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Cinéma

Toy Story 4 est un chef d’oeuvre. Critique et interview

Critique de Toy Story 4 et interview de Josh Cooley, le réalisateur, ainsi que Mark Nielsen et Jonas Rivera, les producteurs.

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© Disney

Cette critique de Toy Story 4 sera d’abord sans spoiler puis avec, sachant que mon humble avis sera enrichi de l’interview que j’ai pu mener auprès du réalisateur et des deux producteurs du film, à savoir Josh Cooley, Mark Nielsen et Jonas Rivera.

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Interview au Festival Internation du Film d’Animation d’Annecy

Cette interview a été enregistrée au Festival International du film d’animation d’Annecy. Pour ceux qui l’ignorent, le Festival d’Annecy est sans doute le plus agréable et le plus cool de tous les Festivals de cinéma en France. Un effort est fait pour ouvrir les projections au public et surtout l’ambiance qui règne sur place est tout simplement fabuleuse : des connaisseurs détendus qui ne prennent rien au sérieux sauf les films !

J’en reviens à Toy Story 4 qui a donc été projeté à Annecy, un film qui suscitait pas mal de scepticisme chez tout ceux qui considèrent que Toy Story 3 apportait la parfaite conclusion à cette trilogie qui est carrément culte pour certains spectateurs.

Toy Story 4, le film de trop ?

Personnellement, j’ai adoré les Toy Story, mais, depuis le 3 justement, j’étais complètement passé à autre chose et je n’attendais rien de ce numéro 4, tout en gardant une certaine confiance dans la capacité de Pixar à sortir des films absolument géniaux.

Alors, est-ce que Toy Story 4 est juste une façon de faire de l’argent en essorant les jouets de votre enfance ?

Sans la moindre hésitation, la réponse est « non pas du tout. » Toy Story 4 est un chef d’œuvre de l’animation qui respire l’implication et l’amour du sujet. C’est simple, j’ai eu l’impression de découvrir un film qui était déjà un grand classique.

Du coup, je vais peut-être vous paraître trop enthousiaste pour une fois, mais c’est simplement parce que tout m’a plu dans Toy Story 4 à commencer par le scénario et cette capacité à prolonger les 3 premiers films tout en explorant de nouvelles perspectives.

Rapport aux 3 premiers Toy Story : entre hommage et nouveauté

Voilà pourquoi j’ai demandé au réalisateur et producteurs combien de fois ils avaient regardé les trois premiers films et comment ils avaient pu trouver l’équilibre entre la continuité, l’hommage et la nouveauté. (voir la vidéo pour découvrir les intonations et la retranscription absolument complète.)

Josh Cooley (réalisateur) – On les regardait bout à bout, on les a regardés beaucoup, je ne sais plus combien de fois, dès qu’un groupe travaillant sur le film en avait besoin.

Jonas Rivera (producteur) – On s’est efforcés de trouver un équilibre. On a beaucoup étudié l’ADN des 3 premiers, la cadence, l’humour les dialogues. On voulait y rendre hommage, mais aussi positionner ce film pour qu’il tienne debout tout seul et propose une saveur un peu différente. On a sans cesse travaillé jusqu’à avoir l’impression que c’était bien notre film.

Marl Nielsen (prodcuteur) – Les gens ont l’impression de connaître ces personnages qui sont dans leur vie depuis 24 ans. Ces personnages ont traversé de nombreuses épreuves et beaucoup appris et nous voulions être sûr de ne pas tomber dans le déjà-vu. Nous voulions proposer ce que le public n’avait pas encore vu et dont Woody n’avait pas encore fait l’expérience.

Avant que je n’oublie, j’ai vu le film en VF et je l’ai trouvée excellente. J’y reviendrai au moment de parler des nouveaux personnages, notamment dans la partie spoilers. Je n’ai pas encore pu le voir en VO malheureusement, car mon interview de l’équipe du film était pendant la séance d’Annecy.

Une musique… parfaite, et le timing ?

Parmi les nombreuses qualités de Toy Story 4, j’ai été immédiatement frappé par la bande originale de Randy Newman et la façon dont le film et la musique se marient à la perfection et à la seconde près. Dès la séquence d’introduction, on se retrouve replongés à 100% dans l’univers et le plaisir ne s’arrête jamais.

