Milieu d’après-midi de septembre indien, fin d’été qui s’étire langoureusement.
Fred, un colocataire (nous étions 5 freelances à partager un étage de locaux professionnels à l’époque) fait irruption dans mon bureau, pas plus affolé que ça : t’as vu, il parait qu’il y aurait un avion qui se serait écrasé sur New-York…
Non, pas vu. Pas au courant, pris que je suis par un travail à rendre pour un client, pour lequel je suis déjà à la bourre.
Tu jetterais pas un oeil sur le web pour voir ce qu’ils disent ?
Bon ok, j’ouvre ma page par défaut Free, et là je vois cette petite photo du haut de la première Tour du World Trade de laquelle se dégage cette fameuse fumée noire. Pas plus impressionné que ça, d’autant que le commentaire indique un accident d’avion, probablement un avion de tourisme.
Pas de quoi fouetter un Ben Laden, quand même.
Je me replonge dans mon Photoshop, essayant de me concentrer sur mon écran malgré la lumière radieuse qui inonde mon bureau (comme ces jours-ci, tiens…) quand j’entends un autre de mes colocataires pousser un cri : Putain, y en a un autre !.
Un autre quoi ? Un autre avion ? Ah, cette fois ça commence à faire.
Pratiquement au même moment, mon téléphone sonne : ma chère et tendre – qui ne travaille pas ce 11/09/2001 – commence à tout me raconter par le menu, car les TVs ont interrompu leurs programmes pour suivre les évènements en direct.
Je n’en crois pas mes oreilles. Du coup je mets la radio. Guillaume Durand, sur Europe 1, assure une édition spéciale en direct absolument improvisé complètement ahurissante, et tient l’antenne de 16:00 h à pas d’heure dans la nuit.
Je ne bosse plus, j’ai tout largué, je suis scotché à ma radio, je ne veux pas rentrer car je ne veux rien perdre de ce qui se dit. J’essaie de me connecter à ma webcam préférée pour avoir une vision de l’ambiance apocalyptique que j’imagine régner à Manhattan (je n’ai encore aucune image à part cette même petite vignette sur différents sites). Le web devient de plus en plus lent, de moins en moins accessible, et ma pauvre webcam a rendu l’âme depuis longtemps : écran noir.
Durand sur Europe hurle dans le micro : c’est invraisemblable, la tour s’écroule, la tour est en train de s’éffondrer, elle a disparu, il n’y a plus rien !
Je ne le crois pas, je refuse de le croire, je pense que c’est encore une de ces exagérations de journaliste, au pire l’antenne se sera décrochée et quelques vitres auront sauté avec l’impact. Un avion de tourisme ! Quel baratineur ce Durand, toujours prêt à tout pour se faire mousser. Une tour du WTC qui s’éffondre, mais bien sûr, qui va croire ça ?
Blackout.
Fin de journée. Je me décide à m’arracher de mon bureau et à rentrer.
J’arrive pour les JT du soir.
Je ne crois pas ce que je vois, je ne peux pas le croire. Je suis fasciné, littéralement scotché.
Je ressors ces photos prises quelques temps auparavant ou nous sommes mon épouse et moi en haut d’une des tours, celle avec la terrasse supérieure, à l’air libre et frais du New-York d’avril, et j’essaie d’imaginer…
Et vous vous étiez où le 11/09/01 ? Vous faisiez quoi ? Vous l’avez appris comment ?

(*Windows on the world : le nom d’un resto au somment de l’une des tours et accessoirement titre d’un bouquin de Frédéric Beigbeder sur la chose)