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“Y’a plus de saison !” : cette expression est-elle plus vraie aujourd’hui qu’autrefois ?

Qui n’a jamais entendu cette expression au détour d’une conversation bénigne ?

Lorsque vous faites vos courses au marché, à la sortie de votre ascenseur en croisant votre voisin/voisine ou lors d’une discussion entre amis. Le fameux « Y’a plus de saison ! »  est une expression souvent utilisée pour exprimer un sentiment de changement climatique perceptible (et sa variante : « On ne sait plus comment s’habiller ! ») . Avec l’été légèrement différent que nous avons connu dans l’Hexagone cette année, il y a de fortes chances qu’elle soit revenue à vos oreilles encore plus fréquemment.

Cette locution doit-elle être considérée comme une simple impression ou une réalité tangible, appuyée par des données scientifiques sérieuses ? Explorons un peu cette question en considérant les facteurs climatologiques, historiques et sociétaux qui l’entourent.

Les preuves scientifiques du dérèglement des saisons

Les relevés climatiques contemporains mettent en lumière une propension alarmante aux phénomènes météorologiques extrêmes (comme les ouragans) et à la déstabilisation des cycles saisonniers.

D’après les analyses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les données relevées sont assez nettes : les hivers s’adoucissent de plus en plus et les étés de plus en plus caniculaires. Vous pouvez trouver la synthèse du sixième rapport du GIEC sur ce site.

La fréquence des événements climatiques paroxystiques s’accentue de manière inquiétante. Tempêtes, inondations, périodes caniculaires, incendies extrêmes dus au dérèglement des températures. L’ensemble de ces bouleversements sont largement imputés à l’accroissement inexorable des émissions de gaz à effet de serre.

Parallèlement, les saisons transitoires, à l’instar du printemps et de l’automne, semblent s’étioler, perturbant ainsi profondément les rythmes naturels de la faune et de la flore. Les floraisons précoces et les migrations anticipées des oiseaux constituent des indicateurs irréfutables de ce dérèglement climatique. Ces altérations des cycles biologiques menacent la richesse de notre biodiversité et fragilisent dangereusement l’équilibre précaire de nos écosystèmes.

Des perceptions influencées par le vécu et les changements sociétaux

Le consensus scientifique est donc solidement établi à ce propos ; le dérèglement climatique est intrinsèquement lié aux activités humaines. Vous ne trouverez aucune publication scientifique un tant soit peu sérieuse prouvant l’inverse. Les preuves sont accablantes et reposent sur des décennies de recherches menées par des milliers de chercheurs à travers le monde.

En revanche, notre appréhension de la météo et des saisons se trouve profondément façonnée par le prisme déformant de nos souvenirs personnels. Les réminiscences de notre enfance, souvent empreintes d’une nostalgie idéalisée, nous font aisément omettre que les caprices climatiques ont de tout temps jalonné notre histoire.

De plus, la médiatisation exacerbée des phénomènes météorologiques extrêmes concourt à amplifier notre perception d’un dérèglement climatique. Les organes de presse, les réseaux sociaux omniprésents et les chaînes d’information en continu nous abreuvent inlassablement d’images de catastrophes naturelles, exacerbant ainsi notre sensibilité aux mutations environnementales.

Parallèlement, nos modes de vie modernes jouent un rôle prépondérant dans cette altération perceptive. L’urbanisation galopante, les rythmes professionnels frénétiques et la transformation des pratiques agricoles bouleversent irrémédiablement notre rapport à la nature et aux saisons.

L’érosion progressive des activités agricoles saisonnières, couplée à la disponibilité permanente de denrées jadis éphémères dans nos grandes surfaces, contribue encore plus à nous déconnecter du cycle naturel et immémorial des saisons.

Le climat a toujours varié

L’Histoire nous enseigne que les saisons n’ont jamais été d’une régularité immuable. Les recherches paléoclimatiques révèlent que les fluctuations naturelles sont inhérentes au climat terrestre.

Ainsi, le Petit Âge glaciaire, qui sévit du XIVème au XIXème siècle (1303-1860), plongea l’Europe dans des hivers d’une rigueur exceptionnelle, compromettant gravement les récoltes et engendrant des famines dévastatrices.

À l’inverse, l’Optimum climatique médiéval (appelé aussi embellie de l’an mille), qui s’étendit du Xème au XIVème siècle, se caractérisa par un réchauffement propice à l’expansion agricole dans les contrées septentrionales du Vieux Continent.

D’autres époques furent marquées par des soubresauts climatiques notables, telle la Renaissance, qui connut des étés caniculaires alternant avec des hivers glacials. Les oscillations climatiques de l’Holocène, notre ère géologique actuelle initiée il y a quelque 11 700 ans, témoignent également d’une alternance de phases de réchauffement et de refroidissement. Ces exemples illustrent la variabilité intrinsèque du climat au fil des siècles.

Néanmoins, la rapidité et l’ampleur des bouleversements climatiques contemporains sont sans précédent dans notre histoire récente. En effet, la progression fulgurante des températures et la recrudescence des phénomènes météorologiques extrêmes surpassent largement les variations naturelles observées par le passé.

Le « Y’a plus de saison ! » traduit donc une réalité ressentie par nombre d’entre nous ; réalité confirmée de plus par les données scientifiques. Les cycles saisonniers sont bel et bien perturbés et cette altération est perçue dans notre quotidien. Même si cette perception est enrichie par des facteurs subjectifs et culturels, les modèles climatiques prévoient tout de même une intensification de ces perturbations à l’avenir. L’expression est donc plus pertinente qu’autrefois, cela ne fait aucun doute.

  • Les relevés montrent des hivers plus doux, des étés plus chauds et une augmentation des événements météorologiques extrêmes.
  • Notre perception des saisons est influencée par des souvenirs personnels et une médiatisation accrue des catastrophes naturelles.
  • Même si le climat a toujours varié, l’ampleur et la rapidité des changements actuels sont inédits.

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