Quand je disais que j’avais l’impression de voir un film qui est déjà un classique, c’est notamment pour son rythme qui m’a fait penser par exemple aux Spielberg des années 80. Et j’ai donc demandé à l’équipe comment ils avaient réussi à obtenir une cadence aussi parfaite pour le film.

Jonas Rivera (producteur) – Nous avons grandi avec ces films, des classiques un peu comme les Disney des années 30 et 40, tout le monde les aime. Nous venons chez Pixar en tant que fans de ciné. Merci en tout cas, ça fait très plaisir, mais pour ce qui est du timing ?

Mark Nielsen (Producteur) – Nous travaillons longtemps sur ces films et le timing est affiné au fil des années, au fur et à mesure que l’histoire se construit.

Josh Cooley (Réalisateur) – Mais le timing, la cadence, c’est surtout Axel, notre monteur. C’est le roi du timing. Il a apporté tellement. Par exemple, en salle de montage il disait « je ne suis pas sûr qu’on ait besoin de telle ou telle partie » et je lui répondais « non, j’adore ce passage ! », puis il me propose juste de me montrer ce que ça donnait sans et j’étais obligé de reconnaître qu’il avait raison !

Et oui, forcément, le rôle du monteur ! C’est une sorte d’évidence, mais je pense que ça fait du bien de rappeler l’impact énorme des choix de montage dans le succès d’un film.

Toy Story 4 est visuellement incroyable

Outre la BO et le rythme, je pense que vous serez comme moi émerveillés par la qualité visuelle du film, notamment dans la profondeur de champs et les nuances de lumière, de texture ou encore de rendu final d’animation sur un chat par exemple.

24 ans se sont écoulés depuis Toy Story 1 en 1995, évidemment ça se ressent énormément, mais sans maîtrise la puissance n’est rien, et justement, même si on peut s’approcher parfois du photo-réalisme, Pixar sait parfaitement qu’il faut préserver une part d’onirisme et les gouttes de pluie comme le camping-car sont certes impressionnants, mais on les distingue de la réalité.

Les règles de l’univers Toy Story

Quand on s’engage dans un tel univers, il faut en maîtriser les règles et j’ai demandé à l’équipe s’il y en avait d’autre que la fameuse interdiction pour les jouets de parler ou bouger en présence des humains.

Jonas Rivera (Producteur) – Dans l’histoire, non je ne pense pas…

Mark Nielsen (Producteur) – Parfois, nous poussons ces règles dans leurs retranchements dans ce film, on était parfois sur le fil du rasoir avec des personnages qui bougent ou parle juste à côté des humains.

Josh Cooley (Réalisateur) – J’ai envie de parler d’une règle qui s’applique surtout à la réalisation. Quand nous avons rencontré les créateurs originaux de Toy Story, Andrew Stanton notamment, ils nous ont conseillé d’aller revoir La Belle et le Clochard pour comprendre l’influence de ce dessin-animé sur la façon de filmer.

Nous l’avons regardé et la caméra est toujours basse, placée au niveau du point de vue des chiens. C’était essentiel pour toujours nous rappeler qu’il s’agit de jouets. Quelque chose d’aussi simple qu’une prise de courant dans l’arrière-plan permet de rappeler l’échelle à laquelle évoluent ces personnages. Ce n’était pas une règle scénaristique, mais de réalisation pour toujours garder en tête le point de vue.

Scénario à double lecture, humour et émotion : tout y est !

Concernant le scénario maintenant, sans entrer dans les spoilers, je peux dire que l’équilibre trouvé ici entre humour, émotion et développement des personnages est tout simplement parfait.

Si on compare le film à Toy Story 3 notamment, on cherche un peu moins à nous tirer les larmes alors que les rires sont plus fréquents et jamais forcés.

Il y a une véritable logique à cette suite et d’ailleurs le scénariste principal de la saga Toy Story, Andrew Stanton, un véritable génie ceci dit en passant puisqu’il a réalisé Wall-E par exemple, avait déjà les prémisses de cette suite en tête à l’époque.

Ce qui est essentiel de comprendre pour accepter cette suite, c’est que le chemin du protagoniste principal Woody, n’était pas terminé avec Toy Story 3.

L’une des grandes forces des films Pixar a toujours été de proposer plusieurs niveaux de lecture, à la fois pour les enfants et les adultes et celui-ci ne déroge pas à la règle.

