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Le grand écart : j’ai passé six mois avec le MacBook Pro M5 Max d’Apple (et le MacBook Neo)

Depuis quelques mois, j’ai sur mon bureau un ordinateur que je n’aurais jamais imaginé tester un jour. A première vue, il ressemble à un traditionnel MacBook Pro 16’’. Rien de plus normal, puisque c’en est un. Mais côté technique, il est plus proche du datacenter compressé entre deux plaques d’aluminium que je peux balader dans mon sac à dos.

Au moment où ce test est réalisé, il s’agit tout simplement du notebook le plus puissant jamais conçu par Apple : puce Apple Silicon M5 Max, 128 Go RAM et SSD de 4 To. A quoi peut servir concrètement une telle débauche de puissance ? S’agit-il d’une machine faite pour flatter l’égo de certains utilisateurs en entreprise ou est-ce une véritable révolution pour les créatifs ?

MacBook Pro 16 M5 Max
© Presse-citron

Afin de le savoir, J’ai décidé de le pousser dans ses ultimes retranchements : IA locale, montage vidéo 8K, modélisation 3D complexe et… ouverture de fichiers Excel. Récit de six mois passés en compagnie d’un surdoué.

Écran nano-texturé et des ports à gogo

Avant de rentrer dans le vif du sujet, examinons un peu la bête. En plus de sa compacité, deux choses sont remarquables.

La première, c’est l’écran. Apple propose une option « nano-texturée » sur sa dalle. Pour faire simple, c’est un traitement du verre qui absorbe littéralement les reflets. Je peux travailler en plein soleil (et j’en ai eu l’occasion durant cet été caniculaire) : l’écran 16’’ reste ultra lisible et quasiment insensible aux reflets. Les couleurs sont profondes et il n’y a pas de perte de contraste : une merveille qui me fait oublier que sa dalle n’est pas OLED.

Je me prends aussi une claque sur les oreilles : le système audio intégré est tout simplement le meilleur du marché. Les basses sont profondes, le son enveloppant et d’une incroyable fidélité compte-tenu de la taille de l’engin.

La connectique est suffisament fournie sur le MacBook Pro 16 M5 Max © Presse-citron

J’ai souvent pesté sur la pingrerie d’Apple en matière de connectique. Ce n’est pas le cas ici puisque la machine propose trois connecteurs Thunderbolt 5 (format USB-C), un lecteur de cartes SDXC, un port HDMI, une prise jack audio ainsi qu’une prise d’alimentation MagSafe. Celle-ci, vraiment pratique avec son système d’aimants, évite de bloquer un connecteur pour alimenter la machine.

Afin d’être en conformité avec les directives de l’UE, le MacBook Pro peut aussi être alimenté par un câble USB-C : cela m’a d’ailleurs dépanné plus d’une fois ! Il faut juste prévoir un adaptateur secteur assez puissant (140 W). On peut opter pour celui proposé par Apple (119 euros), ou choisir un modèle équivalent, nettement moins onéreux. J’utilise le chargeur Anker USB-C 140 W, une petite merveille qui dispose de quatre ports de charge rapide et que l’on trouve pour 70 euros.

Assez parlé quincaillerie : je rentre dans le vif du sujet avec l’intelligence artificielle, histoire de voir si la machine peut faire tourner un modèle performant en local.

L’IA en mode avion, c’est possible

Quand vous utilisez une IA comme ChatGPT, les questions et requêtes partent dans le cloud pour atterrir sur des serveurs gigantesques. Elles sont alors traitées et le résultat revient sur l’écran. En théorie, la puce Silicon M5 Max et ses 128 Go de RAM permettent d’exécuter en local une IA ultrapuissante sans rien envoyer vers le Net.

L1040582 Dxo Pc
© Presse-citron

Reste juste à trouver comment l’installer, ce qui m’inquiétait un peu : je ne suis pas du genre à passer des heures à taper au clavier des commandes UNIX. J’ai donc fait appel à… une IA. En l’occurrence à Gemini, qui m’a guidé pas à pas.

En fait, installer une IA sur un ordinateur comme le MacBook Pro peut se faire de deux façons : par le Terminal en saisissant docilement des commandes auxquelles un utilisateur normal ne comprend rien, ou passer par une application « tout en un » qui fait presque tout automatiquement et offre une interface graphique compréhensible… Je vous laisse deviner ce que j’ai choisi !

