Il y a 122 à 108 millions d’années, l’Australie n’avait rien du continent que nous connaissons aujourd’hui. La région de Victoria ; partie sud-est du pays ; se trouvait alors bien au-delà du cercle Antarctique, séparée de la Tasmanie non par une mer ouverte, mais par une immense vallée. Le pays se trouvait alors bien plus proche du pôle Sud qu’il ne l’est actuellement. Cette période, baptisée Crétacé inférieur, a vu des forêts luxuriantes s’épanouir, peuplées d’une faune dinosaurienne très diversifiée.
Jusqu’à présent, la majorité des fossiles de dinosaures découverts dans cette région appartenaient à de petits herbivores appelés ornithopodes. Cependant, une nouvelle étude publiée le 19 février dans le Journal of Vertebrate Paleontology vient de prouver que d’autres types de dinosaures étaient aussi présents sur le sol australien. Une équipe de paléontologues a identifié cinq fossiles de théropodes – groupe qui englobe tous les dinosaures carnivores connus ainsi que les oiseaux modernes.
Les « requins terrestres » australiens sortent de l’ombre
Parmi ces précieux vestiges, deux tibias (voir photo ci-dessous) fournissent la première preuve de la présence de carcharodontosaures (littéralement « lézards aux dents de requin ») en Australie. Ces prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire dominaient l’Afrique et l’Amérique du Sud pendant une grande partie du Crétacé moyen. Dotés de crânes imposants, de dents massives et de bras réduits, ils comptaient parmi les plus grands prédateurs ayant jamais foulé la Terre.

Fait remarquable, ces carcharodontosaures australiens étaient nettement plus petits que leurs cousins africains et sud-américains, et mesuraient environ de 2 à 4 m. Les ossements mis au jour ressemblent davantage à ceux d’un carcharodontosaure thaïlandais typique. L’un des tibias a été découvert sur la côte d’Otway, tandis que l’autre provient de la côte de Bass, dans des roches près de 10 millions d’années plus anciennes. Cette distribution temporelle démontre que ces prédateurs ont prospéré dans cette région pendant au moins 10 millions d’années.
Autre particularité intrigante : alors que les imposants carcharodontosaures d’Afrique et d’Amérique du Sud semblaient spécialisés dans la chasse aux sauropodes à long cou (groupe de dinosaures herbivores quadrupèdes), cette source de nourriture n’était vraisemblablement pas disponible pour leurs homologues polaires de Victoria. En effet, aucun fossile de sauropode n’y a jamais été découvert. Ces dinosaures avaient donc un tout autre régime alimentaire, adapté à la faune locale.
Des raptors austraux aux griffes acérées
Un troisième tibia apporte la preuve convaincante de la présence d’un groupe austral de Droméosauridés (les fameux raptors). Ces dinosaures prédateurs à l’anatomie légère – et probablement couverts de plumes – étaient apparentés au célèbre Velociraptor popularisé par la saga Jurassic Park.
La plupart des restes fossiles de ces dinosaures ont été découverts en Amérique du Sud, et jusqu’à présent, l’Australie n’avait livré que peu d’indices de leur présence. Ce nouveau tibia provenant de la région Victoria atteste désormais de leur adaptation réussie à l’Australie polaire durant le Crétacé inférieur.
Contrairement à leurs cousins droméosaures de l’hémisphère nord, ceux-ci possédaient des museaux relativement plus longs et des bras plus courts, suggérant un régime alimentaire là aussi différent. Ils se nourrissaient sûrement de poissons ou de petits animaux terrestres, peut-être même de ces petits mammifères pour lesquels le Crétacé australien est particulièrement réputé – notamment d’anciens parents de l’ornithorynque et de l’échidné.

Les mégaraptoridés, véritables maîtres du continent austral
Si les dinosaures prédateurs géants – comparables au Tyrannosaurus rex – brillent par leur absence dans les archives fossiles australiennes, les populations de dinosaures australiens semblent avoir été dominées par des carnivores de taille moyenne appelés mégaraptoridés. Par taille moyenne, on entend là environ sept mètres de long, ce qui leur conférait certainement une meilleure agilité.
Les fossiles de mégaraptoridés ne sont connus qu’en Amérique du Sud et en Australie. Le quatrième tibia et deux vertèbres caudales décrits dans l’étude montre qu’un mégaraptoridé, plus grand, a bel et bien existé dans le sud-est australien. Sa taille était approximativement 5 % supérieure, approchant celle de ses parents sud-américains.
Dotés de bras musclés et de doigts qui se terminaient par de redoutables griffes en forme de faucille, ils se servaient probablement de ces derniers comme arme principale. Contrairement à presque tous les autres groupes de dinosaures carnivores de taille moyenne, ils possédaient des museaux allongés dotés de petites dents, plus adaptées à déchirer la chair plutôt qu’à broyer les os.
L’abondance d’ornithopodes dans la région de Victoria rendait vraisemblablement cette zone géographique plus propice aux spécialistes des petites proies comme les mégaraptoridés, plutôt qu’aux carcharodontosaures chasseurs de sauropodes, des dinosaures plus imposants.

Même s’il ne s’agit de quelques os parcellaires, ces vestiges sont d’une importance capitale : ils prouvent que l’Australie abritait des dinosaures en plus grand nombre que les paléontologues ne le pensaient jusqu’alors. Le continent était donc bien peuplé de ses propres familles de prédateurs, alors que ceux-ci étaient considérés comme peu présents, voire complètement absents. Ces derniers s’étaient parfaitement adaptés aux conditions environnementales et s’épanouissaient tout aussi bien que leurs cousins situés aux quatre coins du globe. Ils avaient juste très bien caché leur jeu… pendant quelques millions d’années !
- Des fossiles récemment découverts en Australie révèlent la présence de dinosaures carnivores jusqu’alors insoupçonnés, dont des carcharodontosaures et des raptors.
- Ces prédateurs, adaptés aux conditions polaires du Crétacé, avaient un régime alimentaire distinct de leurs cousins des autres continents.
- L’Australie préhistorique était ainsi bien plus peuplée de dinosaures carnivores qu’on ne le pensait.
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