Article écrit par Gaëlle-Marie Zimmermann[1] pour Presse-citron à l’occasion de la Journée de la Femme.

gaelle1 [Journée de la Femme] Journée de la Chatte / Journée de la Bite : vents contraires et tempête dans un verre d’eau, par Gaëlle Marie Zimmermann Quelles sont véritablement les différences entre un homme et une femme ? Non, je ne parle pas des différences qu’on déplore, ni de celles contre lesquelles on se révolte…

Je parle ici des différences fondamentales, intrinsèques. Et qu’on ne vienne pas m’emmerder avec la vomitive série des Mars et Vénus de John Gray : il suffit de lire l’excellent livre de Sophie Cadalen (« Toi Mars, moi Vénus… ou le contraire… », paru chez Leduc) pour piger que le Mâle et la Femelle n’ont finalement de différences que celles qu’on cautionne joyeusement, et qu’il est bien plus constructif et libérateur de constater les différences entre les individus plutôt que celles liées au genre, sans oublier que réduire l’homme et la femme à une série d’incompréhensions mutuelles en donnant des recettes à la con ne fait qu’entériner la difficulté à communiquer, prônant une sorte de pitoyable résignation comme modèle de pensée.

Alors quelles sont les différences entre un homme et une femme ? Eh bien c’est très simple :

La femme possède un cerveau, une chatte, des seins et tout un tas de trucs aussi utiles qu’agréables, permettant au choix : de mettre bas, de se faire reluire le clitoris pour décrocher des orgasmes, de baiser avec son prochain ou sa prochaine, de devenir bilingue français/html, de crocheter de la dentelle et de rentrer 20 stères de bois avant l’hiver.

L’homme est, quant à lui, doté d’un cerveau, d’une bite, de couilles et d’un attirail assez plaisant, permettant au choix : de s’astiquer le manche pour se faire plaisir, de baiser avec son prochain ou sa prochaine, de devenir bilingue français/html, de crocheter de la dentelle et de rentrer 20 stères de bois avant l’hiver.

Oh mais oui, je saiiiiis, c’est si réducteur et simpliste, et c’est une caricature, et c’est de la mauvaise foi, et allons-y pour la levée de boucliers, mais comme c’est la Journée Officielle de la Chatte, je fais ce que je veux, c’est mon privilège du jour (autant dire que la Journée de la Chatte, c’est tout le temps en ce qui me concerne. Eh oui… N’étant ni afghane ni excisée, j’ai grave de la moule, mais je ne vais pas m’en excuser non plus, hein ?).

Voilà. Donc la Journée Officielle de la Chatte, c’est un peu de la connerie, parce qu’au final, ça reste assez réducteur. Malgré l’importance du symbole, malgré la tristesse à l’idée de ces femmes maltraitées, mutilées, torturées, battues, méprisées, humiliées dans le monde, la Journée Officielle de la Chatte, je ne trouve pas ça très élégant. Et je m’en bats la rondelle des empêcheuses de penser en rond qui prétendront que je crache sur le féminisme, car c’est faux : je respecte le féminisme auquel je dois tant de choses, à commencer par la liberté de faire ce que je veux de mon cul, de pondre ou de ne pas pondre (telle est la question d’ailleurs si l’on contemple les stupides polémiques sur le sujet), celle d’écrire ce que je veux, celle de dépenser librement le pognon que je n’ai pas et celle enfin d’exercer librement le métier de mon choix.

Mais la Journée Officielle de la Chatte, sans déconner, ça me fait bien marrer. Je n’adhère pas.

J’adhère aux initiatives concrètes visant à lutter contre les trucs révoltants, ou encore des actions plus isolées mais tout aussi lourdes de sens, comme le fait de faire foutre en taule chaque connard qui tabasse sa gonzesse… Celles qui foutront le bordel dans toute boîte qui se permettra de placardiser une femme au retour d’un congé-mat. Celles qui feront que certaines femmes ne joueront plus double-jeu en exigeant l’égalité mais en la refusant au quotidien.

Mais j’adhère surtout, et de façon profondément engagée, au refus de valider des différences qui entretiennent une guerre au lieu d’avancer vers la paix.

J’aime les hommes. Et les femmes (ce n’est pas un scoop).

Je demande donc solennellement la création d’une Journée Officielle de la Bite.

Parce que l’égalité, c’est aussi ça. Que les conneries réservées aux Femmes soient partagées avec les Hommes. En toute égalité.

