À Nazaré, au Portugal, les surfeurs affrontent des vagues dépassant régulièrement les 20 mètres (la plus haute enregistrée est celle surfée par Sebastian Steudtner en 2020, de 26,21 m), mais nous savons parfaitement d’où viennent ces monstres d’eau. Au large de la côte se trouve un profond canyon sous-marin, concentrant l’énergie de la houle venue du large pour la faire déferler près du rivage. Ce sont des vagues dites côtières, qui n’ont rien à voir avec ce qu’ont observé les satellites de l’ESA en décembre 2024.
En plein milieu de l’océan Atlantique, ils ont détecté des véritables murs d’eau, atteignant en moyenne 19,7 m, les plus hauts jamais observés depuis l’espace. Des vagues monumentales, nées au beau milieu de la tempête Eddie, dont les climatologues cherchent désormais à déterminer si elles sont une conséquence du réchauffement climatique.
Un océan en furie
Le 21 décembre 2024, la tempête Eddie balayait l’Atlantique, et en plus de la hauteur gigantesque des vagues qu’elle a provoquées, celle-ci a généré une zone de houle s’étendant sur près de 24 000 km. Une onde gigantesque, traversant l’Atlantique nord jusqu’aux tropiques, passant même au-delà du passage de Drake, entre l’Amérique du Sud et l’Antarctique.
Un phénomène provoqué par les forts vents soufflant à la surface de l’océan sur d’énormes distances, transférant directement son énergie à la surface de l’eau. Dans ce cas précis, la quantité d’énergie transférée des airs jusqu’à l’eau était si importante que l’onde s’est propagée sur une distance équivalente à quasiment la moitié du globe terrestre.
La rupture de l’équilibre du système océan-atmosphère
Du jamais vu pour les océanographes, qui tentent aujourd’hui d’appréhender ce phénomène hors norme. Une équipe dirigée par le chercheur Fabrice Ardhuin, du Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (CNRS/Ifremer), a profité du passage des satellites de l’ESA au-dessus d’Eddie pour analyser la naissance des vagues au cœur de la tempête et comprendre comment elles accumulent autant d’énergie.
Après avoir recueilli les données, les chercheurs ont eu la surprise de découvrir que les vagues les plus puissantes d’une tempête renferment une énergie considérablement plus élevée que celle prédite par nos modèles océaniques.
En effet, ceux-ci prévoyaient que la tempête laissait derrière elle l’essentiel de son énergie, portée par la houle qui continue de rouler après son passage. Les données d’Eddie montrent exactement l’inverse : c’est lorsque les vents sont les plus intenses que se joue le transfert d’énergie le plus important entre l’atmosphère et l’océan. Une dynamique qui était complètement sous-estimée, voire inconnue de nos modélisations.
Cette découverte forcera nécessairement à une révision de nos modèles océaniques, en particulier sur les processus de couplage thermodynamique entre l’océan et l’atmosphère, qui régissent la conversion de la chaleur océanique en énergie mécanique sous forme de vent et de vagues. En moyenne, nos océans se réchauffent quatre fois plus rapidement qu’il y a 40 ans, injectant de fait d’immenses quantités de vapeur d’eau et d’énergie dans l’atmosphère, nourrissant des tempêtes de plus en plus violentes. S’ils ont toujours le rôle de « tampons thermiques », absorbant 90 % de l’excédent de chaleur généré par les activités humaines, ils commencent aussi à la restituer vers l’air, sous forme d’humidité et d’énergie cinétique. Une nouvelle preuve que le système océan-atmosphère rend ses coups plus vite et avec plus de force que ne l’anticipait la communauté scientifique.
- Des satellites européens ont observé en décembre 2024 des vagues de près de 20 mètres au cœur de l’Atlantique, un record mondial enregistré depuis l’espace.
- Ces vagues, issues de la tempête Eddie, ont révélé que la mer absorbe l’énergie des vents au moment le plus violent des tempêtes, et non après leur passage comme on le pensait.
- Cette découverte remet en question les modèles climatiques : les océans, désormais plus chauds, deviennent des amplificateurs du réchauffement et des tempêtes extrêmes.
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