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Vous portez une barbe ? Des scientifiques pensent avoir trouvé pourquoi l’évolution vous en a donné une

Messieurs, si vous pensez que votre barbe vous rend plus attirants auprès de la gente féminine, sachez que ce n’est pas toujours le cas. Pour autant, elle remplit encore une fonction utilitaire, bien que celle-ci soit nettement moins vitale aujourd’hui que par le passé.

La barbe en France, a connu des fortunes très inégales. Réhabilitée par François Ier en 1521 qui fut blessé au menton à la suite d’un accident, ce choix a également été fortement influencé par les modes princières italiennes de la Renaissance. Elle disparut progressivement au XVIIe siècle, et sous Louis XIV, le dogme de la cour exigea que les hommes arborent un visage glabre, le sommet des têtes s’ornant des fameuses perruques (un peu ridicules de notre point de vue moderne, avouons-le) dans les rangs de l’aristocratie. Au XIXe siècle, c’est la moustache qui devient le symbole de la virilité et du prestige militaire, avant de se généraliser à toute la société masculine. Un symbole si fort qu’il faudra attendre 1907, année marquée par d’importants conflits sociaux, pour que les garçons de café parisiens obtiennent enfin, de haute lutte après une grève, le droit d’en finir avec l’interdiction patronale d’en porter une.

Le XXe siècle marqua un tournant, avec l’invention du rasoir de sûreté par Gillette au début des années 1900, puis la vague métrosexuelle des années 1990 qui imposa de nouveau le rasage de près comme norme d’hygiène et de modernité. Il faudra attendre la fin des années 2000 et la déferlante hipster, partie de Brooklyn pour atteindre Berlin puis l’Europe entière, pour que la barbe refasse surface ; en 2016, selon l’IFOP, 40 % des Français en portaient une, contre 33 % deux ans plus tôt.

Mais au fond, peu importe que les époques la célèbrent ou la bannissent : la question qui nous intéresse ici est de savoir pourquoi elle existe, d’un point de vue évolutionniste. Charles Darwin lui-même, qui en arborait une monumentale, y voyait l’équivalent de la queue du paon : un ornement destiné à séduire le sexe opposé. Selon un article publié par Popular Science le 8 octobre 2026, s’appuyant sur plusieurs études parues ces quinze dernières années, le naturaliste avait probablement tort.

Poil au menton, zéro pointé pour la séduction ?

En 2012 parut une étude dans la revue Behavioral Ecology, menée par des chercheurs de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud et de l’Université de Lethbridge au Canada. Ils avaient alors demandé à des femmes de deux groupes ethniques très différents (des Européennes de Nouvelle-Zélande et des Polynésiennes des îles Samoa) de noter l’attractivité des mêmes visages masculins, avec et sans barbe. Peu importe d’où elles étaient originaires, dans les deux cas, elles jugèrent que la barbe n’était pas forcément plus attirante.

Depuis ces travaux, les tentatives de mesurer l’effet de la barbe sur l’attirance sexuelle se sont multipliées, sans que la communauté scientifique ne parvienne à un consensus. Certaines femmes sont attirées par les visages rasés de près, d’autres par une barbe de trois jours, d’autres par une barbe longue ; les préférences changent d’un continent à l’autre et parfois d’une décennie à l’autre. Un numéro spécial publié en juin 2020 dans la revue Adaptive Human Behavior and Physiology a compilé l’ensemble de ces travaux sans parvenir à dégager de tendance dominante.

Si la barbe, comme le pensait Darwin, avait été retenue par la sélection naturelle sous la pression d’une prétendue préférence sexuelle féminine, on devrait observer un plébiscite féminin universel, ce qui n’est manifestement pas le cas.

Portrait Epicure
Portrait d’Épicure (copie romaine d’un original hellénistique, marbre, fin du IIIe – début du IIe siècle av. J.-C.) : à cette époque, la barbe était le marqueur statutaire réservé aux grands penseurs et aux écoles de philosophie hellénistique. © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons (Domaine public)

La barbe : d’abord une arme de domination entre hommes

Si la barbe n’est pas là pour plaire, à quoi sert-elle, dans ce cas ? L’autre volet de l’étude de 2012, suggère qu’elle sert avant tout à impressionner : les chercheurs avaient élargi leur protocole en demandant à des participants masculins et féminins de juger les mêmes visages, selon trois autres critères. Ainsi, ils devaient estimer l’âge apparent, le statut social et l’agressivité dégagés par chaque individu, d’abord barbu, puis rasé.

Qu’il s’agisse des personnes originaires de Nouvelle-Zélande ou des îles Samoa, les hommes barbus étaient unanimement perçus comme plus mûrs, plus haut placés socialement et considérablement plus menaçants s’ils exprimaient la colère. En biologie évolutive, le fait d’observer des conclusions similaires entre deux populations culturellement très éloignées constitue un indice très fort de leur caractère inné.

Pour David Puts, professeur d’anthropologie et de psychologie à l’Université d’État de Pennsylvanie, c’est d’abord un effet visuel. « La pilosité faciale sert très probablement à rendre les hommes plus intimidants : elle accentue la largeur apparente de la mâchoire et du bas du visage, tout en signalant la maturité sexuelle, la force et la carrure qui vont avec », souligne le chercheur.

La barbe aurait donc été maintenue par la sélection naturelle, non pas parce qu’elle attirait les femmes, mais parce qu’elle permettait aux hommes qui la portaient d’intimider leurs rivaux, de gagner en statut et, par ce biais détourné, d’accéder plus facilement à la reproduction. « Le rôle principal de la barbe est sans doute de gagner en statut au sein de la hiérarchie masculine », conclut Puts, bien qu’il n’exclue pas entièrement pour autant qu’elle puisse jouer un rôle dans l’attirance féminine. Un constat qu’il nuance toutefois, en faisant remarquer que « cet effet est nettement plus marginal et fluctuant selon les cultures et les époques ». Et si vous n’êtes pas concerné par cette problématique parce que votre barbe ressemble toujours à un duvet d’adolescent ou que votre menton est aussi lisse que la peau d’une pêche, soyez rassuré : vous êtes en train de lire cet article, c’est bien la preuve que vos ancêtres sans barbe ont trouvé d’autres moyens pour se reproduire.

  • La barbe, considérée comme un symbole de virilité à travers l’histoire, n’est pas unanimement perçue comme attirante par les femmes, selon des études.
  • Des recherches suggèrent que la barbe sert principalement à impressionner et intimider les rivaux, renforçant ainsi le statut social des hommes.
  • La sélection naturelle aurait favorisé la barbe pour son rôle dans la hiérarchie masculine plutôt que pour son attrait auprès des femmes.

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