Pour la Journée de la Bite, donc, dressons-nous, telle une queue au garde-à-vous devant la ficelle d’un string, contre de poignantes injustices dont les hommes sont victimes. Parce que les hommes, en 2009, ils en bavent aussi. Et j’aimerais bien qu’on cesse de faire croire à tout le monde que les choses sont TOUJOURS plus difficiles pour les femmes.

Je propose donc une première liste (non exhaustive) de doléances masculines pour lesquelles, hommes et femmes enfin unis, nous militerons avec ferveur.

Pour l’égalité, et à la faveur de la Journée Officielle de la Bite, les hommes demandent…

… Le droit de tout avoir en même temps : carrière, famille et loisirs. Il est absolument inadmissible qu’on regarde de travers un homme qui prend ses 14 jours de congés à la naissance de son gamin. Il est absolument inadmissible qu’un homme, pour progresser dans sa carrière, soit obligé de sacrifier sa vie privée en travaillant jusqu’à des heures indues.

… Le droit de galérer pour trouver le clitoris de sa partenaire, et d’avoir une deuxième, voire une troisième et une quatrième chance après des cunnilingus ratés. Quand on voit les pipes de merde que certaines enragées infligent aux mecs et pour lesquelles ils ne peuvent protester, reconnaissant qu’ils se doivent d’être parce qu’on les suce ENFIN, l’égalité a encore du chemin à faire.

… Le droit de ne pas comprendre les femmes. Les hommes, selon les femmes, sont vraiment cons parfois. Mais les femmes, euh, comment dire ? Enfin les connasses sauront de quoi je parle.

… Le droit de ne pas se voir punir au moment du divorce d’avoir été un conjoint merdique en se voyant privé des enfants. Un époux nul ne signifie pas forcément un père nul. Et aussi surprenant que ça puisse paraître, il y a des hommes à qui ça brise le cœur de ne voir leurs enfants qu’un week-end sur deux (attention, je mets à part les cas pathologiques de connards nuisibles pour leurs mômes ou de mecs qui n’ont pas levé le petit doigt pour leurs gamins avant la séparation et qui se découvrent soudain un super esprit de compétition, faisant de leurs mômes un enjeu dans la guerre des Rose). Oui, les mecs aussi aiment leurs enfants. Fort, avec le cœur qui fond. Ils ne devraient donc pas être punis. Même s’ils ont baisé ailleurs pendant le mariage ou pas vidé le lave-vaisselle (rien à voir).

… Le droit de cesser de cautionner les survivances d’une époque où la femme était une merde soumise et sans ressources comptant pour quantité négligeable dans la société en terme de pouvoir d’achat ou de puissance décisionnelle : donc, vous êtes gentilles les filles, mais au nom de l’égalité, ce sera fifty/fifty au restau, vous ouvrirez vos portières de bagnoles vous-mêmes, tiendrez seules les portes d’entrée, laisserez passer les hommes en premier dans les couloirs et porterez vos courses. Non parce qu’en définitive, tous ces usages appelés « galanterie » vous maintiennent dans une illusion de vulnérabilité, d’infériorité : halte à l’injustice ! Vous êtes leurs égales.

… Le droit de ne pas bander sans que vous ne le preniez comme une insulte à votre potentiel de désirabilité.

… Le droit de vous trouver chiantes et connes sans passer pour des machos condescendants. Il suffit d’assister à une seule soirée « de filles » pour piger que le sexe qui méprise l’autre n’est pas forcément celui qu’on croit.

… Le droit de ne plus payer pour des siècles d’oppression de la femme. Parce que les hommes, là, en 2009, n’y sont pour rien en fait (enfin la plupart…).

… Le droit d’attirer, enfin, l’attention sur le fait que ce sont parfois les femmes elles-mêmes qui font du tort à l’égalité des sexes, en signalant notamment que certaines d’entre elles (une minorité heureusement) militent activement contre l’IVG et pour le retour de la femme à la maison.

Alors toutes et tous ensemble, pour la Journée Officielle de la Bite, le 8 mars (oups ! Là on est dans l’égalité extrême, oui, décalez-vous un peu la touffe mes chéries, y a de la place pour tout le monde) !

Non au nouveau sexisme, et oui à l’universalisme social, qui dépassera les clivages de genre.

Le lien « mine d’or » du féminisme contemporain :

http://www.feministes.net/liens.htm


[1] initialement de formation juridique (Master de droit privé), Gaëlle-Marie Zimmermann est pigiste, rédactrice en chef d’un magazine en ligne sexo, auteur de « le plaisir mode d’emploi » chez MA Editions, et auteur d’un second livre (toujours en sexo, consacré aux préliminaires), à paraître en juin chez le même éditeur.
Son blog : Journal d’une peste.