J’ai opté pour Bionic, de LM Studio, dont l’interface n’est pas traduite en français. L’installation est d’une simplicité enfantine : une fois l’app lancée, il suffit de sélectionner un LLM à installer. Plus la machine a de RAM, plus on peut opter pour un modèle puissant. Toujours sur les conseils de Gemini, j’ai choisi Llama 4 Scout, un modèle géant pesant près de 67 Go. Faut-il le préciser, une connexion haut débit fiable est indispensable…

La qualité des résultats est bluffante. L’IA génère des réponses complexes, analyse des textes et code à la vitesse de 50 mots par seconde. C’est moins que ce que proposent les IA comme ChatGPT ou Claude, mais cela suffit pour la majorité des tâches.

L’utilisation un tant soit peu longue de l’IA locale rappelle au passage que le MacBook Pro est équipé de ventilateurs. D’habitude muets, ils se font entendre lorsque j’exploite l’IA locale. C’est d’ailleurs la seule activité où ils seront sollicités très régulièrement.

Avoir une IA locale cumule plusieurs avantages : la confidentialité est totale puisque rien ne sort de la machine et je n’hésite pas à travailler sur des documents confidentiels. Je n’ai pas besoin de connexion internet, ce qui me permet d’interroger l’IA en toutes circonstances. Enfin, plus besoin d’abonnement mensuel ou d’acheter de jetons : on paye (très cher, certes) la machine et c’est tout.

Montage 8K et RAW 60 Mpx : la fin définitive des proxys

Montage Adobe Macbook Pro M5 Max
© Presse-citron

Je passe ensuite à un sujet qui m’occupe pas mal de temps dans mon activité quotidienne : le montage vidéo et l’édition photographique. Historiquement, les fichiers très haute résolution (4K ou 8K), asphyxient littéralement les ordinateurs. La parade classique est de passer par des « proxys ». En gros, ce sont des copies basse résolution des rushes grâce auxquelles on effectue le montage avec une grande fluidité. Le logiciel leur substitue les fichiers haute définition juste avant l’assemblage final. Faut-il le préciser, l’opération est alors assez longue.

Avec le M5 Max, les proxys ne sont plus qu’un lointain souvenir. Sur des logiciels comme DaVinci Resolve ou Final Cut Pro, j’empile sans problème plusieurs rushes en 8K natif dans le chutier. Leur manipulation est quasi instantanée et je peux leur appliquer des effets, de la musique ou retravailler la colorimétrie sans la moindre saccade. Impressionnant.

Le secret réside dans l’architecture du M5 Max, qui intègre deux moteurs médias physiques (dual media engines) directement dans le silicium. Ils sont exclusivement dédiés à l’encodage et au décodage des formats lourds comme le ProRes ou le HEVC. Le processeur principal ne fait qu’envoyer une requête, charge aux deux moteurs de se débrouiller afin de la satisfaire. Pendant ce temps, le processeur central peut s’occuper d’autre chose.

Le gain de temps se retrouve aussi en photographie. Si vous shootez en RAW avec des capteurs survitaminés (comme un Leica Q3 et son capteur de 60 mpxl, par exemple), le traitement devient une formalité. L’algorithme de réduction de bruit de DxO PhotoLab 10, extrêmement gourmand, illustre bien cela. L ‘export d’une image RAW de 60 mpxl lourdement modifiée prend 55 secondes sur un MacBook équipé d’un M1 Pro. Le petit prodige règle cela en seulement 9 secondes. J’ai dû dire adieu aux pauses-café de 45 minutes pendant le traitement des images d’un shooting d’une cinquantaine d’images : j’ai maintenant moins de 10 minutes pour avaler un café et scroller sur les réseaux sociaux…

Fusion 360 et la 3D prennent des allures de jeu d’enfant

Autre domaine très consommateur de puissance de calcul : les logiciels d’ingénierie, d’architecture et de conception 3D. On a longtemps cru qu’il fallait une tour de bureau massive et bruyante pour travailler correctement. Ce n’est plus vraiment le cas, semble-t-il, avec le MacBook M5 Max. J’ai demandé à Marc, le geek de la rédaction, de tester cet aspect pour moi. Ça tombait bien puisqu’il vient de suivre une formation sur Fusion 360, juste pour son plaisir (il est bizarre, parfois). Je n’aurais pas dû : j’ai eu un mal de chien à récupérer la machine tant il l’a aimée.

