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Airbnb s’est envolé

Lors de ses premières heures de cotation, le nouveau symbole boursier a démontré que l’appétit des investisseurs n’avait pas flanché. Ce nouveau chapitre pour Airbnb lui permettra de jouer avec de nouvelles cartes, redistribuées en 2020.

Des sonnettes de porte en guise de métaphore. Hier, Airbnb est entré en bourse, et le son de la cloche de l’ouverture des marchés a été fait accompagné de dizaines de sonneries de maisons et d’appartements sur le grand écran du Nasdaq, à New York. La startup née au mois d’août 2008 à San Francisco n’a pas flanché : après quatre mois de négociation et de préparation, son capital a rejoint Wall Street.

Airbnb a traversé une crise qui ne lui aura pas attiré le même succès que des entreprises comme Zoom, Amazon ou Facebook. Mais, au même titre que ces géants de la révolution du numérique, Airbnb a profité de nouvelles cartes, redistribuées en 2020. Dans le secteur de l’hôtellerie, les dégâts auront été considérables. Face à la concurrence des chaînes hôtelières comme Hilton et Marriott, ou des plateformes en ligne comme Booking, Airbnb pourra se relever grâce à son modèle, privilégiant les relations avec les hôtes particuliers plutôt que les professionnels trop durement touchés.

https://youtu.be/pAsRj6oDhZ4

Airbnb double ses attentes

À l’ouverture des marchés, Airbnb avait fixé son titre à 68 $ l’action. Son cours avait déjà été relevé comparé aux attentes de ces derniers jours, qui l’annonçaient entre 44 et 50 dollars. La patience fut de mise durant la matinée, et c’est une dépêche de Reuters qui annonça la couleur : pour ses débuts, Airbnb (sous le symbole ABNB) se négociera à 149 $, près du double annoncé. Un peu avant 14 heures à New York, les échanges confirmèrent les dires de l’agence. En quelques minutes, ABNB dépassa même les 164 $.

Malgré des mois difficiles avec la crise sanitaire, le modèle d’affaires d’Airbnb lui a permis de dégager des bénéfices (de 219 millions de dollars) au dernier trimestre. Une raison suffisante pour convaincre les investisseurs de se rassembler en grand nombre sur le titre, jeudi après-midi, et consolider son cours pour que celui-ci termine à 144 $ (en hausse de près de 113 %). La pépite valait 18 milliards de dollars ces derniers mois, et l’entreprise boursière en vaut maintenant plus de 100 milliards. Elle aura dépassé la valeur de Booking (86 milliards $), loin devant Expedia, restée quant à elle à 18 milliards de dollars.

Miser sur l’après-Covid

Ce fut une semaine chargée en termes d’introduction en bourse à Wall Street, et il suffit de regarder l’indice Renaissance IPO ETF (IPO) pour se rendre compte de l’appétit des investisseurs envers les nouvelles entreprises de croissance : + 110 % depuis le début de l’année. Une progression sans précédent, résultant de pépites ayant atteint la maturité cette année, mais aussi et surtout des taux négatifs et de la crise sanitaire.

Airbnb a côtoyé les colonnes des analyses financières avec Doordash, le concurrent d’Uber Eats. À y regarder de plus près, sa réussite en bourse ne fut pourtant pas entraînée par les mêmes convictions que celles du service de livraison de repas. Doordash profitait d’une forme olympique grâce à la crise sanitaire et la fermeture des restaurants, et ses nouveaux actionnaires craignent un possible ralentissement de sa croissance une fois la situation calmée. À l’inverse, Airbnb est en apnée depuis près d’un an, et ses nouveaux actionnaires ne pensent qu’à la réouverture des frontières et le retour des voyages.

Le retour d’un monde « normal » à l’après-Covid sera obligatoire pour Airbnb. Mais pour son PDG Brian Chesky, le monde d’après avec ses nouvelles cartes sera tout aussi pertinent. La crise sanitaire a secoué les avis de petites et grandes entreprises sur le télétravail, ouvrant la possibilité de travailler ailleurs que dans les bureaux traditionnels.

« Maintenant que les gens reviennent sur l’Airbnb, ils n’ont même plus nécessairement de destination ou de dates en tête, car ils sont flexibles. Nous sommes tous sur Zoom, et les gens disent : ‘Je veux aller n’importe où à 500 kilomètres à la ronde, que pouvez-vous me montrer ?’ Maintenant, nous allons nous lancer un peu plus dans le jeu de l’inspiration et de l’adaptation des gens à l’expérience qui leur convient le mieux » déclarait-il le PDG d’Airbnb dans une interview à CNBC.

La plateforme de location de logements ne pouvait s’imaginer toutes ces aventures il y a un an, alors que ses dirigeants commençaient à songer à une IPO. Elle fut longtemps oubliée, jusqu’à revenir dans les discussions cet été, lorsque l’horizon se découvrait quelque peu en Europe. Puis, au mois d’août, le pari fut pris. Les discussions furent relancées.

Aujourd’hui, son PDG s’en souvient encore. Il en profitait pour rappelait à quel point la période fut difficile, et que la boîte ne pourra connaître pire. « Je ne pense pas que je vais m’inquiéter beaucoup plus qu’en avril et en mai, lorsque nous avons vu notre activité chuter de 80% en huit semaines au milieu d’une pandémie » déclarait-il.

(Ré)investir

Sans avoir pu physiquement sonner la cloche, Airbnb avait donc diffusé une vidéo de ses hôtes sonnant à leur porte, sur un écran géant de Times Square. Ce jeudi matin, Airbnb s’envolait, lui et sa capitalisation. Par son opération de mise sur le marché des capitaux, l’entreprise signait une levée de fonds de 3,4 milliards de dollars d’argent frais. Une somme qui signera le début du nouveau chapitre.

“Nous avons l’intention que le Fonds de dotation soit un investissement à long terme sur les hôtes”, expliquait Brian Chesky, qui annonçait qu’une partie des fonds sera réinvestie dans des programmes de subventions. Jamais Airbnb ne nous avait habitués à de telles décisions. Par le passé, la plateforme profitait justement du peu de relations qu’elle avait avec ses hôtes pour se libérer de toute contrainte économique. Par conséquent, Airbnb a décidé de renouer des liens, en réinvestissant son butin aux principaux concernés de son succès. La décision était nécessaire – de quoi définitivement tirer un trait sur une période qui lui aura valu le licenciement d’un quart de ses effectifs, et du silence des sonneries de porte.

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