Difficile de ne pas céder aux sirènes des miracles de la technologie quand celle-ci est constamment enroulée autour de votre poignet. Que vous soyez du côté de la marque à la pomme (Apple Watch) et ses différentes déclinaisons de montres connectées, de Samsung (Galaxy Watch), de Google (Pixel Watch et Fitbit) ou de Garmin, tous ces fabricants nous poussent à l’auto-évaluation. Bardées de différents dispositifs comme des électrocardiogrammes (ECG), des capteurs de saturation en oxygène, de température corporelle ou de tension, on a très vite fait de passer une partie de sa journée à scruter ses constantes, hypnotisés par leurs écrans au joli rendu.
L’autre argument mis en avant par ces marques : le monitoring du sommeil. Score de sommeil, durée des phases profondes, fréquence cardiaque nocturne : elles prétendent tout mesurer, ou presque, et vous vous retrouvez tous les matins avec un tableau de bord complet que vous analysez avec soin comme le ferait un pilote de ligne avant le décollage.
Seulement, les données de sommeil fournies par ces appareils sont loin d’être aussi fiables que le prétendent les fabricants. En 2024 déjà, une étude mettait en avant leur manque de précision concernant certaines données ; une conclusion corroborée par une nouvelle étude systématique publiée en août dans la revue Sleep Medicine par des chercheurs de la Duke University et de la Mayo Clinic.
Un assistant santé qui ne capte pas quand vous dormez mal
En compilant cinq études portant sur environ 2 000 participants, les auteurs ont comparé ce que leurs montres connectées enregistraient pendant la nuit à ce que les dormeurs déclaraient ressentir au réveil. Leurs données n’expliquaient qu’entre 2,5 et 15,2 % de leur perception subjective de leur propre nuit. Comprenez : la quasi-totalité de ce qui sépare une nuit où vous vous réveillez frais d’une nuit où vous avez l’impression d’avoir dormi dans un tambour de machine à laver échappe aux capteurs embarqués dans les montres.
Ils mesurent la régularité et la durée du sommeil, et non la qualité ressentie, qui est pourtant l’une des données essentielles utilisées par les médecins pour diagnostiquer les troubles du sommeil.
Un problème qui tend à s’aggraver si vous souffrez d’insomnies, une condition très désagréable et qui peut, dans certains cas, s’avérer dangereuses. Dans l’une des études analysées, un bracelet connecté Fitbit (l’un des traqueurs de sommeil les plus répandus au monde) concordait avec les mesures de laboratoire chez 82 % des bons dormeurs. Chez les insomniaques, ce chiffre dégringolait à 39 %. Le bracelet passait à côté des réveils nocturnes, ajoutait environ trente minutes fictives à la durée totale de sommeil et surévaluait son efficacité de 8 %. Plus le sommeil est mauvais, moins le bracelet en question le comprend, au risque de vous rassurer à tort.
Les personnes âgées et celles souffrant de dépression sont également mal servies : leur perception du sommeil divergeait encore davantage de ce que l’appareil enregistrait.
« Nos résultats suggèrent que, bien que ces données puissent être utiles pour suivre l’évolution de la durée du sommeil au fil du temps, elles ne doivent pas être considérées comme un substitut adéquat aux outils validés d’évaluation subjective de la qualité du sommeil », assurent les auteurs. Est-ce une bonne raison pour balancer votre montre rutilante à 400 balles à la poubelle ? Non, elle reste un outil correct pour surveiller la régularité de votre sommeil sur le long terme, mais ne prenez pas ses données pour paroles d’Évangile. Si vous voulez réellement suivre votre sommeil et sa qualité, revenez à une technologie fiable : un carnet et un stylo, pour tenir un journal de bord de vos nuits. Dans les centres de sommeil, c’est d’ailleurs l’un des premiers exercices qui vous sera demandé lorsque vous déciderez de vous faire suivre, et non les courbes de votre montre ou bracelet générées par des algorithmes hasardeux.
- Les montres connectées ne mesurent pas la qualité du sommeil de manière fiable, malgré leurs nombreuses fonctionnalités.
- Les données recueillies par ces appareils ne reflètent qu’une faible part de la perception subjective du sommeil des utilisateurs.
- Pour un suivi précis de la qualité du sommeil, il est conseillé de tenir un journal de bord plutôt que de se fier uniquement aux données des montres connectées.
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