La fibre optique devait toucher l’ensemble du territoire français d’ici fin 2025. Le gouvernement s’en vante régulièrement comme d’un succès industriel français avec Marc Ferracci, ministre de l’Industrie, qui assurait encore la semaine dernière que “95% des Français devraient être éligibles d’ici la fin de l’année.”
Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité bien plus amère. 4 millions de foyers et entreprises restent exclus de cette révolution numérique. Et contrairement aux promesses initiales, cette situation risque de perdurer.
Les oubliés de la fibre, bien plus qu’un problème rural
Contrairement aux idées reçues, l’absence de fibre ne touche pas uniquement les hameaux isolés. Dans les villes moyennes, 1,4 million de foyers attendent toujours un raccordement, tandis que certaines grandes agglomérations comptent un demi-million d’habitations non couvertes.
Dans ces zones dites “très denses”, les opérateurs ne subissent aucune obligation de couverture. Chacun déploie selon son bon vouloir, privilégiant naturellement les immeubles facilement raccordables et délaissant les cas complexes.
440 000 raccordements “impossibles” qui freinent tout
Les raccordements complexes représentent le cœur du problème. Environ 440 000 habitations nécessitent des travaux spécifiques dont les surcoûts atteignent parfois plusieurs milliers d’euros. Un chalet de montagne isolé, une maison sans fourreau préinstallé, un immeuble avec une copropriété récalcitrante… autant de situations qui rebutent les opérateurs.
Le gouvernement promet une aide financière, mais son montant reste flou face à l’ampleur des travaux nécessaires. Ces cas particuliers sont systématiquement mis de côté lors des déploiements, créant des poches d’habitations isolées numériquement au milieu de zones pourtant déclarées fibrées dans les statistiques officielles.
Une équation économique impossible à résoudre
Le plan fibre, qui a déjà coûté 23 milliards d’euros dont la moitié d’argent public, se heurte désormais à une terrible réalité économique. Les derniers foyers à raccorder sont de loin les plus coûteux, suivant une courbe exponentielle des coûts qui défie toute logique commerciale.
Dans les zones rurales, les réseaux d’initiative publique lancés par les collectivités territoriales se retrouvent étranglés financièrement.
“Il y a quinze jours, je suis passé tout près de la cessation de paiements” révèle Thibaut Simonin, président de Charente Numérique, qui gère 116 000 lignes dans son département. Ces opérateurs dénoncent des tarifs de gros imposés par l’Arcep (le régulateur des télécoms) trop bas pour couvrir leurs frais d’exploitation.
Quand la fibre arrive, les problèmes ne font que commencer
“Nous ne voulons pas qu’au bout du bout, le consommateur paye plus cher sa fibre dans la Creuse qu’à Paris” avertit Bercy. Mais sans hausse tarifaire, les opérateurs de réseaux ruraux risquent la faillite, laissant des infrastructures orphelines. Même quand la fibre arrive, les problèmes persistent.
Patrick Chaize, sénateur de l’Ain et président de l’Avicca, déplore que dans son département, “on est passé de 90% à 70% de raccordements mal effectués et non conformes aux règles de l’art.” Ces fameux “plats de nouilles”, enchevêtrements chaotiques de câbles dans les armoires de rue, engendrent pannes et débranchements sauvages.
Les alternatives pour les exclus de la fibre

Avec l’extinction programmée du réseau cuivre utilisé pour l’ADSL, les foyers sans fibre doivent se tourner vers d’autres technologies. La 5G fixe représente une alternative crédible dans les zones couvertes par les antennes.
Les principaux opérateurs proposent désormais des offres box 5G avec des débits pouvant atteindre 1 Gbps, suffisants pour la plupart des usages domestiques. Comptez toutefois entre 30 et 40€ mensuels, parfois avec des limites de données.
Pour les zones les plus isolées, la solution Starlink gagne du terrain. Cette connexion par satellite offre désormais des débits comparables à la fibre. L’objectif initial des 100% de couverture de la fibre s’est discrètement transformé en “95% de couverture”, abandonnant de facto des millions de Français dans un avenir numérique à deux vitesses.
- La promesse gouvernementale d’une fibre pour tous en 2025 ne devrait pas être tenue pour 4 millions de foyers français
- Le problème touche aussi bien les zones rurales que certains quartiers urbains et périurbains
- Des alternatives existent comme la 5G fixe et Starlink, mais à des coûts souvent plus élevés et avec des performances variables selon les zones
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