Fusion 360 et Blender sont à l’aise dans ce monstre de puissance © Presse-citron

Dans un ordinateur classique, le processeur et la carte graphique passent leur temps à s’échanger des informations par un canal, généralement des pistes sur la carte-mère de la machine. Cela a pour conséquence de ralentir l’échange de données et l’affichage des modèles 3D complexes. Ce n’est pas le cas avec M5 Max, qui utilise une « mémoire unifiée ». Le processeur central et les 40 cœurs graphiques partagent exactement la même réserve de 128 Go, soudée directement sur le même support physique, à quelques millimètres à peine de la puce (et non éparpillée sur la carte-mère). Résultat : la latence disparaît.

Concrètement, les calculs de simulations par éléments finis (tester la résistance mécanique ou thermique d’une pièce) s’exécutent en un éclair. Ce qui exigeait autrefois une pause-café (ou pause-thé dans le cas de Marc) se calcule désormais quasiment en temps réel. Ce n’est pas spécialement dû au logiciel, puisque les tests effectués sur Blender, autre logiciel 3D très utilisé, affichent des gains de temps similaires.

RAMpocalypse : Apple a une excuse, mais pas de preuves

Usine recyclage batterie
© Mercedes

Lorsque j’ai reçu ce MacBook en mars dernier, son prix public TTC était de 7 300 euros, hors adaptateur secteur. Une très belle somme pour un ordinateur, même aussi puissant. Le MacBook Neo, dont je parle brièvement, était vendu 699 euros dans sa version de base. Avant de publier cet article, je suis allé vérifier le prix des deux machines, histoire de voir si la fameuse « RAMpocalypse » (pénurie mondiale de mémoire vive et de stockage) avait eu une influence sur le prix des machines. Je n’ai pas été déçu…

À configuration égale, le MacBook Pro M5 Max est maintenant vendu 9 164 euros, soit une hausse d’à peu près 25 %. Cette augmentation a été appliquée en juin dernier alors que mon test au long cours avait largement débuté. Quant au MacBook Neo, son prix a augmenté de 100 euros et atteint désormais 799 euros. La pénurie est bien réelle : selon le cabinet TrendForce, le prix contractuel de la mémoire mobile LPDDR5X a grimpé de 58 à 63 % au premier trimestre 2026, puis de 78 à 83 % supplémentaires au second. Si je compte bien, le prix a quasiment triplé en six mois.

Sur le marché de gros des composants, le tableau est nettement plus sévère que ce que l’on pourrait croire de prime abord. Le cabinet SemiAnalysis chiffrait début mai 2026 le prix de la mémoire LPDDR5 autour de 10 dollars par gigaoctet, un niveau qui avait déjà triplé depuis début 2025. Pour équiper un MacBook de 128 Go de mémoire et de 4 To de stockage flash, l’augmentation se chiffre plausiblement en plusieurs centaines, voire en plus d’un millier d’euros.

Autrement dit : si la hausse de 1 864 euros TTC choque au premier abord, une bonne partie pourrait bien correspondre à une répercussion sincère du coût des composants. Franchement, ce n’est pas la conclusion à laquelle je m’attendais. Reste une zone grise que je n’ai pas pu trancher avec précision : Apple négocie sa mémoire via des contrats signés à l’avance, potentiellement verrouillés avant les pics les plus violents du marché. Si c’est le cas, la marge réelle sur ces options reste probablement supérieure à ce qu’elle était avant la pénurie.

Mais avancer un chiffre précis serait aujourd’hui malhonnête sans accès aux coûts d’approvisionnement réels d’Apple. La mémoire étant intégrée au même boîtier que le processeur (et non remplaçable après achat), aucun bricolage post-achat n’est de toute façon envisageable.

J’avais prévu de conclure le sujet en annonçant un « prix juste » pour ce MacBook Pro. Je ne le ferai pas : le proposer sans connaître les prix contractuels exacts négociés par Apple reviendrait à remplacer un chiffre arbitraire par un autre. Ce que je peux affirmer, sources à l’appui : l’ampleur de la hausse des coûts matière justifie de façon plausible une large partie de l’augmentation. Ceci posé, la marge d’Apple sur ces options reste une question ouverte tant que le constructeur ne communique pas sur sa structure de coûts. Et devinez quoi ? Il ne le fera jamais.

Le cas du MacBook Neo (8 Go / 256 Go) est différent : sa configuration modeste limite mécaniquement l’impact d’une hausse de la mémoire mobile, même violente. Sans le détail de sa nomenclature, une hausse de 100 euros sur une machine vendue comme accessible aux étudiants reste plus difficile à justifier par le seul coût des composants. Je me garderai, là aussi, d’avancer un « prix juste » que je ne peux pas défendre avec des sources fermes.

