La gamme Mission 1 promet de réunir la qualité d’image d’une caméra professionnelle, la portabilité d’un compact et la robustesse d’une caméra d’action. Rien que ça. La Mission 1 Pro trône au sommet de cette nouvelle famille juste sous la future Mission 1 ILS à objectifs interchangeables. Celle-ci est attendue « plus tard dans l’année ».
Vendue au prix de 699 euros (ou 599 euros pour les abonnés GoPro), elle a bien évidemment attiré notre attention et aiguisé notre curiosité. On l’a prise en test, histoire de voir s’il s’agit d’un réel changement de braquet ou d’un argumentaire marketing gonflé à l’hélium…
Trois changements majeurs
La Mission 1 Pro est bâtie autour de trois composants majeurs : la puce GP3, un nouveau capteur ultra-performant et la batterie Enduro 2. Trois pièces qui, mises bout à bout, expliquent pourquoi GoPro ose parler de « caméra de cinéma » et non plus de simple action cam. Décorticage.
GP3 : deux fois plus de muscle
Le GP3 est le nouveau processeur maison. Il remplace l’antique GP2, apparu sur la Hero 10 Black en 2021. Cinq ans, c’est une éternité en matière de nouvelles technologies. Pris à la gorge par la catastrophe industrielle que fut le drone Karma, GoPro n’avait tout simplement pas les moyens de renouveler sa puce plus tôt.
Le GP3 est annoncée comme deux fois plus puissant en traitement de pixels que le GP2. Sans cette réserve de calcul, pas de 8K à 60 i/s, de 4K en 240 i/s et encore moins de mode rafale à 1080p 960 i/s. C’est aussi elle qui pilote les treize modes de capture intelligents (suivi de sujet, plongée, faible luminosité, etc) censés ajuster automatiquement les réglages selon la lumière, le mouvement et la présence de visages.
Au-delà des chiffres, le GP3 redéfinit l’expérience d’utilisation. GoPro a regroupé les fonctions les plus utilisées (comme la profondeur de bits, la vitesse d’obturation ou la stabilisation HyperSmooth) dans un menu « Image » unique. A l’usage, ces paramètres sont nettement plus accessibles en pleine action. L’interface d’utilisation reste semblable à celle des GoPro Black, ce qui n’est pas pour nous déplaire.
Enfin, le GP3 prend en charge la consommation énergétique et la gestion thermique, deux points sur lesquels GoPro a longtemps péché. Nous y reviendrons un peu plus loin.
Capteur 1’’ : le vrai grand écart
Les GoPro HERO se contentaient d’un petit capteur (1/1,9’’ sur la HERO13) : ce n’est plus le cas pour la Mission 1 Pro qui embarque un capteur 1’’ de 50 mégapixels. Plus grand que le 1/1,15’’ de la DJI Osmo Action 6 et que le 1/1,3’’ de l’Insta360 Ace Pro 2, il capte bien mieux la lumière en 8K grâce à des photosites de 1,6 µm (contre environ 1,2 µm chez la concurrence, soit 77 % de lumière en plus selon GoPro). En 4K, le pixel binning, désormais classique sur les smartphones, permet de regrouper les photosites en matrices de 2×2, chacune équivalant à un photosite de 3,2 µm.
La captation Open Gate exploite toute la hauteur du capteur au lieu d’en rogner le haut et le bas comme en 16:9 classique. la caméra enregistre dans son format natif, un 4:3 quasi carré de 7 680 × 5 760 pixels. De quoi recadrer ensuite à volonté une fois la séquence mise en boite, afin de produire des séquences en format paysage pour YouTube, par exemple, ou mode portrait pour TikTok ou Instagram, sans perdre en définition. Il est même possible d’extraire des photos de 44 mégapixels directement depuis la vidéo.

En bonne luminosité, la Mission 1 Pro en met plein la vue et l’on se rapproche d’une qualité cinématographique inédite sur une caméra aussi compacte. GoPro a apporté une attention particulière à l’objectif et cela se ressent au niveau du piqué des séquences produites. Il propose trois cadrages : « SuperView », ultra-large mais déformé, « Wide » qui corrige la distorsion et « Linéaire » totalement rectiligne.
Le profil colorimétrique GP-Log2 10 bits et le débit de 240 Mbit/s produisent des couleurs fidèles et naturelles ainsi qu’un grain d’une belle douceur. En post-production, on récupère sans difficulté les hautes lumières et les ombres.
Notre enthousiasme faiblit un peu après le coucher du soleil. Certes, la Mission 1 Pro fait mieux que la DJI Action 6 grâce à son capteur, mais elle ne transforme pas non plus la nuit noire en plein jour. Elle est plus à l’aise dans une ambiance tamisée comme le tomber du jour, où elle peut monter en sensibilité et donc allonger la vitesse d’obturation plus que les autres. Le mode « Faible luminosité » dédié aide un peu de nuit, mais les zones d’ombre peuvent ressortir bruitées.
Enduro 2 : l’autonomie enfin au rendez-vous
Quiconque a déjà tenu une GoPro connaît la double punition : batterie vidée en moins d’une heure et arrêt en surchauffe au pire moment (histoire vécue). La nouvelle batterie Enduro 2 de 2 150 mAh (13 % de capacité en plus) et l’efficacité du GP3 gravé en 5 nm s’attaquent aux deux fronts.
Sur le papier, GoPro annonce plus de 5 heures en 1080p 30 i/s (+ 70 % par rapport à la HERO13), plus de 3 heures en 4K 30 i/s (+ 80 %) et environ 1 h 30 en 8K 30 i/s.

