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La population mondiale pourrait commencer à diminuer d’ici la fin du siècle : quelles conséquences pour nos sociétés ?

L’odyssée de l’espèce humaine est sur le point d’atteindre son pic. Nous avons craint, durant tout le XXe siècle, que la surpopulation étouffe la planète ; mais le XXIe s’annonce très différent de ces prévisions.

Depuis la fin de la pandémie de Peste noire qui a frappé l’Europe à la fin du Moyen Âge, la population mondiale a connu une croissance exponentielle, qui s’est accélérée à partir de 1700-1800 lors de la première Révolution industrielle. L’humanité a atteint, à ce moment-là, son premier milliard d’individus. Le deuxième milliard est décroché en 1927, juste avant la Grande Dépression. Puis, le rythme s’est emballé : 3 milliards en 1960, 4 milliards en 1974. En l’espace d’une seule vie humaine, la population a doublé, puis encore presque doublé pour atteindre les 8,3 milliards d’habitants en ce début d’année 2026.

Si le train démographique était lancé à pleine vitesse, c’est parce que le taux de fécondité mondial était de 5 enfants par femme en 1950. Aujourd’hui, il est en chute libre « dans toutes les régions du monde » selon David E. Bloom, professeur à Harvard, et s’établit autour de 2,2 à 2,3, soit à peine supérieur au seuil requis de 2,1 pour assurer le remplacement de la population à long terme. Selon les dernières évaluations, il se stabilisera à ce niveau dans les années 2080, ce qui nous emmènera à un pic de population estimé à 10,3 milliards d’habitants selon le World Population Prospects 2024. Assistons-nous aux prémices d’une crise démographique, ou au contraire à la fin d’un cycle de croissance sauvage entamé il y a dix mille ans ? Que se passera-t-il, une fois que le sommet de 2084 sera derrière nous ?

L’hiver démographique arrive

Les 12 ou 15 milliards d’individus en 2100 dont faisaient état certains rapports dans les années 1990 ne sont plus à l’ordre du jour ; mais pour autant, cette inversion démographique ne doit pas nécessairement être vue comme une récession. Pour le comprendre, il est nécessaire de s’extraire de la logique qui a dominé l’Histoire depuis l’invention de l’agriculture au Néolithique. Pendant des millénaires, la richesse d’une civilisation était prisonnière de la force physique : pour doubler une récolte ou construire une cité, il fallait doubler le nombre de bras ; c’était une relation linéaire. La démographie était le seul moteur de la croissance, tissant un lien indéfectible entre le volume de la population et le niveau de production.

Un modèle de croissance dite extensive, dont nous commençons tout juste à sortir. Depuis les grands sursauts technologiques du siècle dernier, la valeur économique d’un pays se mesure non plus par le nombre de ses habitants, mais par sa productivité par tête et sa capacité d’innovation. De nos jours, un seul ingénieur ou un technicien spécialisé, épaulés par une infrastructure robotisée et des outils d’intelligence artificielle, génèrent une valeur ajoutée qu’une armée d’ouvriers du XIXe siècle n’aurait pu atteindre en une vie entière.

Un passage du quantitatif au qualitatif, comme l’explique très justement David E. Bloom. « Ce n’est pas tant le nombre total de personnes qui compte, mais plutôt le nombre de personnes en bonne santé et bien éduquées qui détermine la productivité », explique-t-il. Si la population mondiale diminue, mais qu’elle est mieux éduquée, jouit d’une meilleure espérance de vie en bonne santé tout en disposant de moyens technologiques plus avancés, il n’y aucune raison pour que le niveau de vie par habitant chute.

C’est ce capital humain qui compensera positivement la baisse de la fécondité, et in fine, préviendra le déclin économique que les modèles d’il y a 30 ans prédisaient. Toutefois, relativisons cette hypothèse, puisqu’il est tout à fait possible que nous nous trompions de nouveau ; il est chimérique que d’analyser froidement cette dynamique sous le seul prisme de la productivité. Si elle peut contrebalancer la perte du nombre sur le papier, qui nous dit qu’elle garantira la cohésion sociale, la paix entre les nations, la survie d’un monde où un seul actif portera sur ses épaules le poids médical et financier de trois ou quatre retraités ? Nous vous le donnons en mille : absolument rien. « Tout est possible, et rien ne l’est ; tout est permis, et rien. Quelle que soit la direction choisie, elle ne vaudra pas mieux que les autres » écrivait Emil Cioran, dans son ouvrage Sur les cimes du désespoir. La science peut bien nous promettre que le pic de 2084 marquera le sommet de notre efficience, elle reste cruellement muette quant au vertige de n’avoir plus aucune direction qui vaille d’être prise : le dégoût est un plat qui ne se mange pas.

  • La population mondiale atteindra un pic de 10,3 milliards vers 2084, suivi d’une probable diminution.
  • Cette décroissance démographique pourrait ne pas entraîner de récession économique si la population est bien éduquée et en bonne santé.
  • L’impact sur la cohésion sociale et le bien-être reste incertain, soulevant des questions sur l’avenir des sociétés face à cette transition.

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