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The BOYS : critique et analyse de la série Amazon Prime

Avis critique et analyse de The Boys, série Amazon Prime Vidéo qui déconstruit le mythe du super-héros et bien plus encore.

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©Amazon Prime Vidéo

Cette critique de la série The Boys (disponible sur Prime Vidéo), sera essentiellement sans spoiler, mais je terminerai toutefois avec des remarques et théories pour celles et ceux qui ont vu cette première saison, pas d’inquiétude, je vous préviendrai !

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Si vous préférez découvrir The Boys en ignorant totalement de quoi il s’agit, n’hésitez pas à regarder les 8 épisodes pour ensuite revenir ici, de toute façon, dans l’ensemble, c’est une série qui vaut le coup d’être vue. Pour la regarder, il vous faut un compte sur Amazon Prime Video.

The Boys : satire, humour noir et déconstruction

L’idée de base de The Boys est assez simple. Il s’agit d’imaginer le niveau de corruption qui accompagnerait fatidiquement l’accès de quelques humains à des super-pouvoirs et un groupe de personnes suffisamment dures et sans pitié pour contrer une telle menace.

On y retrouve notamment le groupe des 7, les superhéros les plus connus, mais aussi affilié à l’entreprise Vought. Ils renvoient clairement à une version cynique de la Justice League (Superman, Batman, Wonder Woman, Flash, Aquaman et compagnie).

Outre la déconstruction du genre super-héroïque avec beaucoup d‘humour noir, la série propose également une satire sociale sur les penchants de l’humanité en général, mais aussi plus particulièrement sur la manipulation des perceptions via la fabrication d’une image publique jouant sur les mythes, notamment américains.

The Boys, c’est d’abord un comics

Pour bien comprendre la série, revenons aux sources. The Boys c’est une adaptation de comics, et oui encore une.

L’œuvre originale a été publiée entre 2006 et 2012, sachant que DC n’a plus souhaité publier l’œuvre à partir de 2007, The Boys étant jugé trop extrême dans sa tonalité et sa violence. Toutefois, DC a facilité les choses pour permettre à la série de se poursuivre avec un nouvel éditeur, Dynamite Entertainment.

Le créateur et scénariste du comics n’est autre que Garth Ennis à qui on doit certains des épisodes les plus durs du Punisher notamment Punisher Max, mais aussi l’iconoclaste Preacher qui fait aussi l’objet d’une adaptation plutôt réjouissante actuellement disponible sur OCS et en partie sur Prime Vidéo.

On retrouve Seth Rogen en producteur alors qu’il était déjà co-créateur de la série Preacher et donc de toute évidence un grand fan du travail de Garth Ennis.

Des acteurs qui donnent tout

Côté distribution, la série a vraiment soigné son casting, car l’interprétation est extrêmement réussie dans l’ensemble avec une mention toute particulière pour Anthony Starr dans le rôle de Homelander, le Superman de l’univers de The Boys.

Anthony Starr, impérial

Antony Starr c’est surtout pour moi le protagoniste central de Banshee (la quintessence de la série B d’action, à voir !) et c’est presque en parfait contre-emploi qu’on le retrouve dans The Boys, dans une performance essentielle à la crédibilité de l’univers de la série.

Imaginez un homme aux pouvoirs de Superman, mais sans sa moralité exemplaire. On peut penser au très récent film Brightburn, mais ici c’est autrement plus réussi.

Le niveau de menace implicite et de fausseté que projette Antony Starr dans ce rôle est tout bonnement fascinant et apporte de l’intensité à chacune de ses scènes.

Karl Urban

Face à lui, on retrouve Karl Urban dans le rôle de William Butcher, un personnage qui vacille sans cesse à la frontière de la caricature pure et simple, mais que la série a fait évoluer de façon notable par rapport aux comics.

On remarque au passage que Karl Urban avait incarné un excellent Judge Dredd, autre personnage ultra-violent que Garth Ennis a scénarisé en comics.

Erin Moriarty et Jack Quaid

Toutefois, notre double porte d’entrée dans cet univers passe par deux autres personnages très réussis, à savoir Hughie et Annie, un humain banal et une superhéroïne débutante.