Ce Toy Story 4 est même particulièrement touchant dans le message qu’il porte, notamment sur la façon dont une autre expérience et vision de la vie peut vous aider à faire évoluer les vôtres.

Un « nouveau » personnage central éclaire Toy Story 4

L’une des particularités de Toy Story, c’est sa profusion de personnages, notamment secondaires et cette fois, un personnage féminin prend un rôle central. Attention, si vous n’avez pas vu les bande-annonce, on entre maintenant un peu sur le territoire du spoiler du coup.

Ce personnage c’est celui de la Bergère, Bo Peep, qui n’était que mentionnée dans Toy Story 3 comme exemple de jouets perdus par le passé, à l’occasion de brocantes ou encore de nettoyage de printemps.

Bo Peep a bénéficié d’un traitement tout particulier puisqu’une équipe composée de femmes chez Pixar étaient penchées sur son berceau comme de bonnes fées. J’ai demandé à l’équipe de me parler de ce processus.

Parlez-nous de ces femmes qui ont veillé sur Bo Beep

Josh Cooley (réalisateur) – À l’origine première de ce film il y a toujours eu Bo Peep, c’était d’ailleurs le nom de code du projet en interne, Peep.

Il y avait ce groupe d’artistes (animation, scénario, nuances graphiques, etc.), qui voulaient faire de Bo Peep un personnage spécial en évitant absolument de tomber dans les clichés ou stéréotypes. C’était vraiment génial, elles travaillaient dur pour faire de ce personnage quelque chose de spécial. Alors que j’étais en pleine réunion en pensant à des centaines d’autres choses, quelqu’un attirait mon attention et proposait que Bo Peep fasse telle ou telle chose et c’était génial. Ces anges gardiens ont été très utiles au personnage.

Une VF tout bonnement excellente

Bo Peep en VF c’est Audrey Fleurot et forcément, c’est génial. J’aime beaucoup Audrey Fleurot, depuis la Dame du Lac de Kaamelott jusque vers l’infini et au-delà. Voilà, c’est dit.

Bo Peep a tellement évolué qu’il s’agit pour ainsi dire d’un nouveau personnage, mais elle n’est pas seule à venir enrichir l’équipe de belle manière, mais je vous parlerai de Duke Kaboom ou encore Ducky et Bunny dans les spoilers.

Vous l’aurez compris, je recommande à tout le monde de voir Toy Story 4, pour moi c’est non seulement un chef d’œuvre qui égale ou surpasse les précédents, mais aussi la véritable conclusion logique de la saga. N’oubliez pas, c’est la fête du cinéma du dimanche 30 juin au mercredi 3 juillet, c’est l’occasion d’en profiter !

Toy Story 4 : on passe aux spoilers !

Attention on entre maintenant dans la partie spoilers et j’ai envie de parler d’abord des méchants du film, à savoir Gaby Gaby et les pantins de ventriloque inspirés de Chair de Poule.

Le côté film d’horreur de ces personnages m’a surpris dans le bon sens et je pense qu’ils effrayeront plus les adultes que les enfants.
D’ailleurs, si ma mémoire est bonne, on peut reconnaître la musique de Shining lors de la première apparition de ces personnages.

Gabby Gabby, une antagoniste délicieusement subtile et touchante

Pourtant, Gabby Gabby est un personnage plus fouillé qu’on ne le croit et j’ai demandé à l’équipe du film s’il avait été difficile de créer un personnage aussi intéressant et nuancé.

Josh Cooley (Réalisateur) – Je ne dirai pas difficile, mais elle a clairement évolué avec le temps. Elle a toujours été la méchante et  je me rappelle d’une version où elle était une méchante pure et simple, avec absolument rien de gentil chez elle. Ce n’est qu’en découvrant qu’on pouvait faire en sorte que Woody influence sa vie tout en évoluant dans la sienne qu’elle est alors devenue bien plus compliquée, dans le bon sens du terme.

Alors nous sommes revenus en arrière sur l’histoire et nous avons supprimé les moments où elle était clairement méchante et un horrible jouet. Du coup, on conserve cette impression, mais on se rend compte qu’au final elle ne fait rien de si terrible.

Il faut dire que les équipes de Pixar ont travaillé pas moins de 5 ans sur ce toy Story 4, un luxe incroyable qui témoigne de l’obsession du studio pour l’excellence.

