Samsung vient tout juste de franchir la barre symbolique des 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière au début du mois de mai et le groupe a multiplié par près de cinquante ses revenus liés aux puces dédiées à l’IA par rapport à l’année dernière. Une position très confortable qui lui vaut aujourd’hui la grogne de son plus grand syndicat, National Samsung Electronics Union (NSEU), qui aimerait que le gâteau soit plus équitablement partagé pour que les employés puissent aussi y croquer.
Il a donc posé un ultimatum : soit un accord est passé avec la direction avant le 21 mai, soit 18 jours de grève seront décrétés dans les sites de Giheung, Hwaseong et Pyeongtaek, trois villes de la région de Gyeonggi-do, la grande banlieue industrielle de Séoul. C’est là que Samsung fabrique ses puces mémoire DRAM (Dynamic Random Access Memory), HBM (High Bandwidth Memory) et ses SSD (Solid State Drive) : un des épicentres mondiaux du secteur de l’IA.
Le syndicat réclame la suppression du plafond sur les primes, l’inscription dans les contrats de travail d’une part de 15 % du bénéfice d’exploitation reversée aux salariés, une revalorisation des salaires fixes de 7 % et un jour de congé supplémentaire. La seule contre-proposition de Samsung : 10 % du bénéfice et un versement exceptionnel, mais seulement ponctuel « supérieur aux standards du secteur ». Autant dire que ça part assez mal : il semblerait que la direction ait encore les oursins bien accrochés aux poches et juge indigne que ses troupes touchent les dividendes de leur propre productivité.
Samsung en grève : une onde de choc planétaire
Le Premier ministre coréen Kim Min-Seok, lors d’une prise de parole officielle dimanche, a déclaré : « À l’instar de l’ensemble de la population, nous demandons instamment à la direction de Samsung et au syndicat d’aboutir à un accord lors de la médiation de demain, qui représente virtuellement la dernière chance. Si la grève devait se concrétiser, les dommages économiques auxquels nous devrions faire face seraient inimaginables ». Les négociations de lundi ont continué aujourd’hui sans qu’aucun accord n’ait encore été annoncé à ce stade.
Il a également évoqué le recours à l’arbitrage d’urgence parmi les options ; une procédure qui permettrait au gouvernement de suspendre légalement tout mouvement de grève pendant trente jours, le temps de forcer une nouvelle phase de négociation.
Une réaction étatique presque épidermique, parce qu’au fond, Samsung est la Corée. L’entreprise, à elle seule, concentre 22,8 % des exportations nationales, 26 % de la capitalisation boursière locale, et travaille avec quelque 1 700 fournisseurs. « Un seul jour de débrayage à l’usine de semi-conducteurs coûterait jusqu’à 1.000 milliards de wons [NDLR : environ 670 millions de dollars] en pertes directes » a averti Kim Min-Seok.
Si la grève venait à s’étendre aux 50 000 salariés mobilisés (sur 125 000 en Corée), le coût total pour le groupe pourrait s’élever à 20 milliards de dollars. Certains de ses clients les plus importants, comme NVIDIA, ont déjà alerté Samsung en privé sur le fait qu’un arrêt prolongé de la production remettrait en cause leurs engagements contractuels mutuels.
Le marché de l’IA repose actuellement sur une poignée d’acteurs ultra-centralisés tant au niveau software (Microsoft/OpenAI, Google, Anthropic et Meta) que hardware (Samsung, NVIDIA, TSMC et ASML). Une chaîne d’approvisionnement oligopolistique et interdépendante et donc forcément très fragile si un seul grain de sable venait à se loger dans l’un de ses engrenages. C’est sa plus grande faiblesse congénitale et ce bras de fer social chez Samsung a au moins le mérite de le mettre au grand jour. Tout l’écosystème est suspendu à ces quelques entreprises, et sa bonne santé future dépendra, en partie, de la décision que prendront les négociateurs d’ici mercredi à Séoul. Si aucun accord n’est trouvé le 21 mai, l’industrie technologique mondiale découvrira ce que le secteur de la logistique avait appris à ses dépens en 2021 avec le canal de Suez : les chaînes d’approvisionnement ne semblent invulnérables que jusqu’au moment où elles ne le sont plus.
- La plus grande grève de l’histoire de Samsung menace la production mondiale de semi-conducteurs pour l’IA.
- Le syndicat exige une augmentation salariale et une part des bénéfices, tandis que Samsung propose une compensation ponctuelle.
- Le gouvernement sud-coréen envisage d’intervenir pour éviter des pertes économiques massives si la grève se concrétise.
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