Un blog est un espace de liberté et d’expression personnelle. Ouais. Il n’empêche que même sur le blog le plus indépendant du monde de l’interweb (reste à définir la notion d’indépendance) on ne peut pas tout dire. Et je ne parle pas là des questions légales.

logobig 7 choses à ne jamais écrire dans un billet de blog

Le blogueur quelque peu expérimenté aura appris avec le temps – et parfois à ses dépens – qu’il est des choses qu’il vaut mieux éviter d’affirmer, au risque d’écorner sa crédibilité auprès de la frange la moins indulgente de son lectorat. J’ai beaucoup appris en cinq ans de blogging. J’ai fait des erreurs, nombreuses, j’ai pris des retours de flamme dont je porte encore les séquelles sur ma peau meurtrie mais durcie par les années. Mais maintenant je crois que je sais. Même si comme dirait l’autre, on ne sait jamais.

En tout cas je sais au moins cela : 7 choses qu’il ne faut jamais écrire dans un billet de blog, ou le petit guide de survie du blogueur.

1. N’annoncez jamais une info comme étant exclusive. Sauf si vous parlez de la dernière gastro de votre hamster, quelqu’un quelque-part l’a déjà publiée avant vous, forcément, et vous vous êtes encore fait avoir par ce mail qui vous « a réservé l’exclu rien que pour vous » dans un CP envoyé à 72 autres blogueurs (dont 53 se sont levés une demi-heure avant vous et 18 se sont couchés une demi-heure après). Sachez-le, il y a plein de gens qui vous veulent du bien mais il y a aussi parfois des personnes un peu maladroites, dont l’une des spécialités est de vous faire miroiter des exclus qui n’en sont pas.

2. Ne présentez jamais un service ou un site comme unique et totalement nouveau. Non, ne cherchez pas, ça existe déjà. Point. Et vos lecteurs exigeants ne manqueront pas de vous humilier en vous indiquant un lien vers 14 sites similaires. En général ça arrive à peu près vers le troisième commentaire. Et le cinquième tweet. Ou l’inverse.

3. Ne publiez jamais un article sur un service « en avant-première ». Voir plus haut : l’agence ou la marque qui vous a vendu ça a juste oublié de vous dire que le site tourne en beta (publique ou privée, peu importe) à l’url publique beta.lesite.com depuis 7 mois. Oui, déjà 10.000 membres inscrits qui connaissent le bazar par cÅ“ur et donc mieux que vous. Et qui vont s’empresser de vous le dire en se foutant de votre gueule. Dans le premier commentaire cette fois. Il n’y a que vous qui ne l’aviez pas vu, en fait. Moment de solitude.

4. N’annoncez jamais un test à venir si vous n’avez pas le produit en main. D’abord parce-qu’il ne faut jamais vendre la peau machin truc, mais aussi et surtout parce-qu’il pourrait arriver que celui-ci s’avère être une très grosse daube qui vous coupe toute envie de perdre une demi-journée à le tester et une autre demi-journée à rédiger votre foutu test. Je vous jure, ça m’est déjà arrivé et c’est horrible.

5. N’évoquez jamais un sujet réputé sensible si vous n’éditez pas un blog sur ce sujet. Il y a certains sujets qu’il vaut mieux éviter si vous tenez à votre santé mentale. Vous vous ferez systématiquement clasher à un moment ou à un autre par ceux qui savent. Ils sont nombreux, vigilants et sans pitié. S’applique entre autres à la politique bien sûr, mais aussi à l’écologie, ou au rap. C’est comme ça, cherche pas.

6. N’évoquez jamais vos revenus, à fortiori s’ils proviennent en partie de la publicité. Je l’ai fait. Je ne le fais plus. Nous sommes en France.

7. Ne dites jamais trop de bien d’une marque, d’un produit ou d’un service, même s’il le mérite et que vous le pensez sincèrement. Ou ne publiez jamais deux billets de suite au sujet de la même maison, celle-ci fut-elle au cÅ“ur de l’actualité. Car les grandes firmes vous manipulent, au cas où vous n’auriez pas remarqué. Montrez que vous n’êtes pas un pantin à la solde du capital : critiquez, flinguez, trouvez des failles. Ou inventez-en. Ob-jec-tif, vous êtes. Droit dans vos bottes.

Bien sûr, il y a des exceptions à toutes ces règles sinon elles n’en seraient pas. Bien sûr j’ai fait tout cela, et bien d’autres erreurs de jugement encore, et je ne garantis pas que ce la ne m’arrive pas de nouveau, gaffeur que je suis. J’ai payé pour voir, cash ou à crédit. Mais j’ai appris cette chose bizarre et protéiforme que l’on appelle auto-censure, qui s’érige naturellement en sixième sens comme un réflexe de survie quand on veut bloguer à peu près tranquille en grignotant du chocolat noir.

PS : je crois qu’il est utile que je précise après coup et à la lecture de certains commentaires que je ne brandis pas le cliché de « l’argent tabou en France ». Certains, comme mon pote Patrice Cassard, publient chaque mois le CA réalisé par leur activité sur le web, mais le contexte est totalement différent et ne peut être comparé. Dans le cas d’Archiduchesse (je prends cet exemple parce-que je le connais bien), il s’agit de montrer le CA généré par une boutique en ligne, ce qui est la définition d’un commerce. C’est le choix de Patrice et ça passe très bien. Ce qui est difficile, et sujet à polémique, est d’un autre ordre : dans le cas d’un blog on parle de monétisation de contenu, or ceci passe très mal aux yeux de certains, qui n’arrivent pas à admettre que l’on puisse faire de son site (blog ou webzine, peu importe) la source de son revenu principal. Autrement dit, on devrait écrire et bosser en gros entre 7 et 10 heures par jour (c’est mon taff moyen) gratuitement et bénévolement. C’est la tare originelle des blogs : pour rester de purs blogs, il ne doivent pas rapporter un Kopek à leur auteur. Ben voyons. C’est d’ailleurs un sujet intéressant, qui dépasse largement le cadre de Presse-citron, et qui touche aujourd’hui toute la problématique du financement de la presse et de l’information sur les supports numériques.