Tout bon astronome amateur le sait : lorsqu’il sort sa lunette astronomique pour une petite session d’observation, les deux astres semblent se rapprocher jusqu’à presque se toucher dans le ciel post-crépusculaire. C’est ainsi depuis l’aube du Système solaire ; Vénus, la petite rocheuse, et Jupiter, la géante gazeuse, continuent leur éternel flirt céleste.
La dernière fois que cela s’est produit, c’était le 9 juin dernier, dix mois seulement après celle d’août 2025, elle-même précédée de celles de mai 2024 et mars 2023. Une conjonction planétaire par an, c’est énorme d’un point de vue statistique. Pourtant, si l’on vous envoyait à quelques centaines de millions de kilomètres du plancher des vaches, les fesses vissées dans le cockpit d’une capsule spatiale, l’illusion éclaterait : les deux sont aussi « proches » que deux navires sur deux océans différents.
Vénus et Jupiter : le plus vieux rendez-vous manqué de l’histoire
Pour comprendre ce petit tour de passe-passe orbital, comparons notre Système solaire à une pizza, une quiche, un disque ; bref, une forme circulaire et plate. Toutes les planètes orbitent autour du Soleil dans des trajectoires quasi concentriques, toutes contenues dans un même plan, comme des billes roulant sur une même nappe.
Le plan en question, c’est l’écliptique, celui de l’orbite de notre planète : il n’est incliné que très légèrement par rapport au plan invariable du Système solaire, c’est-à-dire le plan moyen de l’ensemble des orbites planétaires. C’est pourquoi, vues depuis la Terre, les planètes semblent toutes se déplacer le long d’une même bande du ciel, à quelques degrés seulement au-dessus ou en dessous de la trajectoire apparente du Soleil.
Vénus et Jupiter évoluent toutes deux le long de cette même ligne projetée sur notre ciel : par conséquent, elles se retrouvent inévitablement au même endroit dans notre champ de vision, comme deux coureurs sur une piste circulaire qui finissent toujours par se rattraper.
Ce phénomène est donc une question de perspective ; si vous changez de point d’observation, vous vous en apercevrez très rapidement. Imaginons que vous les admirez depuis la planète Mars, vous chercheriez en vain leur conjonction et ne percevrez que deux points lumineux éparpillés dans des directions différentes.
C’est une illustration parfaite de la 3ème loi de Kepler (aussi appelée loi des périodes), qui stipule que plus une planète est proche du Soleil, plus sa période de révolution est courte, et plus elle se déplace rapidement. Vénus, très proche de notre étoile, boucle sa révolution en seulement 225 jours, et Jupiter en 12 ans : à ces cadences-là, leurs positions relatives dans l’espace changent continuellement, mais nos yeux de Terriens les ramènent inlassablement sur la même bande du ciel. Un ballet orbital qui durera ad vitam æternam à l’échelle de l’espèce humaine, et qui ne prendra fin que lorsque le Soleil entrera dans sa phase de géante rouge, ou si, par malheur, une collision cataclysmique avec une planète vagabonde venait briser ce cycle immuable.
- Vénus et Jupiter semblent se rapprocher dans le ciel nocturne, mais sont en réalité séparées par des milliards de kilomètres.
- Leur conjonction régulière est une illusion d’optique due à leurs orbites sur le même plan, l’écliptique.
- La différence de vitesse de révolution entre les deux planètes crée cette illusion, qui perdurera jusqu’à l’évolution du Soleil.
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