Attentats d’Oslo : le web comme exutoire des extrémistes ?

Les attentats d’Oslo du 22 juillet dernier (et surtout ses fondements idéologiques) ont suscité un certain nombre de réactions sur le web de la part des militants d’extrême droite. Si ces propos haineux et xénophobes sont évidemment choquants, ils donnent à réfléchir sur la place qu’occupe aujourd’hui Internet en tant qu’espace d’expression.

Les attentats d’Oslo du 22 juillet dernier (et surtout ses fondements idéologiques) ont suscité un certain nombre de réactions sur le web de la part des militants d’extrême droite.

Les propos tenus par Jean Marie Le Pen, rapidement désamorcés par les talents de communicante de sa fille, n’étaient que la partie émergée de l’iceberg. Puisque sur le net, on assistait à un véritable déferlement: les uns dénonçaient une amalgame de la gauche et une couverture médiatique biaisée, les autres une politique laxiste du gouvernement envers l’immigration… D’autres encore érigeaient tout simplement Anders Behring Breivik en martyr, fantasmant une guerre civile imminente dont il serait la figure de proue, et qui nous ramènerait au temps des croisades. En effet, sur les blogs et les forums les plus extrémistes, le mot d’ordre était limpide: Breivik a raison, le multiculturalisme nous perdra, allons massacrer ces « égorgeurs d’Allah ».

Depuis le départ, l’affaire Breivik s’était vue reliée aux nouvelles technologies et leurs implications sociales: ses tweets énigmatiques, la diffusion de son manifeste révolutionnaire par le net, son addiction aux jeux vidéos violents, et maintenant l’émulation de la « fachosphère » autour du symbolisme de ses meurtres. Spécialiste de l’extrême droite sur le web, Yannick Cahuzac, interrogé sur Rue89, posait très justement la question suivante: « Est-ce que ces sites vont contenir ou produire de la violence ? ». En effet, si ces propos haineux et xénophobes sont évidemment choquants, ils donnent à réfléchir sur la place qu’occupe aujourd’hui Internet en tant qu’espace d’expression.

Je ne vais pas m’appesantir sur ce constat assez largement admis : Internet n’est pas seulement une révolution technologique, mais aussi et surtout une révolution sociale, un outil qui établit progressivement un nouveau rapport au monde, à l’information et à la connaissance. En témoigne l’acharnement de certains gouvernements (au demeurant en froid avec la démocratie) à en contrôler l’accès. Benoît Sillard, PDG de CCM Benchmark Group, le résume ainsi :

La démocratie d’opinion imposée par des intermédiaires reconnus devient une démocratie d’opinion libérée, où tous les individus et tous les groupes ont une même liberté d’accès à l’espace public de communication.


« Tous les individus et tous les groupes »… Oui, et c’est peut être là que le bât blesse. En démocratie, interdire aux partis politiques ou aux associations d’extrême droite de publier des contenus sur Internet n’aurait pas lieu d’être. Et de toute façon, tous ces acteurs officient à la lumière des projecteurs: leurs liens avec l’Etat, leur soumission au pouvoir les poussent à lisser leurs idéologies. Le plus inquiétant étant la xénophobie marginalisée, indépendante de toute institution, donc forcément plus radicale, qui se propage grâce à Internet. Dans un sens, on peut penser que l’attribution d’un espace d’expression à ces individus pourrait annihiler leur haine et leur violence, et prévienir d’éventuels « débordements » dans le monde physique, comme les dramatiques évènements d’Oslo. Mais le raisonnement peut être pris en sens inverse : tolérer, ou tout du moins ne pas punir ces propos, c’est contribuer à leur banalisation, puis à leur transformation en terreau néo-fasciste, au fur et à mesure que se consolident ces réseaux.

Nous en revenons toujours au même débat: liberté d’expression contre cohésion sociale. Quelle est exactement la solution? Le laisser-faire intellectuel, au risque de banaliser les appels à la violence ? La mise en place d’un Etat policier, qui briderait le potentiel libérateur d’Internet ? En tout cas, réflexion et vigilance sont de mise.

En complément, voir la réflexion de Slate.fr sur le sujet.


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3 commentaires

  1. La liberté d’expression que donne le Web a effectivement le revers de sa médaille mais que l’on ne nous vende pas qu’il créé cette haine, l’homme est ainsi fait.Le web ne fait que véhiculer plus facilement ces mauvaises tendances.Les états se serviront malheureusement de cela pour restreindre notre droit à la parole dans les années à venir…

  2. Dommage que l’article soit aussi orienté politiquement (ici anti extrème droite… je ne suis pas pour ce parti mais un peu plus de neutralité n’aurait pas fait de mal à l’article et n’aurait en rien atténuer le propos ou les réflexions).

    Il y a de bonnes questions et je pense que la réponse est ultra difficile et sensible… je dirai même qu’il n’y a pas une réponse mais plusieurs bonnes réponses.
    Il ne faut pas verser dans un des extrèmes avec le tout répréssif ou le tout laisser faire. Il faut donc doser, avec subtilité et parcimonie, le « contrôle » (ou non contrôle).

    Je dirai qu’il faut réprimander les excès les plus sévères et tenter de tempérer et limiter ceux qui sont moindres.

  3. Comme souvent, il faut taper dans le juste milieu pour ta conclusion. Maintenant, je m’interroge sur le bien-fondée des contrôles.

    A ce sujet, puisqu’on est en plein dedans, il y avait un article sur lemonde qui montrait les libertés perdues depuis le 11 septembre. La liste était impressionnante, et le Net l’un des secteurs les plus touchés. On a été pendant longtemps, il me semble, sur un point qu’équilibre entre liberté et contrôle. L’un se perd au profit de l’autre.

    C’est dangereux pour les individus, et ça sera dangereux pour les états dans quelques décennies. J’ai extrapolé mais il convient d’être vigilant sur le traitement et les conséquence politique, sociale de l’actualité vis-à-vis d’Internet.

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