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Portrait – 6 infos clés pour comprendre Mira Murati, l’une des figures les plus importantes de l’IA qui a façonné ChatGPT

De l’ombre de ChatGPT à la tête d’une startup valorisée 12 milliards de dollars, Mira Murati s’est imposée comme l’une des figures les plus influentes et convoitées de la Silicon Valley. Retour sur la carrière de l’un des personnages les plus influents dans l’écosystème de l’IA.

Si une personne a façonné la manière dont des milliards de personnes expérimentent l’IA aujourd’hui, c’est bien Mira Murati. En tant que directrice technique d’OpenAI pendant des années, elle a supervisé les équipes derrière ses produits les plus populaires, transformant des modèles de frontière en technologies utilisables par le grand public. Loin des effets de hype ou des démos spectaculaires, cette ingénieure de formation s’est imposée par sa capacité à faire fonctionner la technologie dans le monde réel avec des contraintes d’usage et de sécurité.

Elle fait aussi partie de la longue liste d’anciens dirigeants d’OpenAI qui ont quitté le navire pour lancer leur propre structure. Avec la création de Thinking Machines Lab, elle propose une nouvelle philosophie : rendre les systèmes d’IA plus accessibles, personnalisables, transparents et alignés avec l’humain. Portrait.

Une formation pensée pour maîtriser les systèmes complexes

Née le 16 décembre 1988 à Vlorë, en Albanie, au cours des dernières années du régime totalitaire du pays, Mira Murati grandit dans un contexte de bouleversements politiques et d’incertitude économique. Encouragée par ses parents, tous deux professeurs de littérature, elle se passionne très tôt pour les mathématiques et les sciences.

À 16 ans, elle décroche une bourse du programme United World Colleges pour intégrer le Pearson College sur l’île de Vancouver, au Canada, dont elle sort diplômée du Baccalauréat International en 2007. Elle poursuit ensuite un cursus universitaire académique sous la forme d’un double diplôme : un Bachelor of Arts en mathématiques obtenu au Colby College en 2011, suivi d’un Bachelor of Engineering en génie mécanique à la Thayer School of Engineering du Dartmouth College en 2012.

Chatgpt
© Primakov / Shutterstock.com

De Tesla à Leap Motion

Le parcours professionnel de Mira Murati débute en 2011 par un stage d’été en tant qu’analyste chez Goldman Sachs à Tokyo, rapidement suivi d’une expérience d’ingénieure en concepts avancés chez Zodiac Aerospace, entreprise spécialisée dans dans les équipements et systèmes aéronautiques, notamment les sièges d’avions et les aménagements de cabine.

C’est en 2013 qu’elle franchit un cap décisif en rejoignant Tesla comme cheffe de produit senior sur le programme de la Model X. Dans cet environnement critique où le logiciel rencontre le matériel, la sécurité des clients et les contraintes de fabrication, elle se forge une conviction : lancer vite ne sert à rien si le système échoue une fois confronté au monde réel. C’est ici qu’elle prend la mesure de l’impact de l’IA sur les transports.

En 2016, elle devient vice-présidente du produit et de l’ingénierie chez Leap Motion, une jeune pousse spécialisée dans la réalité augmentée et les technologies d’interaction, et approfondit sa réflexion sur l’interface homme-machine et notre rapport à l’information.

L’architecte des succès d’OpenAI

C’est en juin 2018 que Mira Murati rejoint OpenAI comme vice-présidente de l’IA appliquée et des partenariats. Elle gravit rapidement les échelons : promue vice-présidente senior de la recherche, du produit et des partenariats en 2020, elle devient directrice de la technologie (CTO) en mai 2022. À ce poste, elle supervise le développement et le lancement de technologies qui vont changer le secteur : la série des modèles GPT, ChatGPT, DALL-E, Codex ou encore Sora, tout en pilotant les équipes de recherche, de produit et de sécurité. Sa méthode repose sur des déploiements progressifs, des contrôles de sécurité rigoureux et une communication claire sur les limites de l’IA.

En novembre 2023, elle se retrouve propulsée au cœur d’une crise médiatique majeure lorsque le conseil d’administration d’OpenAI évince brutalement Sam Altman. Nommée PDG par intérim, son mandat ne dure que trois jours avant l’arrivée d’Emmett Shear, puis le retour d’Altman.

Elle quitte finalement OpenAI en septembre 2024 pour mener ses « propres explorations », ouvrant la voie à une nouvelle étape de sa carrière.

Thinking Machines Lab : une levée record

En février 2025, Mira Murati concrétise ses ambitions en fondant Thinking Machines Lab, une entreprise à mission visant à rendre les systèmes d’IA plus accessibles, personnalisables et performants. Pour bâtir ce projet, elle rassemble une équipe de pointe d’environ 30 chercheurs et ingénieurs issus de concurrents majeurs comme Meta, Mistral et OpenAI.

Cette dynamique permet à la jeune pousse de réaliser un tour de table d’amorçage historique de 2 milliards de dollars, mené par Andreessen Horowitz avec la participation du gouvernement albanais et de géants comme NVIDIA, AMD ou Accel, valorisant l’entreprise à 12 milliards de dollars.

Depuis, l’entreprise est au cœur de la guerre des talents qui se joue dans la Silicon Valley. Si ses équipes ont d’abord résisté à un raid agressif de Mark Zuckerberg proposant des packages financiers colossaux, Meta a fini par débaucher plusieurs membres fondateurs clés, dont le cofondateur Andrew Tulloch et l’ingénieur Joshua Gross. D’autres départs ont suivi vers OpenAI, poussant Murati à recruter du sang neuf.

Une nouvelle approche du produit IA

En octobre 2025, Thinking Machines Lab lance son tout premier produit commercial : Tinker. Loin de chercher à concevoir un énième chatbot grand public à la manière de ChatGPT, Tinker est une API pensée pour les chercheurs et les développeurs. Elle leur permet de personnaliser et d’affiner des modèles open source de frontière avec seulement quelques lignes de code, sans avoir à gérer la lourde complexité des infrastructures de calcul.

Mais la vision de Mira Murati va plus loin que les simples outils d’optimisation. Lors de sa première apparition médiatique majeure depuis plus d’un an, elle a dévoilé le développement de ce que son entreprise nomme les « modèles d’interaction ». L’objectif est de rompre avec la dynamique classique du « chacun son tour » qui régit aujourd’hui la plupart des IA.

Et la semaine dernière, Thinking Machines a pris le contrepied de la Silicon Valley avec Inkling, un modèle open weight qui permet à n’importe quelle entreprise de le télécharger, le réentraîner et l’héberger en toute indépendance.

Une gouvernance pragmatique face au futur de l’IA

Opposée au sensationnalisme et aux prédictions alarmistes, Mira Murati privilégie une gouvernance pragmatique basée sur des déploiements progressifs et le test en conditions réelles. Concernant l’impact de l’IA sur le marché du travail, la dirigeante ne masque pas les transformations à venir, mais rejette l’idée d’un remplacement brut de l’humain. Elle défend, comme nombre de ses homologues, une vision où les modèles agissent comme des amplificateurs de compétences, automatisant les tâches répétitives pour libérer du temps de création et de réflexion.

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