Le personnage de Hughie était dessiné sur le modèle de Simon Pegg dans les comics et on retrouve l’acteur dans le tout petit rôle de son père dans la série, sachant que Hughie est campé par Jack Quaid et Annie alias Starlight par Erin Moriarty.

Mention particulière pour celle-ci qui porte parfaitement le mélange d’innocence et de conviction du personnage.

Quant à Jack Quaid, si son nom de famille vous est familier ou encore son visage, c’est sans doute parce qu’il est le fils de Meg Ryan et Dennis Quaid. Carrément.

Une série destinée à un public suffisamment mature

Même si le tout reste toujours empreint d’une bonne dose d’humour noir, The Boys est clairement une série destinée aux adultes voire aux adolescents capables de recul vis-à-vis d’un haut niveau de violence et de perversité sans se dire « t’as vu quand sa tête a explosé, c’était carrément déclassé ! »

Dans l’ensemble j’ai été convaincu et j’ai toujours eu envie de poursuive au fil de 8 épisodes assez touffus, puisque chacune avoisine ou dépasse une heure.

On a quelques digressions et quelques maladresses dans la maîtrise du rythme du récit, notamment lorsqu’on suit quelques personnages secondaires sans vraiment savoir où cela nous mène, du moins pour le moment.

Des dialogues parfois excellents

Du côté des dialogues, on a de vraies petites perles, notamment un passage sur les Spice Girls, mais aussi des trucs assez maladroits qui ne peuvent que difficilement être rattrapés par l’interprétation, par exemple quand un personnage dit à un autre : « On est pareil tous les deux, durs à l’extérieur et mous à l’intérieur, comme des œufs ou des ananas. » Disons que ça ne sonne pas franchement naturel.

The Boys vs Watchmen

Sur le fond, bien évidemment la série sera comparée à Watchmen, le roman graphique aussi bien que le film, d’autant qu’une série arrive cet automne sur HBO.

Pour moi, la principale différence provient du côté sarcastique encore plus marqué pour The Boys qui se prend donc un peu moins au sérieux tout en proposant une critique sociale mise à jour par le travail d’adaptation.

En effet, on a ici le cas très intéressant d’une série qui prend le risque de grosses divergences scénaristiques avec le matériau de base et généralement pour le bien des personnages en leur apportant un peu plus de nuances, aussi bien dans leurs comportements que dans leurs motivations.

Divergences et enrichissements par rapport aux comics

Je suppose que certains lecteurs du comics regretteront peut-être le Billy Butcher qui intériorise absolument tout et ne montre jamais la moindre faiblesse, mais la version proposée dans la série, même si elle reste largement monolithique, présente néanmoins quelques variations indispensables pour humaniser ce personnage pour le moins ambivalent.

Je parlais d’une forme de mise à jour et cet enrichissement se situe notamment dans la capacité de la série à se saisir des réseaux sociaux et de la réalité fabriquée que Garth Ennis ne pouvait que difficilement traiter en 2006.

Les scénaristes eux-mêmes ont confirmé la volonté de traiter de cette étrange intersection entre célébrité et politique, là où le pouvoir semble se situer dans nos sociétés.

Critique du star-system et de la fabrication des idoles modernes

Les superhéros de The Boys sont avant tout des marques que la multinationale Vought cherche à faire fructifier. Un objectif qui passe évidemment par le storytelling et l’absolu contrôle de l’image projetée.

Si The Boys est une évidente critique du genre super-héroïque et de sa naïveté, il s’agit surtout de braquer les lumières sur les coulisses sordides du star-system.

Même le mouvement MeToo contre le harcèlement sexuel est abordé de face, sans oublier surtout son instrumentalisation totalement cynique, même si c’est ironiquement une femme qu’on voit comme principale figure de pouvoir au sein de l’entreprise Vought.

Les Has-Been

Ce commentaire satirique pousse la mise en abyme assez loin en évoquant les héros Has Been qui sont exactement dans la même situation que ces acteurs un peu oubliés et qui sont joués par de tels acteurs dans la série, comme Haley Joel Osment, l’enfant de Sixième Sens, ou même Billy Zane dans son propre rôle, ce qui dénote d’un sacré sens de l’autodérision.