En VF c’est Angèle qui fait la voix de Gabby Gabby et personnellement j’ai trouvé le résultat réussi, même si j’ai hâte de voir ce que donne l’excellente Christina Hendricks en VO.

Duke Caboom va vous faire rire

Autre personnage dont la voix fait beaucoup parler, c’est bien sûr Duke Caboom le motard cascadeur canadien, joué en VO par Keanu Reeves et en VF par Marc Arnaud.

Apparemment, en VO l’accent canadien n’est pas trop forcé, mais en VF, on a droit à un accent québécois à couper au couteau. Personnellement, ça m’a fait beaucoup rire et je pense que les québécois ont suffisamment d’humour pour ne pas mal le prendre.

Ce qui est clair, c’est que le personnage est hilarant, tout comme Ducky et Bunny dans un autre style. En VF ce sont Jamel Debbouze et Franck Gastambide et là encore pour moi ça fonctionnait très bien.

Ducky et Bunny aussi !

Ces personnages n’ont pas un rôle majeur, mais dès qu’ils commencent à proposer des idées, j’étais mort de rire, sans parler du délire final en mode Peluche godzilla de l’apocalypse.

J’y ai vu un clin d’œil (ou un petite critique à peine voilée) des scénaristes aux films d’action où tout ou presque se résout par la violence et sans doute un moyen de partir dans de bon gros délire pour lâcher la pression.

De manière générale, le film compte une myriade de références et clin d’œil aux autres films Pixar, ce qui laisse supposer que tout se situe plus ou moins dans le même univers. Quoi qu’il en soit, le sens du détail est poussé à son paroxysme et les fans hardcore s’en donneront à cœur joie.

Forky (Fourchette) et les messages métaphysiques d’un déchet

Last but not least, Forky évidemment, fourchette en VF, doublé par Pierre Niney rien que ça, le jouet fabriqué par la petite Bonnie lors de son premier jour de préparation à l’école.

Quelle réussite là encore ! On a le tour de force de proposer un personnage à la fois ultra drôle, mais qui nous pose des questions existentielles sur la raison d’être au monde. Parmi les thèmes et questions qui traversent le film, il y a notamment celui de l’éveil de la conscience.

Si vous connaissez au moins un peu la chaîne, vous savez que j’adore Westworld et que j’ai proposé une vidéo par épisode, depuis la première saison, il suffit de regarder la playlist dédiée sur la page d’accueil de Captain Popcorn. Oui c’est de l’auto-promo et alors !

Toy Story 4, c’est Westworld en fait !

J’ai donc demandé au réalisateur et producteurs s’ils regardaient Westworld et s’ils devinaient pourquoi l’histoire de Buzz m’y avait fait penser puis je les ai relancé sur les trois niveaux de développement de conscience avec Forky, Buzz et Woody, sachant que Woody est le plus développé et semble avoir sa propre conscience dès le début alors que Buzz la développe au cours du film…

Josh Cooley – Wouah ! Je n’y avait pas pensé, mais j’adore cette série. C’est à propos du développement de la conscience ?

Mark Nielsen – La voix intérieure ?

Jonas Rivera – J’ai toujours imaginé, peut-être à tort, qu’il y avait une notion de périodes. Woody a été créé dans les années 50, c’est un bon jouet, simple, à l’ancienne, peut-être un peu naïf, mais solide. Buzz, lui, est un jouet exceptionnel, très perfectionné, à tel point qu’il fait même illusion sur lui-même et que ça lui demande plus de temps de comprendre sa condition et son boulot de jouet.

Josh Cooley – C’est très intéressant en tout cas, je n’avais pas vu les choses sous cet angle, avec les trois niveaux de conscience…

Bon je suis peut-être allé un peu loin, mais si vous aimez Westworld, je pense que vous aussi vous verrez ce que je voulais dire en découvrant le film.

Un défaut mineur concernant Buzz l’éclair ?

S’il fallait trouver un défaut au film pour faire joli, il est vrai que Buzz a un rôle un peu plus secondaire cette fois et que sa relation avec Woody passe au second plan.

De mon point de vue, c’est surtout un choix intéressant et pas vraiment un défaut, d’autant que les scènes de Buzz sont parfaitement géniales, hilarantes et émouvantes.

Vous l’aurez compris je pense maintenant, Toy Story 4, c’est génial et j’ai beaucoup de mal à comprendre ceux qui continuent à penser que c’était le film de trop après l’avoir vu. Foncez !

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