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Side-business digital : quand les particuliers se mettent à l’édition de sites web

Alors que la France enregistre plus d’un million de nouvelles entreprises par an, une part non négligeable des entrepreneurs se tourne vers le digital. Créer, maintenir et revendre un site web, est-ce possible sans compétences spécifiques ?

Dans un monde numérique en constante évolution, la valorisation et la transaction des sites internet et des entreprises digitales deviennent des enjeux cruciaux. En brisant depuis 2020 les barrières traditionnelles du marché du M&A, DotMarket est rapidement devenu un acteur incontournable de cet écosystème basé sur les fusions et les acquisitions.

Son co-fondateur, Kevin Jourdan, nous ouvre les portes de cette plateforme innovante regroupant side-business digitaux et véritables entreprises établies, qui a orchestré plus de 200 transactions en 2023 et voit son avenir à l’échelle européenne.

Presse-citron : Pouvez-vous nous parler de la genèse de DotMarket ?

Kevin Jourdan : La création de DotMarket en 2020 a été motivée par un constat clair : les cabinets de fusion acquisition (M&A) traditionnels négligent les business valorisés à moins de 5 millions d’euros et, par ailleurs, les experts comptables peinent à comprendre les enjeux de la valorisation digitale.

Dans un monde où les business digitaux gagnent en popularité – surtout depuis la pandémie, période durant laquelle on a vu exploser l’intérêt pour les side-business destinés à générer des revenus complémentaires, il y avait clairement un manque d’accompagnement pour les acheteurs et les vendeurs dans ce secteur. Notre rôle est donc de faciliter la connexion entre les uns et les autres tout en proposant des outils, formations et webinaires pour les former et sécuriser les transactions.

PC : Justement, qu’est-ce qu’un side-business digital ?

K. J. : La définition d’un side-business est avant tout dans son nom : c’est une activité qui peut-être gérée en complément d’une autre, principale. Ainsi, même un site valorisé à 250 000 euros mais ne demandant que quelques heures de gestion par semaine à son (ou sa) propriétaire est un side-business. Attention, ce concept n’est toutefois pas nécessairement synonyme de revenus passifs comme je l’expliquais dans le podcast La Martingale de Matthieu Stefani.

L’aspect digital a augmenté la capacité des gens à accéder à ce type d’activité secondaire. Bien évidemment, la pandémie a joué un rôle crucial dans l’accélération de l’adoption de modes de consommation digitaux. Des milliers de personnes en France ont “profité” de cette opportunité pour lancer leur blog ou leur boutique en ligne. Toutes n’en ont pas tiré de bénéfices, mais pour certain(e)s, ce site est devenu une véritable source de revenus.

PC : ces side-business digitaux ont-ils vocation à être revendus ?

K. J. : Avec la fin du télétravail contraint, un pourcentage non négligeable de personnes ayant lancé leur activité web est retourné travailler en présentiel, a repris le cours de leur vie d’avant, et a perdu – soit le temps, soit la motivation de poursuivre le développement de leur projet.

Par conséquent, un certain nombre de ces projets, surtout ceux ayant réussi à obtenir de la traction (visites, chiffres d’affaires, profit…) se retrouvent sur le marché, à la vente, prêts à être repris par d’autres personnes disposant de temps, de l’envie et des ressources nécessaires pour continuer de faire vivre. Une activité qui générait quelques centaines d’euros par mois peut ainsi se revendre quelques milliers – voire dizaines de milliers – d’euros.

Aperçu des offres sur DotMarket
Aperçu des offres sur DotMarket © DotMarket

PC :  Comment DotMarket se distingue-t-il des acteurs traditionnels ?

K. J. : Notre expertise hybride en digital, finance et technologie nous permet de corréler la santé financière et digitale des entreprises, contrairement aux cabinets traditionnels qui se concentrent principalement sur les aspects financiers. DotMarket est d’ailleurs la seule plateforme fondée par des acteurs venant du monde de l’édition digitale. Notre dealflow est aujourd’hui le plus gros de France avec 450 à 500 listings par an.