Le travail du quotidien : la Formule 1 pour aller au coin de la rue

Je ne pouvais pas ne pas tester la machine avec les traditionnels logiciels de bureautique. Je me suis donc rabattu sur Excel.

La puissance de calcul du M5 Max est tellement énorme pour ces usages que la machine donne l’impression de s’ennuyer. Et pourtant, je n’y suis pas allé avec le dos de la cuillère ! En cherchant sur le net, on peut trouver des fichiers Excel géants capables de pousser le logiciel dans ses derniers retranchements. J’en ai dégoté quelques-uns sur le site excelbianalytics.com, dont un fichier d’employés fictifs qui m’a permis de saturer le tableur (fun fact : une feuille Excel peut contenir au maximum 1 048 576 lignes et 16 384 colonnes).

MacBook Pro 16 M5 Max
© Presse-citron

J’ai effectué de nombreuses opérations sur ce document (tri multicritères, changement de type de données, etc) sans aucun problème. Bien sûr, le résultat n’est pas instantané et il faut parfois patienter une dizaine de secondes. En comparaison, l’attente est de l’ordre de la minute sur un MacBook équipé d’une puce M1.

Dans 99,99% des cas, acheter ce MacBook Pro pour faire uniquement du secrétariat ou du traitement de texte, c’est comme se payer une voiture de course pour aller acheter du pain au coin de la rue : ça en jette mais c’est inutile.

M5 Max contre MacBook Neo : 40 cœurs face à une puce d’iPhone

Macbookneo (1)
© Presse-citron

Pour finir, j’ai tenté un véritable grand écart : comparer les performances de ce bolide avec celles du MacBook Neo.

Lancé au printemps 2026 pour abaisser le ticket d’entrée d’Apple (799 € au moment de ce test), le MacBook Neo est une machine ultralégère sans ventilateur, pensée pour la bureautique et les étudiants. Il embarque la puce A18 Pro de l’iPhone, dotée d’un processeur graphique à 5 cœurs et plafonne à 8 Go de RAM.

Si l’on compare les deux sur des tâches intensives, le gouffre architectural est vertigineux. Face aux 5 cœurs graphiques du Neo, mon MacBook Pro aligne un bataillon de 40 cœurs GPU. Et cela se ressent immédiatement dans les benchmarks bruts : lorsque je teste les performances graphiques, le Néo affiche un score respectable tournant autour de 31 000 points. Le MacBook Pro M5 dépasse allègrement les 130 000 points.

Sur un export d’une vidéo 4K bourrée d’effets visuels, le Neo accompagné de ses 8 Go de RAM jettera l’éponge ou – dans le meilleur des cas – demandera plus de 30 minutes de traitement en chauffant dangereusement. Sur le MacBook Pro M5 Max et ses 128 Go de mémoire unifiée, l’opération sera achevée en trois minutes sans même avoir besoin de déclencher la ventilation.

Évidemment, je me doutais que les résultats ne seraient pas comparables : les deux machines ne sont pas faites pour le même usage. Cela permet juste de se faire une idée plus précise de l’étendue de la puissance de calcul développée par le M5 Max : on ne joue tout simplement plus dans la même cour, la puissance de traitement étant grosso modo multipliée par dix…

Mon avis après six mois d’utilisation

Le MacBook Pro M5 Max à 128 Go de RAM est un ovni qui ne s’adresse pas vraiment au grand public. Son prix vertigineux le réserve aux studios de production, aux ingénieurs et créatifs dont chaque minute de rendu gagnée se traduit directement en rentabilité. Et bien entendu aux mordus de l’IA locale disposés à vendre un rein pour se faire plaisir.

Je le perçois comme un outil de production massif offrant un confort absolu. Son seul véritable défaut est de vous mettre la pression : avec lui, l’excuse de l’ordinateur qui rame n’existe plus pour justifier une pause. Va falloir être créatif pour trouver d’autres prétextes !

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Apple Macbook Pro M5 Max

9 164 €
8.8

Design & ergonomie

9.0/10

Ecran

9.5/10

Performances

10.0/10

Autonomie

8.5/10

Rapport qualité/ prix

7.0/10

On aime

  • Puissance phénoménale
  • Ecran nano texturé
  • Connectique complète
  • Autonomie
  • Silencieux

On aime moins

  • Prix indécent
  • Tarif hymalayesque
  • Vente de rein obligatoire
  • Marge certifiée sans honte