Dotée d’un écran de 14,6 pouces, la Tab S11 Ultra se pose en ultime prédatrice de l’iPad Pro et de votre vieux PC portable. Très bien, mais à force de vouloir être la plus fine du monde, cette tablette n’a-t-elle pas sacrifié l’essentiel ?
Car derrière la silhouette de mannequin, les compromis ergonomiques sont bien là. Sont-ils réellement gênants ? Pour le savoir, on l’a testée pendant deux mois. Et, honnêtement, on a rarement autant oscillé entre admiration et agacement…
Prix : il ne fait aucun effort pour être aimable
Avant même de déballer la bête, il faut parler de ce qui fâche : le prix. La version Wi-Fi, équipée de 256 Go de stockage et 12 Go de RAM que nous avons testée, est vendue 1 340 €. Si vous êtes du genre à stocker votre vie numérique en local, la facture grimpe rapidement : comptez 1 460 € pour la version 512 Go, et jusqu’à 1 760 € pour le modèle ultime embarquant 1 To de stockage et 16 Go de RAM, hors promotion de lancement.
À ce tarif, on trouve dans la boîte le stylet S Pen (coucou Apple), un câble USB-C mais pas de chargeur. Un peu rude vu le prix de l’engin, qui pourrait au moins être proposé gratuitement sur demande.
Design : magnifique, oui. Pratique… c’est une autre histoire !
Dès la première prise en main, la Galaxy Tab S11 Ultra impressionne. Cette immense plaque de verre et de métal ne mesure que 5,1 mm d’épaisseur. Pour vous donner une idée, c’est 0,3 mm de moins que la Tab S10 Ultra, qui passait déjà pour une feuille de papier à côté de la concurrence. Avec ses 692 grammes sur la balance, elle réussit l’exploit d’être plus légère de 26 grammes que le modèle précédent.
On a l’impression de tenir en main une feuille de papier « premium » rigidifiée plutôt qu’un ordinateur complet doté d’une batterie de 11 600 mAh. La finition est, comme toujours chez le constructeur coréen, irréprochable. Le châssis en « Aluminium Armor » inspire confiance et ne plie pas sous les doigts.

Esthétiquement, c’est une réussite totale. L’écran occupe la quasi-totalité de la face avant, les bordures ayant été réduites à leur plus simple expression. On remarque au passage que la caméra frontale perd l’un de ses deux objectifs (celui dédié à la reconnaissance faciale), permettant ainsi de réduire notablement la taille de l’encoche.
Autre surprise agréable, la certification IP68 est de la partie, ce qui est suffisamment rare sur le marché des tablettes pour être souligné. Concrètement, cela signifie qu’on peut frimer au bord de la piscine sans risquer l’infarctus à la première éclaboussure.
Cette course effrénée vers la finesse absolue n’est pas sans conséquence. Comme on le verra plus loin, ces quelques dixièmes de millimètres gagnés vont se payer au prix fort en matière d’ergonomie et de fonctionnalités. Samsung a-t-il oublié qu’une tablette, aussi belle soit-elle, est avant tout un outil ?
S Pen : chronique d’une régression imprévue
Le stylet S Pen a toujours été l’un des principaux atouts des Galaxy Tab. Cette année, il subit une refonte majeure… pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Commençons par le positif : le stylet adopte une nouvelle forme hexagonale calquée sur celle d’un crayon à papier traditionnel. L’idée est excellente, le confort d’écriture est réel et l’objet est agréable à manipuler.
Malheureusement, Samsung a déplacé la zone de fixation magnétique, située à l’arrière des modèles précédents, sur la tranche de l’appareil. Une idée brillante sur le papier, mais pas en utilisation quotidienne. La surface de contact est si étroite que le stylet se décroche au moindre mouvement brusque. Durant notre test, nous l’avons retrouvé à plusieurs reprises au fond de notre sac à dos, entre les coussins du canapé ou sous le bureau.

