Passer au contenu

Si vous prenez la pilule contraceptive, vous vous exposez à de nouveaux effets qui inquiètent les chercheurs

Un vieux médicament qui se retrouve de nouveau au centre d’un débat que l’on croyait clos.

Depuis le scandale des différentes pilules dans les années 2010 (Diane 35, Méliane, Jasmine, Yaz, etc.), le nombre de femmes françaises utilisant ce type de contraception en France a considérablement baissé. Selon les données de l’Inserm relayées par Statista, elles étaient 56,4 % à la privilégier en 2000 ; un chiffre retombé à seulement 28 % en 2023.

Ces contraceptifs de troisième et de quatrième génération se sont retrouvés au centre de violentes polémiques, et ont été formellement accusés d’augmenter le risque de développer des phlébites (caillot de sang dans une veine) ou d’embolie pulmonaire (migration d’un caillot de sang, souvent issu d’une phlébite, qui se détache et vient obstruer une artère des poumons). Ces médicaments ont été prescrits à des millions de femmes, parfois par des médecins peu soucieux de ces effets secondaires.

Malheureusement, il se trouve qu’il était fort probable que les chercheurs n’avaient pas fait le tour entier de la question, comme le prouve cette nouvelle étude publiée dans la revue Hormones and Behavior. La pilule agirait aussi sur la manière dont le cerveau traite les émotions et encode les souvenirs.

Après le corps, la mémoire ?

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont réuni deux groupes de volontaires : l’un prenait une contraception hormonale, l’autre suivait son cycle naturel. Les participantes ont été invitées à regarder une série d’images, certaines agréables, d’autres neutres et d’autres franchement désagréables. Elles devaient, face à ces stimuli visuels, adopter différentes attitudes mentales.

Il fallait parfois qu’elles se mettent à distance de ce qu’elles observaient, comme si la scène ne les concernait pas. D’autres fois, on leur demandait de réinterpréter le contenu visionné, et à l’opposé, elles devaient se plonger dans la scène en essayant de la vivre de l’intérieur.

Contrairement à ce qui pourrait être attendu, les femmes sous contraception hormonale réagissaient moins vivement aux images négatives. Lorsqu’elles tentaient de réduire leur charge émotionnelle (en prenant du recul ou en réinterprétant la scène), elles conservaient bien le souvenir général de l’événement, mais en oubliaient de nombreux détails.

Pour Beatriz Brandao, doctorante à l’Université Rice (Houston, Texas) et première autrice de l’étude, ce n’est pas forcément une faiblesse : « Le fait de moins bien retenir les souvenirs négatifs pourrait, au fond, jouer un rôle protecteur ». Reste que ce filtre supposément protecteur pourrait aussi masquer des effets moins favorables : qu’advient-il, par exemple, si ce mécanisme modifie la façon dont une personne traite ses propres expériences traumatiques ?

Inversement, lorsque les participantes s’immergeaient dans les scènes positives, toutes (sous pilule ou non) en conservaient un souvenir plus détaillé. Ces expériences heureuses étaient retenues dans les deux cas, avec toutefois des nuances dans la manière dont elles s’imprimaient. Comme le souligne Bryan Denny, professeur associé de psychologie et co-auteur de l’étude : « Ces résultats sont nouveaux et montrent que la contraception hormonale peut influencer, de manière inattendue, la façon dont émotions et mémoire s’articulent entre elles ».

Une frontière encore floue entre protection et vulnérabilité

Pour les chercheuses et chercheurs, cet effet peut être interprété différemment. D’un côté, cet « oubli sélectif » pourrait aider à atténuer la rumination, bien souvent associée à une anxiété plus importante et à la dépression. De l’autre, il pourrait désorganiser les processus à l’œuvre dans le cerveau qui lui permettent de digérer certaines expériences marquantes, avec des conséquences encore inconnues.

« Ces résultats suggèrent que la contraception hormonale module non seulement la manière dont les femmes régulent leurs émotions, mais aussi la façon dont cette régulation influence la mémoire, en particulier pour les expériences négatives », souligne Stephanie Leal, professeure associée à UCLA et co-autrice de l’étude.

L’équipe de recherche souhaiterait désormais connaître si cet effet modulateur pouvait être attribué au type de contraceptif utilisé (pilule, implant ou stérilet hormonal) et comment il peut varier aux différentes phases du cycle menstruel. Brandao explique que « notre objectif, au fond, est de comprendre comment les hormones sexuelles, naturelles ou synthétiques, influencent la santé émotionnelle, afin que les femmes puissent prendre des décisions plus éclairées sur leur santé reproductive et mentale ».

Il est également possible d’interpréter ces résultats d’un point de vue sociétal, un aspect que l’étude n’aborde pas. Combien de patientes avalant ce type de contraceptifs quotidiennement n’ont jamais été prises au sérieux lorsqu’elles faisaient part d’effets secondaires psychologiques délétères à des professionnels de santé ou à leur prescripteur ? Les controverses des années 2010 avaient déjà jeté une lumière crue sur les limites d’une communication médicale qui se concentrait principalement sur les bénéfices, en ignorant les risques.  Au regard de cette nouvelle étude, il s’agirait donc de ne pas reproduire la même erreur : réduire l’expérience des femmes concernées à des données biologiques dures, en laissant sur le bas-côté tout ce qui touche à la dimension psychique.

  • Une étude récente a démontré que la contraception hormonale ne se limite pas au corps : elle peut aussi agir sur les émotions et la mémoire.
  • Les femmes sous pilule semblent retenir moins de détails des expériences négatives, un mécanisme qui pourrait être protecteur, mais aussi problématique.
  • Ces résultats ouvrent un débat scientifique et sociétal sur des effets longtemps minimisés, et rappellent l’importance d’intégrer la santé mentale dans le suivi contraceptif.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

TousAntiCovid
TousAntiCovid
Par : Gouvernement français
4.4 / 5
k324.5 avis