Même si la brève évocation du VCU pour le Vought Cinematic Universe, avec un bref caméo de Seth Rogen, est évidemment un pied de nez à Marvel et Kevin Feige, le propos de la série est bien plus profond et percutant quand il s’agit de reprendre certaines valeurs essentielles de l’Amérique profonde.

L’Amérique choisie par Dieu !

On joue clairement sur l’idée de Nation choisie par Dieu et sur le rôle messianique qu’auraient les États-Unis, notamment au travers de son champion à la coiffure blonde si particulière qui se veut le véritable héros du peuple, seule incarnation de sa volonté contrairement aux élites et autres institutions qui se mettent en travers de son chemin et de ses aspirations évidemment nobles en apparence, mais profondément dangereuses en réalité.

Il s’agit évidemment d’une référence à Donald Trump, voire également à George W Bush, notamment dans un discours et dans certaines postures de « politique étrangère. »

Du « fridging » contre les femmes ?

J’ai constaté que certains critiques se plaignent de l’effet « fridging » dans the Boys.

L’effet fridging ou « femme dans le frigo » en français, est un cliché scénaristique souvent identifié dans les comics qui trouve son nom dans un numéro de Green Lantern où le héros retrouvait sa femme assassinée rangée dans son réfrigérateur.

En très résumé, le fridging correspond à la tendance à tuer ou appliquer une violence à une femme uniquement pour en faire une motivation pour un protagoniste masculin.

Même si j’ai déjà eu l’occasion de me faire accuser d’être un « social justice warrior » sur certains thèmes, pour moi, cette critique ne tient pas la route pour The Boys (et là je parle bien de la série.)

Même s’il est souvent salutaire d’identifier les « tropes », ne serait-ce que pour permettre aux auteurs d’avoir conscience de l’existence de ces archétypes parfois trop utilisés, il me semble qu’en l’occurrence, il n’est pas très malin d’appliquer cette critique à The Boys.

Pour développer ce point de vue, je dois maintenant passer à la partie spoilers de cet article.

Ici commencent les SPOILERS pour The Boys !

Là où la série diffère fortement des comics pour Billy Butcher, c’est justement avec la révélation de fin de cette première saison, lorsque Homelander se fait un plaisir de lui montrer que Becca est en réalité bien vivante et élève le fils qu’elle a eu du superhéros.

Il s’agit clairement d’une surprise qui devrait frapper Billy de plein fouet, lui qui voyait le monde entier avec cynisme à l’exception de Becca qu’il avait idéalisée.

De fait, il n’y a donc pas « fridging pour Becca, puisque sa décongélation marque la grande surprise de la fin de saison. Certes, la petite amie de Hughie lui sert en effet de moteur initial. Quant à Kimiko pour le Frenchie, c’est plutôt une inversion de cliché habituel, sachant que la « femme en détresse » se révèle bien plus dangereuse que son « sauveur. »

Le choc de la révélation pour Billy

Une Becca bien vivante, voilà potentiellement un choc qui pourrait être suffisant pour pousser Billy à passer le cap et à se mettre lui aussi à consomme du composé V dans l’espoir de développer des pouvoirs afin de poursuivre plus efficacement sa croisade tout en devenant ce qu’il a toujours détesté et combattu. (Toutefois, des déclarations du showrunner semblent indiquer que la série ne prendra pas cette direction.)

La boucle serait bouclée pour celui qui se rapproche de plus en plus d’un vilain et même plus d’un simple antihéros, parce que oui, soyons clairs, Butcher est un nom des plus explicites et il est souvent aussi dangereux et haineux que ceux qu’il combat.

Un avis sur l’équipe de The Boys

Pour le reste de l’équipe, c’est sans doute parce que français, je le suis aussi que j’ai trouvé le Frenchie (joué par un acteur israélien, ok, bon, on s’en fiche un peu, non ?) un peu caricatural, même s’il sait parfois être touchant. Entendre du rap français dans une série US est assez amusant, dommage que ce ne soit que dans les premiers épisodes.

Mother’s Milk est un personnage carré et posé qui mériterait peut-être quelques points d’accroches supplémentaires. La fille est aussi un personnage délicat à développer sans dialogue et avec relativement peu de scènes dédiées, mais évidemment, c’est toujours plaisant de retrouver une pseudo wolverine.

