BlaBlaCar ne s’est pas construit en un jour

BlaBlaCar est l’une des trois licornes françaises, valorisĂ©e plus d’un milliard de dollars. Devant son succĂšs presque insolent se cache une histoire pas si Ă©vidente. DerriĂšre un fondateur charismatique, FrĂ©dĂ©ric Mazzella, un personnage intelligent, patient et audacieux.

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Article rédigé par Thomas Maßtre, fondateur de Vizir.co.
Cet article s’inscrit dans notre rubrique « Paroles de Pros » dans laquelle des acteurs rĂ©putĂ©s du numĂ©rique prennent la parole sur des sujets liĂ©s Ă  l’impact d’internet et des nouvelles technologies sur nos modes de vie.
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Un fondateur talentueux

FrĂ©dĂ©ric Mazzella est un jeune Ă©tudiant brillant. Lorsqu’on jette un Ɠil Ă  son CV on comprend tout de suite qu’il s’agit d’une personnalitĂ© hors norme. Henri IV, ENS, Stanford et la NASA, un parcours parfait qui le prĂ©destine Ă  une carriĂšre exceptionnelle.

Mais dĂ©jĂ  quelque chose montre son intĂ©rĂȘt pour l’innovation. En effet son choix de partir Ă  Stanford n’est pas anodin. Il affirme ĂȘtre parti lĂ -bas pour maĂźtriser l’anglais. Mais aussi et surtout parce qu’en 1999, la rĂ©volution internet prend forme dans la Silicon Valley. Il y effectue d’ailleurs un Master en Computer Science, la mĂȘme formation dont Ă©taient sortis quelques annĂ©es plus tĂŽt, entre autres, Sergey Brin et Larry Page (fondateurs de Google) et Mike Schroepfer (CTO Facebook).

Pas Ă©tonnant qu’il y dĂ©veloppe son envie d’entreprendre qui se transformera, une dizaine d’annĂ©e plus tard, en un leader des transports dans le monde.

Une idée simple, des débuts laborieux

L’idĂ©e lui vient justement en Californie oĂč, sur les routes, une voix est strictement rĂ©servĂ©e aux voitures qui transportent plus d’une personne. Il tourne autour de cette idĂ©e pendant plusieurs mois, sans trouver la bonne solution, adaptable mondialement. L’idĂ©e lui vient de retour en France, alors qu’il cherche Ă  rejoindre ses parents pour NoĂ«l en VendĂ©e. Les trains sont pleins. Il cherche alors quelqu’un qui partirait dans la mĂȘme direction au mĂȘme moment, afin de partager les frais de voiture. C’est parce qu’il avait lui mĂȘme ressenti le besoin de ce service qu’il a dĂ©cidĂ© de pousser la rĂ©flexion plus loin.

FrĂ©dĂ©ric Mazzella indique avoir commencĂ© Ă  travailler sur BlaBlaCar en 2004, le soir et les week-ends. Il dĂ©bute seul, Ă©crivant les premiĂšres ligne de code de sa premiĂšre version. C’est seulement en 2007 qu’il dĂ©cide d’intĂ©grer l’INSEAD pour dĂ©velopper sĂ©rieusement ce business. Ses objectifs sont simples :

  • apprendre Ă  crĂ©er et gĂ©rer une entreprise de taille mondiale,
  • dĂ©velopper son rĂ©seau (il y rencontrera l’un de ses associĂ©s, Nicolas Brusson, et plusieurs de ses collĂšgues actuels).

On constate dĂ©jĂ  que, entre le dĂ©but du travail sĂ©rieux sur la sociĂ©tĂ©, et la simple crĂ©ation officielle de l’entreprise, il se passe deux ans complets. C’est long. Surtout que l’annĂ©e suivante est majoritairement consacrĂ©e Ă  ses Ă©tudes. D’ailleurs, son autre associĂ©, Francis Nappez (CTO, rencontrĂ© par l’intermĂ©diaire de son voisin en 2006), explique que FrĂ©dĂ©ric et lui-mĂȘme n’ont travaillĂ© Ă  temps plein qu’à partir de 2008.

Il s’est donc passĂ© 4 annĂ©es entiĂšres entre les premiers jours de travail sur Covoiturage.fr et le moment oĂč les fondateurs s’y mettent Ă  temps plein.

La success story

Ces quatre ans de travail Ă  temps partiel ont permis aux fondateurs de faire mĂ»rir leur idĂ©e, de la tester grandeur nature, d’affiner leur proposition de valeur, de tisser leur rĂ©seau. Bien sĂ»r, ils auraient pu aller plus vite. Mais ils ne seraient peut-ĂȘtre pas allĂ©s aussi loin. C’est d’ailleurs une fois que leur produit est utilisĂ© par des dizaines de milliers de personnes en France, en 2008, qu’ils sentent que leur service a une vraie valeur, et qu’ils peuvent accĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement.

Sans revenir en dĂ©tail sur le succĂšs bien connu de l’entreprise devenue licorne, nous allons voir Ă  quelle vitesse va se dĂ©ployer Covoiturage.fr aprĂšs le vrai dĂ©marrage.

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Conclusion

BlaBlaCar ne s’est pas construite en quelques mois. La clĂ© du succĂšs de cette sociĂ©tĂ© vient aussi de la capacitĂ© des fondateurs Ă  s’offrir du temps, Ă  grossir peut-ĂȘtre moins vite sur les premiĂšres annĂ©es, ce qui leur a permis de tester le produit dans tous les sens (les employĂ©s du dĂ©but vous diront les nombreux pivots adoptĂ©s par la sociĂ©tĂ©) pour qu’une fois le bon modĂšle trouvĂ©, il n’y ait plus qu’à appuyer sur l’accĂ©lĂ©rateur. Et c’est exactement la façon dont cela s’est passĂ©. Depuis 2008, BlaBlaCar affiche une rĂ©ussite exceptionnelle. Elle double son nombre d’utilisateurs chaque annĂ©e, voire plus, affichant une croissance digne des gĂ©ants comme Dropbox, Airbnb ou Uber. BlaBlaCar crĂ©e un monopole sur le covoiturage (90% de part de marchĂ©) et dispose d’une image de marque trĂšs puissante dans plus de 20 pays, le tout en ayant rĂ©ussi la monĂ©tisation du service dans ses pays historiques. Bravo.

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3 commentaires

  1. Pingback: Succes Story | Pearltrees

  2. Bonne analyse qui illustre bien le pragmatisme de Frédéric Mazzella.
    A noter aussi que le time to market a été encouragé par des événements (notamment plusieurs épisodes de grÚves train et avion et le fameux volcan finlandais) qui ont boosté les inscriptions. A chÚque événement, Frédéric relatait le gain de +100.000 personnes.
    Comme quoi ĂȘtre en phase avec son marchĂ© intĂ©rieur est souvent un booster 😉

  3. Pingback: Une levée de fonds, une traversée du désert, et un rebond : l'exemple de 360Learning | Presse-Citron

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