Le lancement était initialement prévu pour le 27 avril dernier. Mais Rocket Lab n’a voulu prendre aucun risque concernant sa fusée Electron, dont le premier étage était au cœur de toutes les attentions. Finalement c’est dans la nuit du 2 au 3 mai ici en France, qu’à Mahia, en Nouvelle-Zélande, à l’autre bout du monde, une fusée Electron a quitté la Terre.
Si l’histoire retiendra qu’il s’agissait du tout premier vol ou la société a réussi à capturer son premier étage de fusée lors de son retour sur Terre, à l’autre bout du monde, du côté de Rennes, les équipes d’Unseenlabs n’avaient que faire de ce booster de fusée, et ils tournaient tous leurs regards vers le sommet de cette Electron, qui renferme 34 charges utiles.
Parmi cette petite constellation de satellites, un seul d’entre eux appartenait à Unseenlabs. Il s’agissait du septième satellite de l’entreprise bretonne, basée à Rennes. Cette dernière développe une constellation depuis plusieurs années, et est aujourd’hui l’un des plus grands acteurs dans le domaine de la surveillance marine par détection de radiofréquences.

Mais pour bien comprendre comment cette petite entreprise rennaise peut dominer un marché qui intéresse les armées du monde entier, il faut faire un petit voyage dans le temps, et remonter il y a sept ans, en 2015.
À l’époque trois frères décident de se lancer dans le spatial, et de construire leur propre société. Poussée par Jonathan Galic, qui travaillait à l’époque chez Airbus au sein de la division spatiale, la fratrie va se lancer dans l’aventure. L’idée est de faire quelque chose de tout nouveau : le renseignement électromagnétique.
Des satellites pour scruter les océans
Derrière ce nom complexe et à rallonge, se cache en fait ce qui fera le succès d’Unseenlabs. La société est ainsi capable de capter des ondes électromagnétiques, les analyser et les cartographier. Ces dernières proviennent de navires, présents en mer, et ils peuvent ainsi être mieux suivis par les satellites de la société.
Ainsi la société lance dès 2019 un premier satellite « pour montrer que la technologie fonctionne », explique Cannelle Gaucher, directrice de la communication de la société. Après un premier lancement avec Rocket Lab, la société se tourne vers SpaceX et d’autres acteurs pour multiplier les lancements. « On a vraiment essayé d’aller là où il y a de la place, les lancements sont très prisés et nous voulions une constellation le plus rapidement possible ».

Un système nettement plus fiable
Aujourd’hui, avec sept satellites en orbite autour de la Terre, Unseenlabs est capable d’offrir des clichés d’une zone de la planète toutes les « 4 à 8 heures » explique Cannelle Gaucher. De quoi donner des informations très précieuses aux clients de la société, mais qui ne sont pas encore suffisantes pour la petite équipe rennaise qui a de grandes ambitions : « l’idée serait d’avoir 25 satellites en orbite pour 2025, cela nous permettrait d’avoir un rendu en quasi-temps réel avec une image toutes les 10-15 minutes ».
Car ces données que récolte Unseenlabs sont une vraie mine d’or notamment pour les autorités. « Aujourd’hui on travaille beaucoup avec les États, notamment la marine nationale française pour surveiller la ZEE et repérer quel navire s’y trouve ». Une mission d’importance, qui devrait être remplie, sur le papier, par une balise, nommée AIS, qui est présente sur tous les navires.
« Le problème c’est que cette balise, tous les navires peuvent la couper quand ils veulent, ou alors la modifier pour se faire passer pour un autre. Ce qui rend le suivi presque impossible ». Loin d’être une pratique isolée, la désactivation des balises touche des centaines de navires à travers le monde. Dans certaines zones stratégiques les estimations sont d’un bateau sur deux qui désactiverait sa balise AIS.
Des clients étatiques, mais pas que….
Les données d’Unseenlabs aident donc beaucoup les autorités qui luttent tous les jours contre la pêche illégale, ou encore les dégazages au large des côtes, comme ce fût le cas en Corse il y a quelques mois. Un véritable drame pour l’environnement marin de l’île de Beauté.
Mais en plus d’aider les marines du monde entier à faire respecter la loi, les informations recueilles par les satellites d’Unseenlabs trouvent d’autres clients. « Nous avons des assureurs qui sont très intéressés par ce que nous faisons. Ils veulent être certains que le navire n’a pas fait de détour imprévu, ou au contraire à bien contourner des zones à risque comme le large de la Somalie, où il y a beaucoup de piraterie. »
En plus de ces clients purement commerciaux, Unseenlabs travaille avec des ONG pour que ces dernières puissent avoir des chiffres bien plus réalistes sur ce qui se passe en mer et ainsi alerter les autorités avec des données fiables et beaucoup plus parlantes que celles des balises AIS qui minimisent souvent le problème.
À titre d’exemple, les zones marines protégées où la pêche est proscrite ne sont jamais traversées par un chalutier, du moins selon les chiffres des balises AIS, pourtant la réalité est bien différente, et les données d’Unseenlabs permettent de le montrer « avec une fiabilité de plus de 95 % ».

Surveiller les mers sans polluer l’espace
Si Unseenlabs travaille à rendre les mers plus sûres et plus propres de par la surveillance qu’elle en fait, elle n’oublie pas de respecter l’espace, lieu de travail des satellites. Dès leur conception les satellites de l’entreprise sont pensés pour venir se désorbiter une fois leur vie dans l’espace terminée (au bout de 25 ans ndlr). « La loi française sur l’espace est très stricte à ce sujet, et elle nous oblige à ne pas embarquer de matériaux polluants dans les satellites, pour que la désorbitation soit la plus propre possible. »
Un sujet qui est de plus en plus pris en compte par les différents acteurs du monde du spatial, lui qui sont conscient que pour continuer d’utiliser l’espace, il faut le préserver. À ce titre, les satellites d’Unseenlabs sont tous pensés pour être désorbités et que cette dernière ne provoque aucun dégât dans l’espace, mais aussi dans l’atmosphère lors de leur retour.
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