La question est récurrente, et je ne suis pas le premier à la poser : l’âge d’or des blogs est-il révolu ?

Quelques indices laissent penser qu’effectivement la plus belle période serait derrière nous. Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on considère comme « l’âge d’or ». Si l’on s’appuie sur des critères comme la croissance régulière et exponentielle du trafic, alors oui, on doit pouvoir dire sans trop se mouiller que la plupart des principaux blogs, notamment high tech, connaissent depuis quelques mois sinon une baisse du moins un tassement de leur croissance. Ce qui signifie que celle-ci continue à progresser, mais probablement moins fortement que durant la période faste de 2005-2008. Contredisez-moi avec des exemples si je me trompe.

tw Commentaires et discussions : la grande évasion

Stagnation ou maturité ?

Si l’on considère les choses du point de vue du verre à moitié plein (surtout s’il y a un bon mojito dedans), on peut aussi analyser cette stagnation comme un palier temporaire qui préfigure une prochaine période de croissance, celle où le grand public investira en masse les médias sociaux. La courbe de croissance de l’audience de Presse-citron a toujours fonctionné selon cette logique : des périodes de 3 à 6 mois de forte augmentation du trafic suivies de phases de stagnation d’un trimestre, l’ensemble formant un escalier aux marches relativement régulières sur une période de 5 ans.

Toujours dans cette logique, on peut également considérer que les blogs sont arrivés à maturité, et que les plus anciens (ou les plus fréquentés) se sont un peu institutionnalisés, qu’ils font partie du PIF (paysage internet français), et que leur audience ne grossira plus de façon aussi forte que durant la période précédente.

Enfin, si l’on attribue ce palier de croissance à l’explosion de l’audience sur les réseaux sociaux (Twitter et Facebook principalement), qui par effet de vases communicants aspirent les internautes qui auparavant passaient davantage de temps sur les blogs, on peut aussi considérer que ce trou d’air est temporaire, dû à un effet de hype qui se tassera au profit des autres sites, et que ces derniers retrouveront une progression régulière quand le mouvement de balancier leur sera de nouveau favorable.

Bref, les blogs ne sont pas morts, ils sont juste mûrs. Sinon qui va produire du contenu ? Certainement pas Twitter, qui n’est qu’un relais. Ce qui m’évoque d’ailleurs une analogie que l’on pourrait faire avec l’économie des biens et des services : les entreprises de services existent parce-qu’il y a en amont des entreprises industrielles pour produire des biens. Sur le web, les créateurs de contenu sont les manufacturiers et les réseaux sociaux représentent le tertiaire. Et comme dans l’économie traditionnelle, le tertiaire pourrait devenir le secteur le plus important. Ca vaut ce que ça vaut mais j’y crois.

On discute, mais chez les autres

Il y a en revanche un domaine où l’empreinte des réseaux sociaux se fait réellement sentir. Ce domaine ce sont les discussions. Avec l’avènement de Twitter nous avions déjà constaté un déplacement des commentaires sur le site de micro-blogging, y compris de réactions à des articles publiés dans les blogs, mais j’ai le sentiment que ce phénomène s’amplifie très fortement depuis quelques semaines. Les commentaires connaissent un effet de dispersion important, sur Twitter mais maintenant aussi sur Facebook, notamment du fait que nos articles sont publiés, republiés, tweetés, re-tweetés ou agrégés automatiquement un peu partout. Du coup le visiteur réagit spontanément de là où il, est sans forcément revenir sur la source d’origine. En fait Twitter et les autres ne créent pas de contenu (ils le reprennent juste), mais ils sont un support pour faire du contenu à partir des discussions. Résultat : moins de commentaires par article sur les blogs, et les discussions qui partent dans le nuage… Même si des extensions comme BackType permettent de rapatrier automatiquement les commentaires sur son blog.

Je me demande si ce dernier phénomène n’est pas plus préoccupant pour celui qui produit du contenu, qu’une éventuelle stagnation de son audience. Car – vous le savez, c’est un de mes crédos – les discussions constituent l’essence même des blogs (pas loin de 100.000 commentaires sur Presse-citron pour près de 5000 billets publiés, je vous laisse faire le calcul pour trouver qui produit le plus de contenu ici). Si les gens qui passent chez vous viennent juste prendre une part de gâteau et se barrent chez le voisin pour le déguster et bavarder autour, la maison va être moins animée, et donc moins gaie, forcément.

En fait, même si certains sont marginaux, il y a plusieurs modes de dispersion des commentaires, qui constituent chacun une fuite de la matière vivante qui normalement caractérise les blogs : quand un billet est publié, il est donc commenté sur le blog lui-même, mais aussi sur Twitter, Facebook, par email (il m’arrive de recevoir des commentaires par email). Et ces commentaires ne s’additionnent pas : ils se soustraient de ceux postés sur le blog.

S’adapter ou mourir ?

Les réseaux sociaux et le micro-blogging, dont l’émergence et la croissance ont accompagné celle des blogs avec l’arrivée du Web 2.0, seraient-ils en train de jouer un mauvais tour aux blogueurs en leur mangeant la laine sur le dos ? Je ne le crois pas, mais le risque existe. Il est certain que les lignes bougent, et que les blogs vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne, tant du point de vue technique qu’éditorial.

Se réinventer, se remettre régulièrement en question : une routine d’entrepreneur. Sinon tu es mort.

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