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Crises mondiales : pourquoi le déni nous conduit à la catastrophe

Le déni semble être devenu la réponse par défaut de nos sociétés face aux crises globales. Une ignorance collective qui nous mène droit dans le mur.

En ce début tumultueux de l’année 2024, notre planète semble vaciller sous le poids de crises sans précédent. Des conflits dévastateurs engendrent un exode massif et menacent d’inanition des populations entières à Gaza et au Soudan. Les affrontements armés se propagent, fauchant un nombre effarant de vies civiles, atteignant des sommets inégalés depuis plus d’une décennie. Certaines pandémies réapparaissent (ce n’est que le début), d’autres s’empirent, et le climat s’emballe inexorablement.

Paradoxalement, face à ce maelström de calamités, une tendance inquiétante se dessine : le déni et la minimisation des périls deviennent monnaie courante. Cette posture déconcertante soulève des interrogations sur les mécanismes qui nous ont conduits à cette situation alarmante et sur les répercussions potentielles de cette attitude. Comment expliquer ce paradoxe et quelles en seront les conséquences à long terme pour notre société ?

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Le phénomène de déni collectif face aux crises apparaît comme un mécanisme psychologique permettant à la société de maintenir une apparence de normalité malgré des circonstances alarmantes. La pandémie de COVID-19 nous en a offert une illustration saisissante, surtout de l’autre côté de l’Atlantique.

Au cours de cette crise sanitaire, la décision du CDC américain (Centers for Disease Control and Prevention, équivalent de Santé publique France) de réduire les exigences de suivi des hospitalisations a joué un rôle déterminant dans ce processus de minimisation. En avril 2024, l’organisme a levé l’obligation pour les établissements hospitaliers de rapporter les admissions et taux d’occupation liés au virus.

La journaliste scientifique Laurie Garrett qualifie période de « phase d’obscurité de l’épidémiologie », dans un tweet sur X.com soulignant la perte d’un outil essentiel pour surveiller l’évolution de la pandémie. Cette absence de suivi a engendré une illusion de normalité, et ce, même lorsque les indicateurs de positivité et de mortalité s’aggravaient. Par exemple, pendant que les taux de positivité et de mortalité augmentaient, les tweets provenant de sources officielles diminuaient, réduisant ainsi la visibilité de la crise sanitaire.

L’utilisation de termes comme « endémique » ou « durant la COVID » contribuait à banaliser la gravité de la situation auprès des Américains. Ainsi, malgré plus de 73 000 décès liés à la COVID-19 aux États-Unis en 2023, cette réalité est souvent minimisée par des comparaisons trompeuses avec les années précédentes. Une minimisation accompagnée de phrases comme « moins d’hospitalisations que l’année dernière ».

En définitive, ce déni collectif, alimenté par la minimisation et le manque de transparence, permet à la société de fonctionner en apparence normalement, tout en occultant des crises profondes. Cette accoutumance à des niveaux croissants de souffrance et d’instabilité compromet notre capacité à réagir efficacement aux crises.

Les conséquences du déni

Le déni collectif face aux crises mondiales engendre des répercussions importantes, l’exemple donné en première partie n’en est qu’un seul parmi d’autres. En s’accoutumant à des niveaux croissants de détresse et d’instabilité, nous risquons une insensibilisation générale, altérant profondément notre perception des enjeux planétaires.

Les chercheurs évoquent désormais des concepts tels que la « polycrise » (voir cet article du Forum économique mondial) ou les « temps postnormaux » (article paru dans la revue Future il y a 14 ans) pour dépeindre la complexité et l’ampleur des défis contemporains, soulignant l’interconnexion des crises auxquelles nous sommes confrontés.

Le dérèglement climatique en est une illustration frappante. Malgré des records de température et la multiplication des catastrophes naturelles, la réaction collective demeure souvent empreinte d’une passivité déconcertante. L’année 2023, marquée par des chaleurs intenses et un nombre inédit de désastres climatiques faramineux, n’a pas suscité la mobilisation escomptée. Cette apathie nous conditionne dangereusement à accepter une réalité ponctuée de souffrances accrues et de bouleversements environnementaux récurrents.

L’augmentation des mouvements et des idéologies autoritaires, du fondamentalisme religieux et des assauts contre la démocratie constituent un autre exemple saisissant. Ces dernières années ont vu se multiplier les attaques contre les institutions démocratiques et scientifiques, des événements qui, naguère, auraient peut-être déclenché une réaction immédiate et vigoureuse. Aujourd’hui, ces phénomènes sont trop souvent minimisés, voire ignorés, contribuant à une érosion insidieuse mais constante de nos valeurs fondamentales.

Les conséquences de ce déni dépassent donc largement le cadre environnemental et politique. En occultant ou en minimisant ces crises, nous accoutumons insidieusement la société à une « nouvelle normalité » marquée par la souffrance et l’instabilité. Comme si nous étions désormais capables de nier les évidences, incapables de protester contre elles, et surtout, finissions par les accepter toutes sans même nous en apercevoir. « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » écrivait René Char. Ce célèbre poète et résistant français avait bien compris qu’une conscience claire se paie bien souvent par la douleur ; douleur que beaucoup d’entre nous ne supportent apparemment plus.

  • Les crises mondiales de tous bords engendrent une souffrance et une instabilité croissantes, fréquemment minimisées par un déni collectif.
  • Cette attitude de déni favorise une accoutumance globale à une « nouvelle normalité ».
  • L’acceptation passive de ces réalités compromet notre capacité à réagir et nous désensibilise.

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