“Notre expertise hybride en digital, finance et technologie nous permet de corréler la santé financière et digitale des entreprises”

– Kevin Jourdan, fondateur de DotMarket

En 2023, nous avons déjà réalisé plus de 200 deals et nous opérons actuellement entre 15 et 20 transactions par mois, un rythme qui continue d’accélérer. L’autre aspect qui nous distingue des acteurs traditionnels, c’est la sélection stricte que nous opérons en amont. Nous ne voulons pas être « Leboncoin » du site web à acheter.

Pour garantir un environnement pérenne, fiable, qualitatif, nous éliminons tout ce qui n’est pas viable, pérenne, rentable. Nous ne gardons finalement que 10 à 15% des sites à vendre, sur des milliers de dossiers présentés. Tout investissement comportant des risques, il est essentiel de les limiter autant que nous le pouvons en étant très attentifs aux fondamentaux des business digitaux qui nous sont proposés.

PC : Quel est le profil de votre audience ?

K. J. : DotMarket crée de la liquidité sur un marché délaissé par les acteurs traditionnels. Notre plateforme dévoile et rend accessible l’investissement dans des business digitaux à une audience variée pour des budgets allant de quelques milliers à 3 millions d’euros – pour notre fourchette haute.

Cela concerne ceux qui souhaitent un revenu complémentaire via un side-business, les entrepreneurs qui cherchent à acquérir des entreprises, du M&A traditionnel pour la croissance externe ou encore le Rénovente, un mouvement naissant qui consiste à acheter un actif digital pour le rénover et le revendre, comme cela se pratique dans l’immobilier. Les choses ont considérablement évolué ces dernières années.

Ceci explique notamment pourquoi DotMarket compte aujourd’hui plus de 10 000 membres, avec une croissance à deux chiffres chaque mois sur les inscriptions.

PC : Quelle est votre stratégie pour maintenir la croissance post-Covid ?

K. J. : Nous avons établi des partenariats avec des avocats, des experts comptables et d’autres professionnels pour assurer la sécurisation des deals. Par ailleurs, notre engagement dans l’éducation autour de la transmission d’entreprises digitales aide à démystifier le processus, en incitant plus de propriétaires de business digitaux à envisager la vente.

C’est notamment le cas avec la génération des “boomers” qui ont été les premiers à lancer des business sur le web mais qui à l’heure de la retraite ne sont pas suffisamment informés sur les possibilités de revendre leurs entreprises digitales. Des milliers d’entre elles risquent de disparaître alors qu’elles ont un vrai potentiel.

PC : Peut-on acheter un site et en vivre, même sans compétences ?

K. J. : On peut acheter un site sur DotMarket pour “démarrer” même sans compétences. Cependant pour en “vivre”, l’acquisition des compétences clés liées à la maintenance et, si possible, la croissance de l’activité en question est évidemment cruciale ! Chaque modèle économique, chaque site internet, chaque business dispose de ses spécificités. Et les compétences requises pour le gérer au quotidien ou le développer peuvent amplement varier.

Sur un site de contenu par exemple, la compétence clé requise peut-être intégralement liée à la capacité de produire de nouveaux contenus textuels par exemple. Sur un site e-commerce, il est nécessaire d’immédiatement pouvoir assurer le suivi des commandes, la relation client, la gestion des campagnes d’acquisition publicitaire s’il y en a, etc… Dans le cadre d’un rachat de société plus établie, les compétences clés peuvent être quasiment exclusivement liées au management si une équipe en place s’occupe des opérations.

D’où l’importance de bien cerner le projet, ce qu’on appelle la “thèse d’investissement”.

PC : Quelle est votre vision à l’échelle européenne ?

K. J. : Les États-Unis sont en avance dans le domaine d’achats et de vente de sites (avec notamment deux plateformes incontournables Empire Flippers et Flippa, ndlr), mais les défis rencontrés en France sont présents partout en Europe. Les acteurs américains hésitent à entrer sur le marché européen à cause de la bureaucratie, des barrières linguistiques et culturelles.

Nous voyons une grande opportunité d’agir localement en jouant sur nos atouts, de rendre l’investissement dans les actifs digitaux plus accessible et d’informer sur la transmission d’entreprises digitales en Europe. Nous sommes déterminés à continuer sur cette voie et à apporter une valeur ajoutée tangible aux entrepreneurs et investisseurs dans l’espace digital.

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