L’atmosphère terrestre continue de se saturer en dioxyde de carbone et autres gaz à effets de serre, conséquence directe de notre extrême dépendance aux combustibles fossiles. Nous n’avons maintenant plus vraiment le choix pour éviter d’aller droit dans le mur : réduire drastiquement nos émissions et procéder au captage du CO2 excédentaire. Ce captage peut s’effectuer de plusieurs manières : Direct Air Capture (DAC), directement à la source émettrice, capture biologique (plantes, arbres ou plus récemment, cette solution avec des silicates).
Andy Haverly, chercheur au Rochester Institute of Technology, a lui une toute autre idée pour cela : l’altération forcée des roches (Enhanced Rock Weathering). Lorsque le basalte des fonds marins entre en contact avec une eau acidifiée par le CO2, il se dissout progressivement, transformant ce gaz en calcaire stable. Un processus très lent, mais qui pourrait être accéléré en broyant ces couches de basalte sous-marin à l’aide… d’une bombe nucléaire.
Détruire l’océan pour sauver l’atmosphère
Le dispositif imaginé par Haverly frôle l’absurde, voire la dystopie totale. Selon les savants calculs de ce dernier, il suffirait d’une détonation nucléaire d’une puissance équivalente à 81 gigatonnes de TNT pour capturer l’équivalent de trois décennies d’émissions carbonées mondiales. À titre comparatif, la bombe thermonucléaire la plus puissante jamais testée, la Tsar Bomba soviétique, ne dépassait pas 50 mégatonnes – soit environ mille fois moins que ce que préconise le physicien américain.
Les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 avaient une puissance estimée respectivement à environ 15 kilotonnes (kt) et 21 kt de TNT, on vous laisse donc imaginer les dégâts d’une telle bombe telle qu’imaginée par notre chercheur.
D’où serait lancée cette bombe ? Ici, il n’est aucunement question de bombardement, mais d’enfouissement. Le site choisi par Haverly est le plateau de Kerguelen à 3 000 km au sud-ouest de l’Australie : on y creuserait un trou suffisamment profond (6 à 8 km sous la surface de l’eau) pour y glisser cette bombe à hydrogène. Une fois activée, celle-ci pulvériserait instantanément des volumes colossaux de basalte.
Haverly avance qu’une telle opération, malgré son ampleur, contiendrait la majorité des radiations localement grâce aux propriétés absorbantes du basalte. Sauf qu’il est très peu probable, voire impossible, que le basalte puisse contenir la totalité ou même une partie suffisante des radiations produites par une explosion de cette ampleur. Il n’existe littéralement aucune étude publiée dans des revues scientifiques à comité de lecture qui soutiennent ces affirmations à l’heure actuelle.
Le chercheur estime que le coût total de la solution qu’il avance est de 10 milliards de dollars (cela coûte cher de fabriquer une bombe H) ; le réchauffement climatique, quant à lui, nous coûterait au long terme 100 000 milliards. Une analyse très limitée, qui ne prend aucunement en compte risques les environnementaux et éthiques.
Car oui, les risques sont gigantesques et les conséquences d’une telle bombe seraient catastrophiques. Non seulement ce plan pose des problèmes évidents en matière de radioactivité et de destruction des écosystèmes marins, mais il ignore aussi des réalités géopolitiques fondamentales : un essai nucléaire sous-marin de cette ampleur violerait tous les traités internationaux, provoquerait des tsunamis et ravagerait probablement bien plus que le simple plateau de Kerguelen.
Bien qu’Haverly minimise l’impact d’une zone irradiée de « seulement » quelques km² comparativement aux ravages planétaires du réchauffement, il admet lui-même que des pertes humaines à long terme seraient inévitables. Des pertes qui ne représentent selon lui qu’une « qu’une goutte d’eau dans l’océan […] chaque année, nous émettons davantage de radiations provenant des centrales à charbon et nous avons déjà fait exploser plus de 2 000 engins nucléaires ». Une minimisation choquante et dangereuse.
Après quelque recherches, il s’avère qu’Haverly est un scientifique… spécialisé dans le machine learning, le code et l’informatique quantique si on l’en croit sa page Researchgate. Il n’a donc aucune notion suffisamment solide en physique nucléaire et en géophysique ; voilà peut-être pourquoi il ose proposer une telle solution. Solution que l’on pourrait comparer à une fuite en avant absurde qui ressemble à un dernier baroud d’honneur de la techno-arrogance. Son raisonnement relèverait presque de l’ironie pure : pour « sauver » la planète, on envisagerait donc de raser une région entière, d’irradier l’océan Austral et de prendre le risque de provoquer une apocalypse nucléaire. Évidemment, sa publication concernant ce projet est à l’image de ce dernier : simplifications à tout-va, minimisation des risques radiologiques, affirmations non étayées et vision utilitariste extrême.
- Un chercheur propose d’utiliser une explosion nucléaire sous-marine pour pulvériser du basalte et accélérer le captage du CO2, une idée à la fois extrême et non prouvée scientifiquement.
- Son projet nécessiterait une bombe H mille fois plus puissante que la Tsar Bomba, avec des conséquences environnementales et géopolitiques potentiellement désastreuses.
- L’auteur de cette hypothèse, qui n’a aucune expertise en physique nucléaire ou en géosciences, minimise les risques radioactifs et les pertes humaines, rendant cette proposition totalement irréaliste.
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