La scène de l’avion

Du côté des 7, évidemment j’ai été marqué, comme beaucoup, par la terrible scène de l’avion. Dans les comics, il s’agissait de l’un des avions détournés durant le 11 septembre 2001.

Contrairement à certains, je ne vois aucun problème à montrer des terroristes d’origine Arabe (et en l’occurrence sans doute islamiste, même si, évidemment, des tas d’islamistes ne sont pas Arabes…), nier une telle réalité serait quand même particulièrement hypocrite.

L’essentiel consiste à reconnaître qu’il existe des tas de terrorismes différents, sachant que le plus terrifiant dans tout ça reste toujours Homelander avec sa superbe initiative de créer des djihadistes dopés au composé V.

The Deep, Maeve et Black Noir

La disgrâce de The Deep était tragi-comique. Malgré ses graves erreurs et son ego démesuré, on finit par le voir avec une certaine pitié, notamment quand il devient lui-même victime d’attouchements et de violences sexuelles. Enfin bon, on retiendra surtout son escapade avec le dauphin et ses discussions de poissonnerie.

Il y a clairement du potentiel dramatique chez Queen Maeve, sachant que cela n’augure rien de bon pour elle si elle finit par s’opposer frontalement à Homelander.

Black Noir reste toujours aussi mystérieux et je suis curieux de voir si la série mettra une révélation derrière son masque, comme c’est le cas du comics, mais je suis loin d’en être convaincu.

A la fin de cette première saison, je reste avec deux principales questions, mais attention, ce sont des théories et de potentiels spoilers pour la saison 2.

Théorie sur les mouches dans The Boys

Vous avez certainement remarqué la mouche intégrée à quelques scènes clé. Il s’agit certainement de préparer la révélation en saison 2 d’un personnage capable de se transformer et qui espionnait les personnages au cours de la première saison.

Il pourrait éventuellement s’agir d’introduire le groupe des Payback et une version différente de Swatto des comics, d’autant plus que Tek-Knight a déjà été évoqué par la femme paraplégique dans le groupe de discussion des victimes collatérales.

Et Teddy dans tout ça ?

La seconde question essentielle concerne le devenir de Teddy, le fils de Madelyn. Il semble avoir péri dans l’explosion déclenchée par Billy, mais je pense qu’il a survécu et sera potentiellement celui qui tuera Homelander.

Et oui, quoi de mieux pour le contrer que d’être la mère biologique de son clone amélioré ? Sinon pourquoi Madelyn aurait-elle autant sacrifié au processus de procréation assistée alors qu’elle ne vit clairement que pour sa réussite professionnelle ?

Et si Madelyn demande plusieurs fois à Homelander de monter Teddy pour le mettre à l’abri, n’était-ce pas justement pour endormir les suspicions et donner le change ?

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2 Commentaires

2 Commentaires

  1. André

    26 septembre 2019 at 13 h 50 min

    Il y a quand même des « invraisemblances » ou un manque de logique sur les pouvoirs des super-héros. Mais c’est souvent le cas car traités un peu à la va-vite.

    D’abord il semblerait que ce ne soit pas que leur peau mais aussi leurs costumes qui soient indestructibles avec un Protecteur qui se prend des rafales de fusils d’assaut à bout portant et pas un trou même dans sa cape ! Idem avec Reine Maeve où les balles rebondissent sur son costume…

    Ensuite ils semblent tous avec un point commun : une peau justement indestructible. Alors pourquoi ont-ils peur du Protecteur ? Il ne peut pas les blesser non plus, pas même avec sa vision laser. Logiquement…

  2. Daniel

    27 septembre 2019 at 15 h 35 min

    D’ailleurs, si la peau est indestructible, quand SPOILER Translucide se fait exploser, il devrait plutôt se faire imploser à mon sens. OK, ce serait moins spectaculaire.

    Ceci étant, pour faire une analogie avec Superman dont on posait la question également sur son costume indestructible, il y avait eu une réponse de DC disant que ses pouvoirs s’étendaient à son costume… ou comment se dédouaner d’une possible incohérence, mais peu importe finalement, est-ce réellement important?

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