L’acceptabilité et la confiance que vouera le grand public dans les voitures autonomes nécessitera, premièrement, qu’elles atteignent un haut niveau de fiabilité. Côté technique, cela passera évidemment par une électronique embarquée suffisamment performante (capteurs, système LiDAR, caméras, algorithmes de reconnaissances, etc.), mais ce serait omettre une grosse partie de la problématique que de ne se contenter que de cet aspect.
Outre la technique, il faudra convaincre conducteur et passagers que le véhicule sait ce qu’il fait et qu’il ne conduit pas à la faveur du hasard. Pour cela, il s’avère que la voix de l’interface vocale embarquée, chargée d’expliquer en temps réel les décisions de conduite, joue un rôle extrêmement important. C’est une étude présentée lors du congrès annuel de la Human Factors and Ergonomics Society qui vient de le démontrer. La dimension psychologique dans laquelle l’affectif complète la rationalité face à une machine autonome est un facteur qui conditionnera aussi la vitesse de démocratisation de ces véhicules.
Genre et perception : la mécanique de la confiance
Les chercheurs ont recruté plus de 300 conducteurs américains, invités à se familiariser en ligne avec le fonctionnement d’une voiture autonome. Ils ont ensuite visionné six courtes vidéos montrant le véhicule en situation, chaque séquence étant accompagnée d’une voix expliquant les actions réalisées. Après chaque visionnage, les participants évaluaient leur niveau de confiance et renseignaient leurs propres caractéristiques (âge, genre, etc.).
Les chercheurs en sont venus à cette conclusion : la similarité de genre entre la voix de la voiture et les participants les a conduits à juger la voiture plus qualifiée et moins impersonnelle. Deux sous-catégories ont été évaluées : la confiance cognitive (le sentiment que la voiture est fiable et compétente) et la confiance affective (le lien émotionnel avec la machine).
Quand la voix de l’interface correspondait à la fois au genre et aux rôles de genre traditionnellement associés (par exemple, une voix masculine grave ou une voix féminine douce), les participants se déclaraient plus en confiance. En revanche, lorsque la correspondance ne portait que sur le genre, sans correspondre aux attentes stéréotypées, l’effet positif se limitait surtout à la confiance affective, sans forcément renforcer la perception rationnelle de sa compétence.
« Ces résultats montrent l’importance de prendre en compte le genre dans la conception des voix de véhicules autonomes et révèlent comment les stéréotypes sociaux façonnent déjà ces choix techniques », analyse Lionel Robert Jr., professeur en information et robotique à l’Université du Michigan.
Nous voyons déjà poindre là le gros dilemme de cette orientation industrielle qui se profile : est-ce une bonne idée que d’exploiter les stéréotypes de genre pour (re)construire la confiance ? Prendrait-on le risque d’ancrer davantage des biais culturels déjà contestés dans certains cercles (à tort ou à raison, là n’est pas la question) ?
Les chercheurs recommandent donc d’explorer des alternatives : voix neutres, paramétrables, voire sons non humains qui évitent de calquer la machine sur nos attentes sociales.
Même si les voitures 100 % autonomes ne sont pas encore des objets quotidiens stricto sensu, ils feront probablement partie de notre paysage dans la future décennie ; c’est, de fait, un enjeu qui nous concerne tous. « Construire la confiance envers ces voitures est crucial pour la sécurité publique et pour une intégration fluide dans nos systèmes de transport », rappelle X Jessie Yang, professeure associée en ingénierie de l’information et des opérations industrielles. Même face à l’objet le plus complexe et technologique qui soit, nous restons donc « l’animal social » dont parlait Aristote dans Les Politiques : nous cherchons dans la machine des traces de nous-mêmes pour l’accepter.
- Une étude montre que la confiance dans les voitures autonomes dépend aussi de la voix qui explique leurs décisions.
- Les participants font davantage confiance quand la voix correspond à leur genre, et encore plus dès qu’elle correspond aux stéréotypes associés.
- Les chercheurs recommandent d’éviter ces biais en développant des voix neutres ou personnalisables pour favoriser l’acceptation.
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