À l’instar du Galaxy S25 Ultra, le S Pen a perdu sa connectivité Bluetooth. Terminé, le contrôle à distance pour faire défiler vos diapositives PowerPoint ou pour déclencher l’appareil photo lors d’une photo de groupe. Et, bien entendu, plus d’avertissements lorsque le stylet est trop loin de la tablette… C’est d’autant plus frustrant que personne n’avait réclamé un stylet plus fin au détriment de ces fonctions.
Le S Pen est équipé d’une mine qui a tendance à s’user avec le temps. Samsung ne juge pas utile de fournir un exemplaire de remplacement, ou même d’en proposer à la vente sur son site. Il faudra donc acheter un nouveau S Pen officiel pour la modique somme de 65 euros, avec lequel est fournie une paire de mines supplémentaire…
Autre possibilité, aller piocher sur le Net où l’on trouve des mines à gogo… en espérant qu’elles soient compatibles avec le nouveau S Pen (celles des modèles précédents ne le sont pas).
Cela dit, rendons à César ce qui est à César : en utilisation purement tactile, le S Pen reste une merveille. La latence est imperceptible et les 4096 niveaux de pression assurent une grande précision pour le dessin ou la prise de notes manuscrites.
Les nouvelles fonctions d’IA, comme « Drawing Assist » qui transforme vos gribouillis en œuvres d’art, ou « Note Assist » qui résume vos réunions, sont bluffantes d’efficacité. Mais avoir le meilleur stylet du monde ne sert à rien si on le perd deux jours après l’achat.
Écran : l’atout majeur
Samsung maîtrise la technologie OLED mieux que quiconque, et cette dalle « Dynamic AMOLED 2X » en est la preuve. Avec une définition de 2960 x 1848 pixels, l’image s’avère très nette. Mais c’est surtout la luminosité qui impressionne : avec 1000 nits en usage standard et 1600 nits en HDR, la tablette ne craint pas le soleil.

La fluidité est également au rendez-vous grâce à une fréquence de rafraîchissement adaptative pouvant grimper jusqu’à 120 Hz. Que l’on navigue sur le web, que l’on joue ou que l’on regarde un film, tout coule de source. Le respect des couleurs est impeccable, avec une couverture de 100 % du spectre DCI-P3 et des noirs profonds caractéristiques de l’OLED.
Honnêtement, après plusieurs semaines, nos yeux ne s’en sont toujours pas lassés. Le visionnage de films devient une véritable expérience de cinéma portable, et pour les créatifs, retoucher des photos sur une telle surface est un pur bonheur.
Performances : la puissance tranquille
Pour les tablettes, Samsung persiste et signe avec Mediatek : la Tab S11 Ultra embarque la puce Dimensity 9400+. Gravé en 3 nm, ce SoC octocœur offre des gains de performances substantiels par rapport à la génération précédente. Samsung annonce fièrement une amélioration de 24 % pour le processeur central, 27 % pour la partie graphique et un bond de 33 % pour les calculs liés à l’intelligence artificielle.
Dans la pratique, nos tests confirment que la tablette est une véritable bête de puissance. Du montage vidéo 4K à la retouche de fichiers RAW lourds, elle a exécuté toutes les tâches que nous lui avons confiées sans aucun problème.
Pour les joueurs, c’est un régal. Les titres les plus gourmands du Play Store, comme Genshin Impact ou Call of Duty Mobile, tournent avec tous les curseurs graphiques à fond et une fluidité imperturbable. Le système de refroidissement est efficace : la tablette chauffe légèrement lors des sessions intensives, sans jamais devenir désagréable à tenir. Surtout, la puissance reste stable dans la durée, contrairement à certains concurrents qui brident leurs performances dès que le thermomètre monte.
Épaulée par 12 Go de RAM (16 Go sur la version 1 To), la Tab S11 Ultra est une reine du multitâche et peut jongler avec une douzaine d’applications sans broncher. Le stockage en UFS 4.0 assure des transferts rapides, et la présence d’un port microSD — une espèce en voie de disparition — permet d’ajouter jusqu’à 2 To de stockage supplémentaire.
Un mot rapide sur le multimédia : les quatre haut-parleurs AKG sont excellents et délivrent un son puissant et riche, parfait pour le divertissement. Côté photo, le module arrière fait le boulot pour scanner des documents, et la nouvelle caméra frontale unique suffit amplement pour des visioconférences de qualité.
Autonomie : la rançon de la minceur
Avec une batterie de 11 600 mAh, l’une des plus grosses du marché, on était en droit d’attendre une autonomie record. Elle s’avère correcte, mais pas exceptionnelle. En usage mixte classique (web, vidéo, réseaux sociaux), nous avons tenu environ 13 h 30. C’est honorable, mais pour une tablette de cette taille, on a déjà vu mieux ailleurs.
Dès que l’on sollicite la puissance du Dimensity 9400+, l’autonomie fond comme neige au soleil. Une journée de travail intensif incluant du montage ou du jeu vidéo viendra à bout de la batterie avant le dîner. Manifestement, la gravure en 3 nm ne compense pas totalement la gourmandise de l’écran géant et du processeur.
La recharge, quant à elle, demande de la patience. La charge rapide 45 W permet de récupérer 40 % de batterie en 30 minutes, mais il faudra compter environ 1 h 40 pour atteindre 100 %. En 2025, c’est long. Et rappelons-le : il faudra acheter le chargeur qui-va-bien séparément.
One UI 8 et DeX : quand le logiciel sauve les meubles
La Galaxy Tab S11 Ultra tourne sous Android 16 avec la surcouche One UI 8, qui transforme l’expérience utilisateur. Une des grosses nouveautés réside dans l’amélioration du mode DeX, qui transforme la tablette en PC de bureau, même sans écran externe.
L’interface, proche de Windows, gagne en souplesse : les fenêtres sont redimensionnables à l’envie et l’on peut créer des bureaux virtuels. La frontière entre tablette et ordinateur est de plus en plus subtile.

