Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas la formidable saga vidéoludique The Last of Us, c’est une série de jeux d’action/survie dont l’histoire se déroule dans un monde dévasté par une apocalypse. Celle-ci a été provoquée par une pandémie causée par un champignon infectieux transformant les humains en créatures agressives. Des œuvres très marquantes, saluées unanimement par les joueurs et les critiques tant les deux opus sont réussis.
Bien évidemment, tout cela est fictionnel, mais une équipe de tournage de la BBC préparant leur série Winterwatch est tombée sur une scène qui semblait tout droit sortie du jeu, ou a minima d’un cabinet de curiosités victoriennes. Au plafond d’une poudrière abandonnée, le corps momifié d’une araignée s’est offert à eux, défiguré par une couronne d’excroissances coralliennes. Néanmoins, ce n’était pas du corail, mais un champignon parasite.
Le secret des araignées suspendues
Les observations menées ont prouvé que ce phénomène parasitaire affectait deux espèces d’araignées cavernicoles : Metellina merianae et Meta menardi. Ces arachnides, caractérisés par un comportement de prédation passive, construisent habituellement leurs toiles dans des zones abritées des cavités souterraines.
L’étude de leurs cadavres infectés a montré une modification comportementale systématique : les spécimens s’étaient déplacent vers des zones exposées des plafonds, en contradiction avec leurs patterns comportementaux normaux.
L’agent responsable de cette altération comportementale a été identifié comme une nouvelle espèce de champignon entomopathogène, un type de champignon qui parasite et tue les insectes. Baptisé Gibellula attenboroughii, par le mycologue Harry Evans et ses collègues du Centre for Agriculture and Bioscience International, son nom fait référence à Sir David Attenborough, un naturaliste et écrivain britannique de renommée mondiale.

Des araignées zombifiées
Les modifications comportementales induites par Gibellula attenboroughii présentent des similitudes avec ceux documentés chez les champignons Ophiocordyceps parasitant les fourmis dans la forêt atlantique brésilienne. Si l’on compare les deux souches, on remarque qu’elles présentent une stratégie commune pour manipuler leurs hôtes.
Les données biologiques collectées sur les Ophiocordyceps suggèrent une modulation des niveaux de dopamine dans le système nerveux central de l’hôte, hypothèse qui pourrait également s’appliquer au cas de Gibellula attenboroughi. La dopamine est un neurotransmetteur essentiel impliqué dans le mouvement, la motivation et les comportements sociaux et reproductifs, même chez les arachnides. En modulant les niveaux de dopamine dans le cerveau de l’araignée, le champignon peut la forcer à adopter des actions qui lui sont favorables.
En l’occurrence, dans le cas de Gibellula attenboroughii, le champignon incite l’araignée à se déplacer vers des zones plus exposées des plafonds en modifiant son sens de l’orientation, sa perception du danger et finit par la tuer. Les cadavres des araignées infectées se positionnent systématiquement dans des zones favorisant la dissémination aérienne des propagules fongiques, éléments reproducteurs (spores, fragments de mycélium, etc.) produits par les champignons. C’est comme cela qu’il peut ensuite continuer à se propager et à faire d’autres victimes.
Un champignon aux multiples visages
Les observations microscopiques de Gibellula attenboroughii ont montré que le champignon, même s’il fait bien partie d’une seule et même espèce, est capable d’adapter ses spores à son environnement. Dans l’atmosphère confinée de la poudrière, caractérisée par une absence de circulation d’air, les spores se disséminent en colonnes. En revanche, dans des grottes dans lesquelles l’air circule davantage, ceux-ci se propagent de manière plus dispersée, pour optimiser leur diffusion.
Cette découverte a incité les scientifiques à envisager que ce même champignon puisse être présent chez des spécimens de M. merianae infectés, retrouvés au Pays de Galles. Ces araignées vivent typiquement à l’entrée de fissures rocheuses ou des cavités artificielles, comme des murets ou des espaces entre des pierres. Un habitat qui leur offre une certaine protection. Toutefois, il semblerait qu’elles aient ensuite migré de ces refuges vers des environnements moins adaptés et humides, possiblement sous l’effet de Gibellula attenboroughii. Ce n’est encore qu’une hypothèse, mais elle mérite d’être explorée.
En poussant un peu leurs analyses, principalement sur des collections d’herbiers et dans la littérature mycologique locale, les chercheurs ont réussi à identifier plusieurs spécimens et descriptions antérieurs qui pourraient correspondre aux caractéristiques morphologiques de G. attenboroughii. Cela signifierait peut-être que le champignon était présent sur l’archipel britannique, mais non documenté. Les scientifiques pensent même que plusieurs espèces seraient présentes, encore non décrites, avec leurs propres adaptations parasitaires.
- Une nouvelle espèce de champignon a été découverte en Irlande du Nord, conduisant certaines araignées à quitter leurs refuges pour mourir dans des zones stratégiques.
- En altérant leur comportement, le parasite maximise la dispersion de ses spores, et donc sa reproduction.
- Des indices suggèrent que ce champignon pourrait être plus répandu qu’on ne le pensait, avec des variantes encore inconnues.
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