Nos tests confirment les chiffres officiels. Nous avons tenu un peu plus de 3 heures en 4K 30 i/s et un peu plus d’une heure en 8K 60 i/s. La charge progresse aussi nettement, avec un passage de 0 à 100% en 61 minutes (100 minutes pour la HERO13). Détail agréable, les batteries Enduro 2 et celles de la HERO13 Black sont compatibles dans les deux sens : vous pourrez réutiliser des batteries déjà entre votre possession, même si l’autonomie sera forcément différente.
Côté chauffe, c’est le meilleur résultat jamais vu sur une GoPro. Les seules limites apparaissent en 8K 60 i/s et en 4K 240 i/s : GoPro annonce environ 35 minutes à l’arrêt sans flux d’air. Nous avons tenu plus de 40 minutes lors d’une sortie à vélo, sous la chaleur étouffante de ce début juin. Le flux d’air généré par le déplacement, même chaud, a sûrement dû être bénéfique à la régulation thermique.
Mission 1 Pro édition Grip : une belle idée à moitié aboutie
Pour ce test, GoPro nous a fait parvenir l’édition Grip de la Mission 1 Pro. Vendue 779 euros, elle comprend la caméra ainsi qu’une poignée « appareil photo compact ». Le changement est d’abord physique : le cube GoPro devient un objet qui se tient à une main, l’index posé sur un véritable déclencheur — la poignée intègre son propre mécanisme d’obturation.

L’objet vise clairement la photo de rue, le voyage et il assume sa polyvalence : on peut retirer le manche pour ne garder que la cage métallique qui enserre la caméra. Elle dispose alors d’une griffe porte-accessoire, d’un filetage 1/4 ‘’ et de la compatibilité avec la fixation magnétique GoPro.
La construction est soignée, l’ergonomie convaincante, et la prise en main bascule franchement du côté de l’appareil photo. Bonne nouvelle pour les indécis : la poignée est aussi vendue séparément et compatible avec toutes les caméras de la gamme, l’Édition Grip n’étant au fond qu’un raccourci tarifaire.
La poignée est purement mécanique : aucune batterie à l’intérieur ni de passage de l’USB-C. Il est donc impossible de recharger la caméra sans démonter le grip à chaque fois, ce qui ruine un peu l’esprit « dégaine et shoote » que l’accessoire est précisément censé incarner. Une poignée traversée par un port de charge — voire dotée de sa propre cellule — aurait transformé l’essai.
En l’état, l’Édition Grip est un essai intéressant auquel il manque l’essentiel.
Mission 1 Pro et HERO13 Black : cousines, pas jumelles
La gamme Mission 1 ne remplace pas les HERO Black, elle ouvre une catégorie à côté. La HERO13 Black, reste optimisée pour le sport d’action et la vue subjective, dans un format compact d’environ 159 grammes. La Mission 1 Pro vise plutôt le cinéma compact, et c’est sur l’image que tout se joue. Le couple capteur 1’’ 50 mégapixels + GP3 est bien supérieur au 1/1,9’’ de 27 mégapixels + GP2. La vidéo suit la même hiérarchie : 8K60 et Open Gate 8K30 d’un côté, 5,3K60 maximum de l’autre et des ralentis qui montent à 4K240 et 1080p960 contre 4K120 et 720p400. Il n’y a pas photo (ou vidéo, en l’occurrence).
Le reste en quelques lignes : la Mission descend à 20 mètres sous l’eau sans caisson contre 10, photographie en 50 mégapixels contre 27 et promet plus de 5 heures d’autonomie avec charge rapide là où la HERO13 plafonne autour de 2 h 30.
Tout cela se paie, en euros comme en grammes. Avec ses 207 grammes, la Mission 1 Pro est plus lourde et plus épaisse que la HERO13. Son tarif est aussi bien plus élevé puisqu’elle est vendue 250 euros de plus.
Les deux caméras partagent en revanche l’essentiel de la plomberie maison : stabilisation HyperSmooth avec verrouillage d’horizon, vidéo HLG HDR, couleur 10 bits, synchronisation par code temporel, double écran et écosystème de fixations magnétiques. Bonus appréciable : les batteries Enduro des deux modèles sont compatibles dans les deux sens.
Notre avis sur la GoPro Mission 1 Pro
La Mission 1 Pro est la pièce maîtresse de la contre-offensive d’un GoPro qui a vu sa couronne de roi de l’action cam lui filer entre les doigts, et qui choisit de remonter par le haut plutôt que de se battre sur le terrain du prix. Le pari est cohérent : grâce au trio capteur 1’’ + puce GP3 + batterie Enduro 2, la caméra propose la meilleure qualité d’image jamais vue dans ce gabarit. La captation en basse lumière est enfin crédible, à défaut d’être miraculeuse dans le noir complet. L’autonomie est remarquablement bonne et fait mentir la mauvaise réputation de GoPro en la matière.
Cette excellence technique s’accompagne inévitablement de quelques inconvénients. La Mission 1 Pro est plus grande et plus lourde que les modèles HERO. Le Grip que nous avons reçu avec notre exemplaire de test est une excellente idée, mais peut être améliorée par l’ajout d’unn accumulateur et d’un passage USB-C afin de recharger facilement la batterie.
La Mission 1 Pro n’est pas une HERO: elle s’adresse aux vidéastes exigeants, ceux qui sauront exploiter un fichier Open Gate 8K et un profil log. Pour filmer ses week-ends à VTT, la HERO13 Black est plus adaptée. Pour qui veut une caméra de poche qui filme vraiment comme une grande, GoPro tient là son meilleur argument depuis des années.
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