Si le premier Top Gun a propulsé la carrière de Tom Cruise, le deuxième lui permettra de signer son plus gros film. Avec 1,5 million de spectateurs en France lors de sa première semaine en salle, le blockbuster a enregistré la colossale recette de 156 millions de dollars aux États-Unis, en voie de détrôner le premier opus et ses 357 millions d’euros en 1986.
Pourtant, là ne sera pas son seul objectif. Aujourd’hui comme il y a 36 ans, Top Gun n’a pas eu pour seule mission de remplir les poches de Hollywood. Plus fou encore, l’écriture du premier opus fut stratégique en vue de changer l’opinion des Américains (et du reste du monde) sur l’Histoire et sur la guerre.
1/ Top Gun a changé votre vision de l’Histoire
En 1986, le tout premier Top Gun sortait dans un contexte très délicat : 11 ans après le Vietnam, la popularité de l’Armée avait fortement baissé aux yeux des Américains. En s’inspirant d’un article de journal paru dans California, le producteur Jerry Bruckheimer soumettait l’idée du film à la Navy, qui lui mis directement une condition sine qua non. L’écriture du film devra être supervisée par le Pentagone.
C’est ainsi que Top Gun a été écrit de façon très stratégique, pour changer la vision des téléspectateurs sur l’Histoire. Le Vietnam n’est cité qu’une seule fois dans le film, et de manière positive. C’est Maverick qui l’évoquait, en parlant de son père mort “en héros” lors de la guerre du Vietnam. Un moyen de rapporter la guerre à l’ancienne génération, et de plutôt parler de ses actes de bravoure et non de ses horreurs.
La stratégie est poussée bien plus loin, avec un focus sur la Navy et non sur l’Army (la Marine plutôt que l’Armée de terre). L’image de pilotes très cool, aux mêmes histoires de coeur que les Américains des années 80, renforce d’autant plus le message. “Top Gun a changé la perception du public de l’armée à une époque où cela semblait impossible”, disait Nathan Baugh, un copywriter sur Twitter.
2/ L’Armée avait besoin de Top Gun
Plus que jamais, en 1985, l’Armée avait besoin d’un film comme Top Gun pour renforcer ses rangs. À ce moment, l’impopularité pénalisait fortement le recrutement de nouveaux militaires et l’un des objectifs principaux de Top Gun à son lancement fut de corriger cette tendance. Le résultat fut très profitable : + 500% de hausse du nombre de candidatures après la sortie du film. Une performance incroyable en sachant que le film a continué de motiver les jeunes générations jusqu’à aujourd’hui, aux États-Unis comme en Europe et ailleurs.
“Il semble y avoir eu une grande ruée dans ces catégories de recrues que je dois attribuer au film. J’ai demandé à plusieurs de ces personnes si elles avaient vu le film et si c’était pour cela qu’elles étaient revenues nous parler. Elles avaient dit oui”, expliquait en 1986 le lieutenant Ray Gray de l’US Navy, au Los Angeles Times.
3/ Top Gun et la géopolitique
Dans la suite Top Gun : Maverick, la stratégie est plus subtile et la production a gardé son pouvoir de décision pour l’écriture face au Pentagon. On le voit notamment avec l’image négative renvoyée par le supérieur de Maverick, qui songeait à sacrifier des pilotes pour mener à bien une mission importante pour la Sécurité des États-Unis.
Contrairement au premier opus qui nommait sans problème les Soviétiques et leurs MiG-29, le Top Gun de 2022 est plus neutre. Le territoire ennemi où se déroule l’ensemble de la mission spéciale où se trouve un réservoir d’uranium n’est aux couleurs d’aucun pays ou d’aucune organisation terroriste.
#Cinéma “Top Gun: Maverick” arbore désormais le drapeau officiel de #Taïwan 🇹🇼 après un tollé, mettant en péril sa sortie en #Chine 🇨🇳 continentale. Cette fois ci Holywood tiendra ou cédera t’il aux pressions chinoises ? 📝 @cnn
https://t.co/4VGUz01II2 pic.twitter.com/HTa38SAlNt— AsieNews (@AsiaNews_FR) June 2, 2022
Cela dit, son réalisateur Joseph Kosinski n’est pas resté totalement timide. Top Gun : Maverick fait aussi part de choix géopolitiques, comme avec la veste en cuir garnie du drapeau taïwanais porté par le personnage de Tom Cruise. À cause de ça, la Chine pourrait censurer le film, elle qui ne reconnaît pas Taïwan comme un pays mais comme l’un de ses territoires. En 2020, pour la date de sortie initiale du film (repoussé par la pandémie), le drapeau avait été remplacé par une couleur neutre.
La production semble avoir changé d’avis et laisserait le drapeau. “Il y a de fortes chances que Pékin interdise la sortie et la monétisation de Top Gun Maverick en Chine”, commentait Chris Fenton, ancien président de la société de production DMG Entertainment, au Figaro.
4/ Un tournage tragique
Enfin, Top Gun a connu une tragédie. Derrière la promotion de ses tournages grandeur nature et de ses plans sans effets spéciaux, entièrement tournés dans de vrais avions, un drame survenait le 16 septembre 1985. Lors d’une prise de vue au-dessus de l’Océan Pacifique, au large des cotes californiennes, le voltigeur et instructeur Arthur Everett Scholl perdait la vie en perdant le contrôle de son avion après plusieurs vrilles.
Si le surpoids de l’appareil pour le tournage a souvent été mentionné, le silence est encore total sur les circonstances du drame. Dans le générique de fin, le premier opus de Top Gun mentionnait simplement : “ce film est dédié à la mémoire d’Art Scholl”.
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