L’affaire débute en avril dernier dans une banlieue de Sydney, lorsque l’évêque Mar Mari Emmanuel est violemment agressé au couteau dans une église par un adolescent. La vidéo de cette attaque se propage rapidement sur les réseaux sociaux, déclenchant une vague d’inquiétude chez les régulateurs du numérique. Quelques mois plus tard, cette même séquence devient l’élément déclencheur d’un drame catastrophique qui aurait pu être évité.
Comment une vidéo sur X a précédé un triple meurtre tragique
La chronologie des événements est glaçante. Le 29 juillet à Southport, Axel Rudakubana, 18 ans, effectue une recherche précise sur X : « mar mari emmanuel stabbing » ( “stabbing» signifie « poignarder). Six minutes plus tard, il quitte son domicile pour commettre l’irréparable. Sa cible : un cours de danse sur le thème de Taylor Swift. Le bilan est tragique : trois jeunes filles assassinées (Elsie Dot Stancombe, 7 ans Bebe King, 6 ans, et Alice da Silva, 9 ans) et une dizaine de blessés.
L’enquête révèle que sur sa tablette Lenovo, l’intégralité de l’historique de navigation a été effacée, à l’exception de cette unique recherche. Elle conduisait directement à cette ignoble vidéo de l’agression de Sydney, toujours disponible sur X malgré les alertes répétées des autorités.
X et Elon Musk accusés de passivité
Face à cette situation, la réaction des géants de la tech diverge radicalement. Google, Microsoft, Snap et TikTok ont immédiatement supprimé la vidéo de leurs plateformes. Elles ont même mis en place des mesures préventives pour empêcher toute rediffusion du contenu en question.
X, en revanche, opte pour une solution minimaliste : un simple géoblocage en Australie. Comment contourner un géoblocage ? Eh bien, pour les australiens, il suffit d’utiliser un VPN, tandis que pour le reste du monde entier, la vidéo reste toujours accessible au moment de la rédaction de cet article. Vidéo que nous vous déconseillons fortement d’aller voir, bien entendu.
Sans surprise, la position de Musk sur l’affaire n’a fait qu’aggraver la controverse. Le milliardaire est déjà connu pour ses sorties douteuses, ses discours clivants et, plus récemment, ses comportements très limites ; et réagir de la même manière que les autres n’a jamais été sa tasse de thé.
Au lieu d’ordonner le retrait de la vidéo impliquée dans cette tragédie, il a publié des messages incendiaires sur son compte X, accusant le Premier ministre britannique de « privilégier les mosquées aux fillettes britanniques dans leurs cours de danse ». Que doit-on en conclure ? Qu’il est bien plus aisé pour lui de lancer des accusations politiques hors-sujet plutôt que de s’expliquer sur le rôle de X, même indirect, dans le meurtre sauvage de ces innocentes ?
Qu’il fait fi de la situation en alimentant les tensions sociales qui ont secoué l’Australie tout l’été dernier à la suite de l’agression de l’évêque ? Ou est-ce un énième coup de communication pour prouver son rôle de dirigeant outsider ?
La secrétaire d’État britannique à l’Intérieur, Yvette Cooper, est montée au créneau devant la Chambre des communes : « Les entreprises ne devraient pas tirer profit de contenus mettant en danger la vie d’enfants ». Une phrase tellement évidente qu’elle en dit très long sur l’époque que nous traversons : celle de l’échec de la régulation, où les entreprises placent leurs intérêts financiers avant le bien-être du collectif. De son côté, Axel Rudakubana vient de plaider coupable pour le meurtre qu’il a perpétré, et a été condamné à 52 ans de prison il y a quatre jours.
- Une vidéo violente, toujours accessible sur une grande plateforme, a inspiré un crime tragique en Australie.
- Contrairement à d’autres entreprises, X a choisi de la laisser en ligne.
- Musk a aggravé la controverse avec des déclarations provocantes et a refusé d’agir, la vidéo étant toujours consultable.
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