L’IA maison Galaxy AI et le Gemini de Google sont omniprésents sans être envahissants. « Circle to Search » permet de rechercher n’importe quel élément à l’écran en l’entourant simplement, tandis que les outils de résumé, de traduction et de génération de texte s’intègrent parfaitement au flux de travail. Mention spéciale pour Galaxy Notes, le carnet maison, qui gagne en souplesse et en fonctionnalités.
Précisons pour clore le sujet que Samsung s’engage à fournir les 7 prochaines versions majeures de l’OS » Android et les patches de sécurité pendant 7 ans.
Accessoires : l’incompréhensible faux pas
Samsung propose un clavier « Book Cover » pour transformer sa tablette en station de travail. De façon surprenante, celui proposé pour la Tab S11 Ultra est dépourvu de trackpad. C’est une première dont on se serait bien passé. La raison est bien entendu cette course insensée à la finesse : sa disparition permet de réduire l’épaisseur de quelques millimètres.

Le résultat est un non-sens ergonomique. Utiliser le mode DeX, conçu pour une souris, en devant lever le bras toutes les dix secondes pour toucher l’écran est une punition. Pour une machine qui prétend remplacer un laptop, c’est impardonnable. N’importe quel utilisateur professionnel aurait préféré un clavier plus épais de 3 mm, mais doté d’un vrai trackpad.
Ne comptez pas vous tourner vers les accessoires de la version précédente : ils ne sont pas compatibles. Le connecteur magnétique a changé de place, passant de la tranche inférieure au dos de l’appareil. Tout simplement parce que les 0,3 mm en moins empêchent de le maintenir à l’emplacement habituel.
Pour couronner le tout, Samsung a eu l’idée saugrenue de ne plus inclure l’emplacement sécurisé du S Pen. Alors que son système magnétique est aussi fiable qu’une promesse électorale, le constructeur a préféré s’en passer. Il était pourtant inclus dans les étuis des versions précédentes et plébiscité par les utilisateurs. Encore un dommage collatéral de la course à la minceur dont on se serait bien passé.
Samsung Galaxy Tab S11 Ultra : l’avis de Presse-citron
Au terme de ce test, le sentiment qui prédomine est une profonde frustration. La Galaxy Tab S11 Ultra est une prouesse technologique indéniable. Son écran est probablement le plus beau du moment, sa puissance est colossale, son design est à couper le souffle et la partie logicielle s’avère particulièrement réussie.
Pourtant, cette tablette est la victime d’une obsession maladive. En voulant à tout prix décrocher le record de finesse, Samsung a sacrifié l’essentiel : l’usage. La suppression du Bluetooth sur le S Pen est une régression fonctionnelle majeure. Le système de fixation du stylet est précaire. L’absence de trackpad sur le clavier rend le mode DeX pénible à utiliser. Et l’incompatibilité des accessoires sonne comme une mauvaise blague pour les fidèles de la marque.
Tout cela pour quoi ? Pour gagner 0,3 mm d’épaisseur. Franchement, qui, parmi les utilisateurs pro ciblés par ce produit, avait réclamé une tablette plus fine ? Personne. Ils veulent de l’autonomie, de la praticité et de l’ergonomie, pas une fiche technique conçue pour briller dans les vitrines.
Si vous cherchez la meilleure tablette Android pour consommer du contenu, la Tab S11 Ultra est reine. Mais si vous espériez y trouver l’outil de productivité ultime pour remplacer votre PC, vous risquez d’être déçu par des choix de design radicaux.
Si vous possédez une Tab S9 Ultra ou une Tab S10 Ultra, gardez votre tablette : vous perdriez même au change en termes de fonctionnalités. Samsung a peut-être gagné la bataille de la finesse, mais a perdu celle du bon sens…
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