Cligner des yeux est un réflexe vital, nos paupières se rabattant par-dessus pour les humidifier, les nettoyer et, dans quelques cas, les protéger d’une agression extérieure. La nictation (terme médical) est, chez les mammifères, un réflexe déclenché automatiquement par les ganglions de la base, un ensemble de sous-structures de notre cerveau.
Toutefois, ce ne serait pas sa seule utilité, et la fréquence à laquelle nous clignons des yeux serait en réalité reliée à notre niveau d’attention et à l’effort que fournit notre cerveau pour suivre et comprendre ce qui nous est dit. C’est ce qu’a démontré une nouvelle étude menée par des chercheurs canadiens (Université Concordia à Montréal) et publiée le 5 septembre 2025 dans la revue Trends in Hearing. Leur hypothèse étant que le clignement des yeux reflète cette concentration d’écoute, les chercheurs se sont intéressés à des situations que vous vivez régulièrement : quelqu’un vous parle dans un lieu bruyant, et votre cerveau doit redoubler d’attention pour ne pas perdre le fil.
Plus vous écoutez, moins vous clignez des yeux
Pour prouver ce lien entre clignements des yeux et attention, les chercheurs ont suivi le comportement oculaire de 49 volontaires. Ces derniers devaient écouter des phrases lues à voix haute pendant que les scientifiques faisaient varier l’ambiance, en modifiant deux paramètres : l’éclairage et un bruit de fond artificiel, qu’ils montaient ou baissaient.
Chez l’ensemble des participants, la fréquence de clignement diminuait systématiquement pendant la lecture des phrases, comparée aux périodes juste avant et juste après. Lorsque le bruit de fond était plus élevé, et que la compréhension devenait plus difficile, cette diminution était encore plus importante.
En revanche, les variations d’éclairage n’entraînaient aucun changement, ce qui indique que l’effet observé ne s’explique pas par une contrainte visuelle, mais bien par l’effort cognitif nécessaire pour comprendre le message oral.
Selon la psychologue Pénélope Coupal, coautrice de l’étude, « nous ne clignons pas des yeux au hasard ». D’après elle, « nous clignons systématiquement moins quand une information importante est présentée ».
Une pause cérébrale
Comment se fait-il que nos paupières puissent refléter notre niveau d’attention ? Si notre cerveau choisit de bloquer nos paupières, c’est parce qu’il perçoit le clignement comme une interférence. Pour Mickael Deroche, chercheur en psychologie et ingénieur en acoustique, chaque battement de cils est une micro-coupure qui risque de nous faire perdre une miette d’information, qu’elle soit visuelle ou auditive. En période de stress auditif (comme une conversation dans un bar bondé), le cerveau suspend donc la nictation pour rester en prise directe avec son environnement.
Inversement, le clignement serait une espèce de « virgule mentale ». D’autres études suggèrent que nous clignons des yeux au moment précis où nous avons fini de traiter une information, comme pour valider une étape de compréhension avant de passer à la suivante. Comme bouton reset rapide qui permettrait au cerveau de respirer et de se reprendre entre deux phrases complexes qu’il doit ingurgiter.
La prochaine fois que vous vous lancerez dans une conversation avec quelqu’un, vous saurez donc que, s’il cligne des yeux à tout bout de champ, c’est que son cerveau a déjà fermé le rideau. N’y voyez pas de l’impolitesse ou une quelconque preuve de mauvaise volonté (à moins que vous ne soyez particulièrement pénible à écouter) : l’attention est fragile et coûteuse en ressources cognitives. Pourquoi son cerveau la maintiendrait s’il a déjà capté qu’il n’aurait aucun retour sur investissement ?
- La fréquence de clignement des yeux est liée à notre niveau d’attention lors des conversations.
- Une étude montre que moins on cligne des yeux, plus on est concentré sur l’information entendue.
- Le clignement agit comme une pause mentale, permettant au cerveau de traiter les informations sans interruption.
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