. Dans de bonnes conditions de lumière, l’ensemble des optiques n’ont rien à envier aux concurrents directs. Nothing se paie même le luxe de proposer un téléobjectif périscopique, quand un iPhone 16 doit se contenter de deux modules.

En basse lumière, le module principal et le téléobjectif se paient le luxe de rivaliser avec un Galaxy S25, à condition de désactiver le mode nuit. L’ultra grand-angle est un peu plus à la peine. Le Pixel 9 reste au dessus du lot, mais on commence à avoir l’habitude.
Enfin, le Phone (3) excelle dans la capture de portraits : le détourage est précis (à quelques exceptions près, dans des scènes complexes) et le bokeh d’un naturel déconcertant pour un appareil à ce prix. Enfin, la caméra selfie saura satisfaire les amateurs d’égo-portraits.
Capable de filmer en 4K à 60 im/s, le Phone (3) ne rivalise jamais vraiment avec l’iPhone 16 ou le Galaxy 25. Bien que sa stabilisation se révèle très bonne, un effet de traine assez récurrent ne permet pas d’en faire une caméra semi-professionnelle. Elle suffira à tourner quelques vidéos TikTok ou immortaliser vos souvenirs, et ce n’est déjà pas si mal.
Mon avis sur le Nothing Phone (3)

Loin d’être parfait, le Phone (3) s’impose comme une alternative intéressante aux références du marché. Son design original, son interface légère et intuitive ainsi que son autonomie colossale en font un modèle à considérer. Bien que ses performances n’atteignent pas des sommets, elles suffisent à répondre à 99% des besoins d’un utilisateur exigeant.
Quoi d’autre ? L’écran est réussi, la qualité photo au rendez-vous, la charge rapide efficace. Sans disposer de toutes les technologies dernier cri, le Phone (3) reste cohérent et agréable. Dommage que le Glyph Matrix, son élément le plus distinctif, tourne plus au gadget qu’à l’innovation. Une erreur de jeunesse, sans doute.
Le patron de Nothing le reconnaît lui-même, le Phone (3) n’est pas fait pour tout le monde. Il a raison. Si j’ai adoré l’expérience, j’ai aussi reçu de nombreux retours négatifs sur le design ou l’interface. Fair enough.
Alors pour qui est fait ce modèle si particulier ? Si vous recherchez un smartphone haut de gamme original, une expérience unique en son genre, le tout pour un prix assez contenu, alors le Phone (3) est fait pour vous. Si vous êtes plutôt du genre à miser sur les valeurs sûres, passez votre chemin.
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